‹ Traité de pédagogieChapitre 20 sur 60 · MOYENS D’AMELIORER L’ÉDUCATION · texte numérisé non relu

MOYENS D’AMELIORER L’ÉDUCATION

leure, afin qu’un meilleur élat en pût sortir dans l’avenir. Mais deux obstacles se rencontrent ici : 1° les parents n’ont ordinairement souci que d’une chose, c’est que leurs enfants fassent bien leur chemin dans le monde, et 2° les princes ne considèrent leurs sujets que comme des instruments pour leurs desseins.

Les parents songent à la maison et les princes à l’État. Les uns et les autres ne se proposent pas pour but dernier le bien général et la perfection à laquelle l’humanité est destinée. Les bases d’un plan d’éducation doivent avoir un caractère cosmopolitique. Mais le bien général est-il une idée qui puisse être nuisible à notre bien particulier? Nullement! Car, quoiqu’il semble qu’il lui faille faire des sacrifices, on n’en travaille que mieux au bien de son état présent. Et alors que de nobles conséquences ne s’ensuivent pas! Une bonne éducation est précisément la source de tout bien dans le monde. Les germes qui sont dans l’homme doivent toujours se développer davantage; car il n’y a pas dans les dispositions naturelles de l’homme de principe du mal. La seule cause du mal, c’est qu’on ne ramène pas la nature à des règles. Il n’y a dans l’homme de germe que pour le bien.

De qui doit-on attendre l’amélioration de l’état du monde? Des princes ou des sujets? Faut-il que ceux-ci s’améliorent d’abord eux-mêmes et fassent la moitié du chemin au-devant des bons gouvernements? Que si cette amélioration doit venir des princes, que l’on commence donc par rendre leur éducation meilleure; car on a trop longtemps commis cette faute grave de ne jamais leur résister pendant leur jeunesse. Un arbre qui pousse isolé au milieu d’un champ perd sa rectitude

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en croissant et étend ses branches au loin; au contraire celui qui croît au milieu d’une forêt se conserve droit, à cause de la résistance que lui opposent les arbres voisins, et il cherche au-dessus de lui l’air et le soleil. Il en est de même des princes. Mais il vaut encore mieux qu’ils soient élevés par quelqu’un de leurs sujets que par leurs égaux. — On ne peut attendre le bien d’en haut qu’autant que l’éducation y sera la meilleure. Il faut donc compter ici plutôt sur les efforts des particuliers que sur le concours des princes, comme l’ont pensé Basedow* et d’autres ; car l’expérience nous enseigne que ces derniers ont moins en vue dans l’éducation le bien du monde que celui de leur État, et n’y voient qu’un moyen d’arriver à leurs fins. S’ils donnent de l’argent pour cet objet, ils se réservent le droit de tracer le plan qui leur convient. Il en est de même pour tout ce qui concerne la culture de l’esprit humain et le développement des connaissances humaines. Le pouvoir et l’argent ne les procurent pas, ils les facilitent tout au plus; mais ils pourraient les procurer, si l’État ne prélevait les impôts uniquement dans l’intérêt de sa caisse. Aussi les Académies ne l’ont-elles pas fait jusqu’ici, et il y a aujourd’hui moins d’apparence que jamais qu’elles commencent à le faire.

C’est pourquoi la direction des écoles ne devrait dépendre que du jugement des connaisseurs les plus éclairés. Toute culture commence par les particuliers, et part de là pour s’étendre. La nature humaine ne peut se rapprocher peu à peu de sa fin que grâce aux efforts des personnes qui sont douées de sentiments assez étendus pour prendre intérêt au bien du monde et qui sont capables de concevoir un état meilleur comme

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