V. Les réactions ganglionnaires
Nous avons négligé à dessein jusqu'ici ce chapitre si important dans l'étude anatomo-pathologique. C’est un dogme, aujourd'hui bien établi, que tout cancer de la langue envahit précocement les territoires ganglionnaires correspondants. Le problème thérapeutique qui se pose présente done un double aspect. Pour espérer guérir un malade, il faut détruire à la fois la lésion primaire et la lésion ganglionnaire.
« Le canter de la langue se propage par voie lymphalique ». — Les métastases par voie sanguine sont en effet exceptionnelles au cours de l'évolution du cancer de la langue. Notre statistique nous fournit un seul cas de métastase (Obs. 76. Métastase péritonéale). C’est avant tout par la voie lymphatique que le cancer se propage.
ReGauD a insisté tout particulièrement sur le mode et la précocité d’invasion du système lymphatique. Cette invasion se fait en deux phases :
1°) Extension par voie cellulo-lymphatique au niveau même de l'organe atteint ;
2°) Invasion des territoires lymphatiques et ganglion-
os
naires à distance, réalisant l’adénopathie cancéreuse.
«ILest bien connu que cette invasion dépend en grande partie de la richesse des réseaux lymphatiques au siège initial du néoplasme. Mais il v a dans la langue un dispositif anatomique et une fonction qui constituent un facteur de malignité moins connu quoique d'importance plus grande. La langue est un muscle strié dont les faisceaux secondaires lâchement unis ont une disposition entrecroisée. Le muscle est recouvert d'une muqueuse à laquelle il adhère, dans laquelle ses fibres s’insèrent
LPO PE
sans interposilion de Ussu conjonctif développable ; 1] est enfin, de tous les muscles de l'organisme à contraction volontaire, celui dont le mouvement est le plus fréquent et le plus incessant. À peine les bourgeons d'un épithélioma récent ont-ils dépassé la limite profonde du derme mince de la langue, qu'ils végètent entre les fibres musculaires : celles-ci par leurs alternatives de contraclions et de relàächements, malaxent les amas de cellules cancéreuses, les font progresser dans les interstices conjonctifs qui séparent les faisceaux, ainsi que les canaux lymphatiques, les expriment et les égrènent de plus en plus loin dans tous les sens. »