II. — Invaginations de la partie supérieure du jéjunum
1. Cruveilhier. — Anatomie Pathologique. 4. XXIWivraison,t.II, — F. 29 ans, euire à l'hôpital Necker le 28 février i835 au soir dans Tétat suivant : Tabdomen est lesièg'ede vives douleurs qui ne sont pas aug-mentées par la pression ; muscles abdominaux contractés ; point de ballonnement, point de tumeur appréciable ; la face est pâle, pouls petit, peu fréquent : chaleur naturelle ; sécrétion d'urines abondante ; aucun phénomène morbide du côté de la tête et de la poitrine. Point de hernie. Le matin du même jour, la malade avait été prise de coliques très douloureuses et de vomissements ; les vomissements avaient cessé dans la journée, mais les coliques avaient persisté avec la même intensité. Absence complète de selles, la malade avait été prise des mêmes accidents quatre fois pendant Tannée i834 ; chaque fois elle était entrée à Thôpital delà Pitié où elle avait été g'uérie en quelques jours. Potion calmante, lavement laudanisé, cataplasnfes opiacés sur Tabdomen. Soulag'ement momentané : la nuit, les coliques se réveillent avec une nouvelle intensité et s'accompagnent de vomissements. — i*»" mars. Absence totale des selles, coliques presque continues, sensibilité du ventre aug'mentée : inégale tuméfaction, vomissements fréquents. M. Delarroque diagnostique une invagination ou un étranglement interne. A Th^pogastre, Tabdomen était dans Tétat naturel, la tuméfaction commençait à gauche et un peu au-dessus de l'ombilic, se dirigeait en bas et à droite pour se terminer au dessus et en dedans de la fosse iliaque de ce côté. — Le 2 mars persistance des accidents : abdomen plus tuméfié ; rigidité des muscles abdominaux : anxiété plus vive : face grippée, yeux caves; abattement; petitesse et fréquence du pouls; quelques syncopes. Le lavement a été rendu sans matières stercorales; le liquide était teint de quelques gouttes de sang : la sécrétion urinaire se maintenait ; point de hoquet. Depuis le 2 jusqu'au 10 mars Jour de /a /noW, les accidents continuent avec une intensité graduellement croissante : coliques, vomissements. Le 5 mars survint la période d'affaissement ; les douleurs dimiquèrent; les vomissements, d'odeur stercorale, avaient succédé aux vomissements bilieux : une tumeur dans la direction précédemment indiquée se dessinait parfaitement à travers les parois abdominales. Ventre sensible à la pression : hypogastre souple ; les lavements n'amenaient rien ; pouls petit et inégal et pourtant absence de hoquets. Le 8, pouls filiforme, extrémités froides, face terreuse, immobilité, état d'agonie qui se prolonge jusqu'à 10 heures du
soir. i8 heures après la mort, les instestins présentent une couleur noirâtre; au milieu d'eux apparaît une tumeur de 2 pouces 1/2 de diamètre et d'un pied de longueur, ayant une direction oblique de haut en bas et de gauche à droite et décrivant un arc de cercle à concavité supérieure. A cette tumeur, qu'on reconnaît pour une invagination, succède une portion d'intestin rétrécie qui se continue sans ligne de démarcation avec elle.
Cette tumeur est précédée par une autre tumeur très considérable formée par le duodénum rempli de liquides, dont elle est séparée par un étranglement circulaire (I). Au point I on voit Tintestin invaginé étreint par un anneau que forme l'intestin replié sur lui-même. Il est probable que le point I répond au commencement du jéjunum, que toute la partie dilatée DD qui surmonte l'invagination appartient à la deuxième et à la troisième portions du duodénum. L'invagination est donc aussi rapprochée que possible de l'estomac E. Il est encore probable que de même que la valvule iléo-cœcale a limité dans un de nos cas l'invagination de la partie inférieure de l'intestin grêle, de môme dans le cas actuel, le duodénum a limité l'invagination de la partie supérieure de cet intestin. Le péritoine n*est recouvert défausses membranes quà la surface de t intestin qui répond à Cinvagination. Ces fausses membranes sont récentes et établissent une adhérence légère entre la tumeur et les circonvolutions voisines. L'estomac peu développé contient des matières liquides, jaunâtres, semblables à celles vomies pendant la vie ; le grand cul-de-sac est sain ; la moitié droite de ce viscère est rétrécie et parcourue par des rides formées par la membrane muqueuse. La vaste ampoule duodénale qui précède l'invagination est remplie de liquides de même couleur. Le gros intestin contient des matières dures. L'intestin grêle invaginant ayant été divisé suivant sa lopgueur, aussitôt a apparu une tumeur cylindroVde formée par l'intestin invaginé. Cette tumeur recourbée en arc présente à sa partie inférieure une ouverture qui est le lieu de réflexion de l'intestin grêle en dedans de lui-même. Sa surface qui est muqueuse (SMP, SMI) est recouverte par une couche pseudo-membraneuse inégale et comme rugueuse qui masque en grande partie les valvules conniventes.
