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DIFFÉRENTS DEGRÉS D’ÉDUCATION

possible dans l’avenir. Cependant plus d’un grand ne considère son peuple en quelque sorte que comme une partie du règne animal et n’a autre chose en vue que sa propagation. Tout au plus lui désire-t-il une certaine habileté, mais uniquement pour pouvoir faire de ses sujets des instruments mieux appropriés à ses desseins. Les particuliers doivent aussi sans doute avoir d'abord devant les yeux le but de la nature physique, mais ils doivent songer surtout au développement de l’humanité et veiller à ce qu’elle ne devienne pas seulement plus habile, mais aussi plus morale, et, ce qui est le plus difficile, à ce que la postérité puisse aller plus loin qu’ils ne sont allés eux-mêmes.

L’éducation doit donc, 1° discipliner les hommes. Les discipliner, c’est chercher à empêcher que ce qu’il y a d’animal en eux n’étouffe ce qu’il y a d’humain, aussi bien dans l’homme individuelque dans l’homme social. La discipline consiste donc simplement à les dépouiller de leur sauvagerie.

2° Elle doit les cultiver. La culture comprend l’instruction et les divers enseignements. C’est elle qui donne l’habileté*. Celle-ci est la possession d’une aptitude suffisante pour toutes les fins qu’on peut avoir à se proposer. Elle ne détermine donc elle-même aucune fin, mais elle laisse ce soin aux circonstances.

Certains arts sont bons dans tous les cas, par exemple ceux de lire et d’écrire ; d’autres ne le sont que relativement à quelques fins, comme celui de la musique, qui fait aimer celui qui le possède. L’habileté est en sorte infinie, à cause de la multitude des fins qu’on peut se proposer.

3° Il faut aussi veiller à ce que l'homme acquière de

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la prudence *, à ce qu’il sache vivre dans la société de ses semblables de manière à se faire aimer et à avoir de l’influence. C’est ici que se place cette espèce de culture qu’on appelle la civilisation *. Elle exige certaines manières, de la politesse et cette prudence qui fait qu’on peut se servir de tous les hommes pour ses propres fins. Elle se règle sur le goût changeant de chaque siècle. Ainsi l’on aimait encore il y a quelques années les cérémonies en société.

4° On doit enfin veiller à la moralisation*. Il ne suffit pas en effet que l’homme soit propre à toutes sortes de fins; il faut encore qu’il sache se faire une maxime de n’en choisir que de bonnes. Les bonnes fins sont celles qui sont nécessairement approuvées par chacun, et qui peuvent être en même temps des fins pour chacun.

(Sommaire. — Qu’on néglige trop l’éducation morale, p. 52. — De l’expérience en matière d’éducation, p. 53.)

On peut ou bien dresser*, façonner, instruire l’homme d’une manière toute mécanique, ou bien l’éclairer véritablement. On dresse des chevaux, des chiens, et l’on peut aussi dresser des hommes.

Il ne suffit pas de dresser les enfants; il importe surtout qu’ils apprennent à penser \ Il faut avoir en vue les principes d’où dérivent toutes les actions. On voit donc combien de choses exige une véritable éducation. Mais dans l’éducation privée la quatrième condition, qui est la plus importante, est ordinairement assez négligée ; car on enseigne aux enfants ce que l’on regarde comme essentiel, et l’on abandonne au prédi-

caleur la moralisation. Cependant combien n’est-il pas important d’apprendre aux enfants à haïr le vice, non pas pour cette seule raison que Dieu l’a défendu, mais parce qu’il est méprisable par lui-même ! Autrement ils s’y laissent aisément entraîner en pensant que cela pourrailbien être permis si Dieu ne l’avait pas défendu, et qu’il peut bien faire une exception en leur faveur. Dieu, qui est l’être saint par excellence, ne veut que ce qui est bon : il veut que nous pratiquions la vertu à cause d’elle-même et non parce qu’il l’exige.

A’ous vivons dans une époque de discipline, de culture et de civilisation, mais qui n’est pas encore celle de la moralisation. Dans l’état actuel des choses, on peut dire que le bonheur des Étals croit en même temps que le malheur des hommos. Et c’est encore une question de savoir si nous ne serions pas plus heureux dans l’état barbare, où toute la culture qui est chez nous n’existe pas, que dans notre état actuel. Car comment peut-on rendre les hommes heureux, si on ne les rend moraux et sages? La quantité du mal n’en sera pas diminuée.

11 faut d’abord instituer des écoles expérimentales avant de pouvoir en fonder de normales. L’éducation et l’instruction ne doivent pas être purement mécaniques, mais reposer sur des principes. Pourtant elles ne doivent pas être non plus une affaire de pur raisonnement, mais aussi, en un certain sens, un mécanisme. Il n’y a guère en Autriche que des écoles normales, établies sur un plan contre lequel on a élevé avec raison beaucoup d’objections et auquel on pouvait surtout reprocher de n’être qu’un mécanisme aveugle. Toutes les autres écoles devaient se régler sur celleslà, et l’on se refusait même à employer les gens qui

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n’avaienlpas été dans ces écoles. De telles prescriptions montrent combien le gouvernement se mêle de ces choses, et il est impossible qu’avec une pareille contrainte on puisse arriver à quelque chose de bon.

On se figure ordinairement qu’il n’est pas nécessaire de faire des expériences en matière d’éducation, et que l’on peut juger par la raison seule si une chose sera bonne ou non. Mais on se trompe beaucoup en cela, et l’expérience enseigne que nos tentatives ont souvent amené des effets tout opposés à ceux que l’on attendait. On voit donc que, l’expérience étant ici nécessaire, nulle génération d’hommes ne peut tracer un plan d’éducation complet. La seule école expérimentale qui ait commencé ici en quelque sorte à frayer la route, a été Y Institut de Dessau \ Malgré les nombreux défauts qu’on pourrait lui reprocher, mais qui se rencontrent dans tous les essais auxquels on se livre, il faut lui accorder cette gloire, qu’il n’a pas cessé de susciter de nouvelles tentatives. Il a été d’une certaine manière la seule école où les maîtres eussent la liberté de travailler d’après leurs propres méthodes et leurs propres plans, et où ils fussent unis entre eux, ainsi qu’avec tous les savants de l’Allemagne.

(Sommaire. — De la culture négative et positive, p. 54. — De l’éducation privée et publique, p. 55. — Combien de temps doit durer l’éducation, p. 56. — De la soumission, p. 57. — Comment concilier la soumission et la liberté, p. 57.)

L’éducation comprend les soins qu’exige l’enfance et la culture. Celle-ci est, 1° négative : c’est alors la discipline, laquelle se borne à empêcher les fautes; 2° positive : c’est l’instruction et la direction *, et sous

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