‹ Traitement actuel du cancer de la langueChapitre 17 sur 247 · MERE · texte numérisé non relu

MERE

Nous apportons donc, en ce qui concerne le moment d'apparition de l'adénopathie, des conclusions à peu près identiques. Le cancer du plancher donne rapidement une adénopathie perceptible. Le cancer du bord hbre infeste les ganglions tributaires, plus ou moins tardivement suivant les cas. Le cancer méso-marginal est, de tous, celui qui présente l’adénopathie la plus tardive. Les cancers de la base, contrairement à l'opinion classique, envahissent assez précocement les ganglions. |

b) LA FRÉQUENCE CLINIQUE DE L'ADÉNOPATHIE.

Nous avons dit que l’adénopathie était ordinairement précoce. Il faut retenir cependant que, dans un certain nombre de cas, elle est cliniquement tardive, et qu'elle peut même manquer complètement pendant l’évolution de la lésion primaire.

Les auteurs se sont attachés, dans leur statistique, à rechercher la fréquence de l'envahissement ganglionnaire. |

Dugois-RoouEBErT les trouve atteints dans 94 % des cas.

MÉNEGAuUx, dans 70 %.

Roux-BERGER et Moon, dans 87 %.

Pour tous ces auteurs, ce sont, dans l’ordre, les cancers pelvi-linguaux et marginaux postérieurs qui S’accompagnent le plus fréquemment d’une adénopathie perceplible.

Voici la statistique du Centre anti-cancéreux de Lyon :

Sur 33 formes pelvi-linguales, aucune adénopathie n'est notée 5 fois. Donc envahissement ganglionnaire PEN RE A AS RE D QAR CRE VE Le a Re 84,08 %

Sur 87 formes marginales antérieures, aucune adénopathie n’est notée 13 fois. Donc envahissement ganglion- RIT ADS ME EEE RE PRET NT to ete NC ANS

M ee

Sur 395 formes méso-marginales, aucune adénopathie n'est notée 7 fois. Donc envahissement ganglionnaire CA RSR CES RE MAR ANR à LA ES RL Ne 80 %

Sur 54 formes de la base, aucune adénopathie n’est notée 6 fois. Donc envahissement ganglionnaire RE PT en AE RE ue nl LC SUD 88,88 %

Nos conclusions sont donc identiques à celles de DüBois-RoouerErT et MÉNEGAUXx ; ce sont les cancers de la base qui donnent le plus fréquemment des adénopathies perceptibles cliniquement.

Mais il importe d'insister sur le fait que, même non perceptible cliniquement, l'envahissement ganglionnaire existe :

— Tantôt anatomiquement, dans les cas où rien n'est perceptible cliniquement, mais où le curage trouve les ganglions envahis.

— Tantôt, en quelque sorte en puissance, dans les cas où il n'y a pas de ganglions envahis lors de l’exérèse, mais où l’évolution post-opératoire montre les infestations ganglionnaires ultérieures.

Cette notion essentielle justifiera le curage ganglionnaire systématique, si petite que soit la lésion initiale.

c) LA BITATÉRALITÉ DE L'ADÉNOPATHIE.

C'est là «encore un point capital, car la limite des indications du curage uni- ou bilatéral reste un des points très discutés.

Plus la lésion s'étend, plus l’adénopathie a tendance à devenir bilatérale. On a cherché à établir une relation entre la localisation du cancer et la bilatéralité de l'adénopathie. MoresrN insistait sur le fait que les cancers de la base font des adénopathies bilatérales et que plus la lésion se rapproche de la pointe, plus il y a de chance pour que l’envahissement se fasse des deux côtés et d’une facon presque simultanée.

Pour DuBois-RoQuEBERT, MÉNEGAUX Roux-BERGER et Moxop dont les statistiques concordent à ce point de vue, ce sont les cancers sous-apicaux, les cancers du plancher qui font le plus d'adénopathie bilatérale.

Nous avons trouvé dans nos observations :

Sur 28 formes pelvi-linguales où l'adénopathie était signalée cliniquement, 17 formes avec adénopathies bi- Later a les SOI ADS RE CRE COTES

Sur TA formes marginales antérieures, 24 formes avec adénopathies bilatérales, soit dans ............ SA

Sur 28 formes méso-marginales, 10 formes avec adénopathies bilatérales, soit dans ................ ATOS

Sur 48 formes de la base, 26 formes avec adénopathies bilatéralés Sort dans SR RS ER Le PRE AN IOES

Tout ceci est conforme à ce que nous énoncions plus haut : ce sont les cancers de la base et ceux de la pointe qui font le plus d'adénopathie bilatérale, parce qu'ils sont le plus précocement infiltrants.

On remarquera encore sur le tableau précédent la orande fréquence de l’adénopathie bilatérale, celle-ci s’observant dans près de la moitié des cas. Mais nous avons déjà insisté sur le fait que les malades se présenaient au Centre anti-cancéreux à une phase, hélas, très avancée de l’évolution de leur maladie.

d) LA LOCALISATION DE L'ADÉNOPATHIE.