La distension de r intestin invaginant est telle que les valvules conniventes ont entièrement disparu sur la portion d'intestin II' qui répond à la convexité do l'intestin invaginé. La planche II représente ouverts les trois cylindres d'intestin qui constituent l'invagination: I cylindre interne, I' cylindre moyen, F' cylindre externe.
Le cylindre d'intestin central présente deux tumeurs polypeuses : r une P M plus considérable occupant la partie supérieure; l'antre
DE l'invagination INTESTINALE CHRONIQUE 105
plus petite P' occupant la partie inférieure de l'intestin central. Ces tumeurs sont mamelonnées, à pédicule étroit, formé par la membrane muqueuse toute seule ; d'où il résulte évidemment que ces polypes 'appartenaient exclusivement à la membrane muqueuse. Lesmamçlons que présentent ces tumeurs me paraissent formés aux dépens des papilles ou villosités : Leur section démontre une structure aréolaire et gélatiniforme (cancer aréolaire et gélati ni forme). Les polypes n'ont pas concouru à V invagination ^ car le polype principal PM^ celui dont le poids aurait pu produire le déplacement , n'occupe pas la partie injérieure^ mais bien la partie supérieure du cylindre central ; or c'est la partie inférieure de ce cylindre central qui a dû se déplacer la première. Les surfaces muqueuses correspondantes ne présentaient aucun travail d'adhésion. Il n'en était pas de même des surfaces séreuses contigcuës qui étaient unies entre elles par un )î»Tand nombre de lamelles pseudo-membraneuses étendues de Tune à l'autre surfaces et contenant dans leur aréoles une grande quantité de sérosité. Il y avait donc péritonite partielle dans l'épaisseur de l'invagination. Il y avait également péritonite partielle à l'extérieur, c'est-à-dire aux dépens du péritoine qui recouvrait le cylindre périphérique. Cette péritonite de l'intestin périphérique était caractérisée par une pseudo-mem" brane au-dessous de laquelle se voyait une couche assez épaisse de sang coagulé qui la séparait dû péritoine. La dissection des quatre tuniques de l'intestin, non moins que la tranche de section m'ont démontré que les couches celluleusesqui séparent ces tuniques étaient infiltrées de sang et que cette infiltration occupait surtout le tissu cellulaire sous-muqueux. Le cylindre moyen V avait subi des altérations plus considérables que le cylindre central, altérations qui portaient principalement sur son épaisseur. Le lieu le plus épais répondait au cul-de-sac que forme le cylindre central au moment où il se' réfléchit pour constituer le cylindre moyen. Le mésentère du cylindre central et celui du cylindre moyen contenus entre ces deux cylindres, étaient plissés sur eux-mêmes et allongés en corde.
2. Goodhart. — Clinical Society' s Transactions, février 1886, p. 1 46 vol. XIX. — F. 1 9 ans, vue pourla première fois 21 moisavantsa mort pour des accès périodiques de vomissements et de douleurs abdominales. Cachexie progressive. Tumeur irrégulière, bosselée, dans la partie sous ombilicale de Tabdomen au-dessus de l'utérus : on suppose un rein mobile. Soulagements avec lavements de sulfate de magnésie. Jamais la tumeur abdominale ne disparût. Changeant de position, elle en vînt à correspondre au rein gauche, variant de volume et de forme. Certains jours, forme de rein, en tout cas incurvée, dans le sens de la longueur à concavité tournée vers l'ombilic.