II. LES INTERVENTIONS SUR LES GANGLIONS
À. — PRINCIPES GÉNÉRAUX DE LA CHIRURGIE DES ADÉNOPATHIES CANCÉREUSES CERVICALES
Si la discussion demeure sur la thérapeutique des lésions initiales entre chirurgiens et thérapeutes, l'accord est fait sur la nécessité du traitement ganglionnaire et Recaup lui-même y est revenu. C’est donc là un point essentiel à bien préciser parce qu'il est actuellement acquis.
Les principes généraux qui président à la chirurgie du cancer en général doivent être respectés dans cette chirurgie des adénopathies cancéreuses du cou, plus que partout ailleurs.
Enlever toute la masse en vase clos et faire une intervention d'autant plus large que l'on est plus près du début de l'affection, sont 2 règles qu'il faut respecter au maximum.
Faire une dissection incomplète, enlever par morcellement la vaste lame lympho-ganglionnaire du cou, expose fatalement à des récidives ganglionnaires plus ou moins rapides. Aussi, avons-nous toujours pour principe de faire des évidements aussi larges et complets que possible en enlevant tout en bloc.
Le seul moyen qui permette d’y arriver est d'utiliser
LED les plans de clivage naturels que l’on rencontre à la résion cervicale et de supprimer les organes qui, si on les respectait, exposeraient à pratiquer une dissection incomplète.
Les muscles forment le plan solide que l’on doit rechercher toujours ; c'est en rasant de très près leur surface, en les mettant complètement à nu que l’on peut être certain d’emporter tous les tissus suspects :
— contact du trapèze, des scalènes à la partie postérieure,
— contact du ventre antérieur du digastrique, du mylo-hvoïdien en avant,
— contact du ventre postérieur du digastrique en haut,
sont absolument Indispensables.
Mais ceci ne suffit pas, il faut de toute nécessité supprimer le couvercle de la région carotidienne, c’est-àdire, le muscle sterno-cléïdo-mastoïdien dont l’ablation d'ailleurs ne provoque aucun trouble fonctionnel ultérleur et dont la conservation gêne considérablement les manœuvres opératoires. En le supprimant au contraire, on met à Jour la vaste coulée de tissu cellulaire renfermant souvent des ganglions néoplasiques qui vient entourer la gouttière vasculaire. C’est à ce niveau d’ailleurs que se rencontrent souvent les plus grosses difficultés, car on est au contact d'organes vasculaires et nerveux, qu'il faut respecter autant que possible.
Il faut rappeler d'autre part que la trainée ganglionnaire suit et adhère plus volontiers à la jugulaire interne qu'aux vaisseaux carotidiens. Aussi la résection de la jugulaire interne facilite considérablement cette dissection et la rend beaucoup plus sûre et plus complète. Nous la pratiquons systématiquement en même temps que celle du sterno-cléïdo-mastoïdien, d'un côté bien entendu, car
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on sait les graves accidents que l'on observe dans la ligature bilatérale des veines jugulaires internes.
On a même signalé des accidents après la ligature uni-latérale de la jugulaire interne. Creyssez et Dour LET (1), publiant la statistique du Centre anti-cancéreux de Lyon, en ont étudié 3, dont un mortel sur 42 cas. À dire vrai, ils sont rarissimes et ne doivent pas entrer en ligne de compte dans l'indication de la ligature.
\ Par conséquent :
— Réséquer le sterno-cléïdo-mastoïdien et la veine jugulaire interne :
— Se tenir au contact même des plans musculaires :
nous semblent indispensables dans tout curage cervical pour des adénopathies cancéreuses.
Le dernier point sur lequel nous voulons attirer l’attention est la succession même des temps opératoires.
Nous procédons toujours de la périphérie vers Ja partie centrale, c'est-à-dire que notre dissection se dirige toujours vers la fourche carotidienne. C’est en cernant pour ainsi dire l’adénopathie cancéreuse de toutes parts que l’on peut être certain d’avoir fait une opération complète et méthodique ; c’est à ce prix également que l'on peut enlever toute la masse en bloc, sans risquer de pénétrer dans des tissus envahis et de craindre des inoculations dangereuses au point de vue des récidives.
(1) CREYSSEL et DOUILLET — Des accidents encéphaliques après ligature ou résection unilatérale de la jugulaire interne. Rev EdesORtr 130 n°220" 02