Nous ne voulons pas reprendre ici la description anatomique des lymphatiques et des groupes ganglionnaires du -cou. Depuis les travaux classiques de Poïrier. depuis les premiers essais de traitement des adénopathies cervicales cancéreuses, les recherches à ce sujet se sont

multiphiées. Rouvière (1) et Raymond BERNARD (2) ont repris récemment la question en précisant la topographie de cerlains groupes ganglionnaires dont la descriplion était indécise.

On sait que les auteurs américains divisent la région cervicale en deux triangles, l’un antérieur, l'autre postérieur, Séparés l’un de l’autre par le sterno-cléido-mastoïdien. Dans le triangle antérieur se groupent les ganglions sous-mentaux et sus-hyoï iens, les ganglions sous-maxillaires et-les ganglions jugulaires inférieurs Dans le triangle postérieur se groupent les ganglions jugulaires postérieurs et les ganglions sus-claviculaires.

Il est classique de dire qu'à une lésion localisée de la langue correspond une adénopathie dans un territoire déterminé du cou.

1. Les cancers de la pointe et du plancher de la bouche Se propagent dans les ganglions sous-mentaux et sous-maxillaires.

2. Le cancer des bords de la langue envahit le groupe sous-maxillaire, puis secondairement le groupe jugulaire antérieur. Il faut retenir que les ganglions sous-maxillaires entourent complètement la glande de même nom. situés les uns sur son prolongement antérieur, les autres sur sa face externe, accolés à la veine faciale: d’autres enfin sur Sa face profonde et sur son bord postérieur. Il est donc nécessaire pour que le curage soit complet d'enlever la glande dans sa totalité. Souvent d’ailleurs, les ganglions adhèrent soit au périoste du maxillaire, soit au ventre antérieur du digastrique où au mylo-hvoï-

(1) ROUVIÈRE. — Systématisation de la topographie des ganglions sous-sterno-mastoïdiens et sus-claviculaires. Ann. d'Anat. pathol. et norm., t. IV, n° 4, p. 412.

(2) BErNarr. — Traitement des cancers du maxillaire inférieur. Thèse de Paris, 1926, Doin, éditeur.

Ve

dien ; ils exigent ainsi, de la part de l'opérateur, des sacrifices plus importants.

3. Le cancer de la base ensemence dans les ganglions de la chaîne jugulaire. Le premier groupe atteint doit être celui de la bifurcation carotidienne s’orientant autour de la carotide externe et de l'origine du tronc veineux thyro-linguo-facial. Souvent l'adénopathie adhère à ce niveau au tronc de la carotide externe et au nerf grand hypoglosse. Il peut arriver, devant l'impossibilité où l'on se trouve d’extirper la masse ganglionnaire. d'avoir à réséquer l’un ou l’autre de ces organes.

Partie de ce point central, l'infection ganglionnaire peut tendre à se développer soit dans l'étage inférieur du cou, soit dans l'étage supérieur. Dans le triangle postérieur, l'existence d’amas ganglionnaires, souvent envahis au niveau de la chaîne cervicale transverse, explique la nécessité de se porter loin en arrière, derrière le sterno-cléido-mastoïdien et d’amorcer la dissection de bas en haut ef d’arrière en avant en tenant le contact des plans musculaires. La présence des ganglions susclaviculaires qui viennent, en suivant ses branches d’orisine, s’annexer à la veine sous-clavière, entourant plus ou moins les racines du plexus brachial, exigera que la dissection se porte dans le creux sus-claviculaire, opération qui ne pourra être réalisée que par la désar- Hiculation temporaire de la clavicule.

Si l'infection remonte dans l'étage supérieur du cou, elle suit le trajet de la veine jugulaire interne dans l’espace sous-parotidien postérieur. Elle se divise ainsi en deux coulées dont le chirurgien doit bien connaître l’existence : la chaîne du nerf spinal en arrière, dont nous avons déjà parlé ; la chaîne sous-parotidienne haute et intra-parolidienne, dont la présence indiquera de se porter dans la loge parotidienne.

PS ETS

Nous avons cherché dans nos observations les relalions existant entre la localisation de l'adénopathie et la localisation de la lésion primaire.

Sous- Sous- Sous- Caro- Caroti- Sous-men mentaux maxil- mentaux tidiens diens taux, sousseuls laires et sous- seuls et sous- maxill. seuls maxill. maxill. et carotid.

Pelvi Hngual 0 12 1 D 7 0 Marginal antérieur 0 25 es” 14 26 4 Mésomarginal 0 7 0 À 13 Base 0 12 0 16 16

Nos conclusions sont donc :

Le cancer du plancher donne de préférence une adénopathie sous-maxillaire et sous-mentale.

Le cancer marginal antérieur se localise aux ganglions sous-maxillaires et surtout carotidiens.

Le canter méso-marginal a la même prédilection.

Le cancer de la base semble dans notre statistique envahir plus souvent les ganglions sous-maxillaires qu'il n'est dit classiquement.

Est-il possible de dresser un schéma de la localisation suivant le degré d’envahissement du néoplasme ? Quelles conclusions pratiques peut-on en tirer?

Nous n'avons pas trouvé que l’envahissement de la partie antérieure du plancher de la bouche dans les formes pelvi-linguales et marginales antérieures donnât une adénopathie plus précoce et plus localisée.

Page 1