‹ Traitement actuel du cancer de la langueChapitre 111 sur 247 · I. [| est des cas au-dessus · texte numérisé non relu

I. [| est des cas au-dessus

de toute thérapeutique chirurgicale.

Nous l'avons maintes fois répété. Le cancer de la langue est une des formes les plus malignes de cancer. Quand il revêt son type histologique courant, l'épithélioma lingual tue rapidement dans les douze ou seize mois. C’est donc un cancer qui vieillit vite. Faute d’un diagnoslic précoce et d’un traitement approprié, faute souvent d'un prélèvement biopsique qui aurait révélé la nature véritable d'une ulcération ou d'une tumeur de caractères cliniques incertains, le médecin laisse évoluer un cancer

malin qui du fait de la diffusion locale, de son extension ganglionnaire à distance et du retentissement sur l'état général, se transforme rapidement en un mal incurable.

Si nous insistons à dessein sur la nécessité d’un diagnostic précoce, c'est que malheureusement il nous est rarement donné dans les centres anti-cancéreux de voir et de traiter des malades au début.

Les cas qui nous sont adressés sont la plupart du temps à la limite de l’opérabilité, ou au-dessus de toute théra-

peutique.

En classant nos observations, nous avons pu dresser. le tableau suivant, qui illustre d’une manière particulièrement saisissante l'opinion que nous formulons ici méme.

C'est ainsi que nous trouvons :

Cancers Peviinguat Merginal Méso Margina Opérables tt 20 Il 3 À la limite de

l'opérabilité 17 AT 16 16 Inopérables Ü 19 18 34

Les facteurs qui contr'indiquent toute tentative thérapeutique sont multiples. L'inopérabilité est fonction de causes locales d'une part, de causes générales d'autre part.

Arrivé faute de soins appropriés à la période d'infiltration diffuse, le cancéreux de la langue présente tous les signes de la grande cachexie. N'oublions pas qu'il S'agit de vieillards, d'organismes par conséquent fragiles. L'absence ou l'insuffisance de l'alimentation, les hémorragies répétées et les douleurs, l'infection buccale si fréquente, la résorption lente de produits toxiques par voie veineuse où lymphatique arrivent à réaliser chez de tels malades, le tableau bien classique de la cachexie

cancéreuse, qui est dans tous les yeux et sur lequel il est inutile de s'appesantir. [1 est bien évident qu'alors toute intervention si peu mutilante, si peu choquante qu'elle soit ne peut qu'aboulir à un désastre.

L'élat général indique la nécessité d'un traitement strictement médical. Nous verrons que dans quelques circonstances des Symptômes alarmants exigeront des mesures énergiques et souvent efficaces.

En dehors de cet état de cachexie, les contr'indications opératoires peuvent résulter de l'extension Sur place de la lésion primaire ou de l'état anatomique des ganglions.

LES CANCERS POSTÉRIEURS à diagnostic tardif sont vus souvent à une phase où toute ressource thérapeutique est vaine. Ils Se présentent au miroir du laryngologiste avec une infiltration étendue gagnant l'épiglotte, les gouttières laryngées et les parois latérales du pharynx : parfois situés à l'union de la partie fixe et mobile de la langue, ils envahissent la loge amygdalienne, les piliers et le voile et descendent dans le pharynx ; généralement accompagnés d’adénopathies volumineuses et fixées, ils dépassent les limites d'action du rayonnement ou du bistouri

LES CANCERS ANTÉRIEURS, qu'ils Soient marginaux ou du plancher, sont vus parfois à un stade de leur évoluion analomjque qui doit faire négliger un traitement direct de la lésion. C’est qu'après avoir dépassé les limites du plancher en avant ou sur les côtés, ils ont rencontré la barrière osseuse du maxillaire inférieur. Ils ont envahi le tissu osseux, bourgeonné dans l'épaisseur du maxillaire. Alors, il vaut mieux s'abstenir.

de.

Mais, parfois c'est un cancer à limile de l'opérabilité qui à envahi les ganglions sous-maxillaires ou carotidiens ; ceux-ci présentent les caractères d’une adénopathie volumineuse, fixée aux plans profonds. La peau est adhérente à la surface de la tumeur, parfois ulcérée, elle donne issue à du pus. Il s’agit de ganglions infectés ou ouverts et l'expérience apprend que, dans ces cas, l'acüon de la chirurgie ou des radiations est inopérante ou dangereuse et qu’il vaut mieux s'abstenir.

Dans ces conditions, la seule aide à apporter à ces malades sera l'aide morale d’un traitement médical.

Il est cependant des cas où devant un symptôme alarmant, le chirurgien doit agir de toute nécessité et souvent d'urgence.

C’est l'hémorragie abondante en plein parenchyme linqual. C’est la dysphagie ou la dyspnée. Ce sont enfin les douleurs atroces, névritiques dans le domaine du Hngual ou du glosso-pharyngien.

C’est ainsi qu'en 1919, M. BÉRARD, dans sa communication au Congrès de Chirurgie, indiquait « que dans les formes graves à large extension encore opérables, et dans les cas inopérables, le chirurgien peut et doit toujours recourir à la ligature des deux linguales, voire même de la carotide externe, du côté le plus envahi, ainsi qu'à la section des nerfs linguaux, de facon à enrayer la marche de la tumeur, à prévenir les hémorragies et à réduire les douleurs, même si la tumeur ne peut être enlevée ».

Nous n'avons pas eu l’occasion de voir pratiquer de gastrotostomie pour des symptômes dysphagiques, ou de trachéotomie pour des phénomènes d’asphyxie.

La ligature de la carotide externe comme préventif contre l'hémorragie a été faite dans un certain nombre

de cancers inopérables, où à la limite de l'opérabilité (obs. 173, 154, 185, 128, 14) ; dans un cas (obs. 151) on a fait une ligature double.

Quant à la névrotomie du lingual el du glossopharyngien, elle a été pratiquée avec succès dans 2 cas (obs. 175, 60). Il s'agissait de malades avancés, se plaignant de douleurs atroces irradiées à l'oreille.

Sous anesthésie locale, on trace une incision de 3 cm. en dedans du pilier antérieur du voile, aboutissant en bas au niveau de la dernière molaire. On repère le muscle stylo-glosse. En dehors de Jui, on ramène le nerf lingual, que l'on déchire par arrachement. Le crochet est ensuite enfoncé profondément au ras de la paroi pharyngée, en dedans du muscle stylo-glosse. Au bout de deux ou trois tentatives, on ramène le nerf glosso-pharvngien, que l'on déchire par arrachement.

En général, le malade accuse immédiatement après l'intervention, une diminution très nette des douleurs.

Telles sont les seules indications possibles d’un traitement palliatif, dans les cas au-dessus de toute thérapeutique radicale.

Dans les formes moins étendues, les indications varieront avec le degré d'extension et la localisation. Elles devront tenir compte de la lésion primaire et des adénopathies.

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