PAT ESS
Il arrive souvent que certains abcès qui guérissent complètement laissent en réalité persister après la guérison clinique une cavité, parfois minime, pouvant même passer inaperçue à la radiographie. Plusieurs années après, le malade réinfecte cette cavité persistante et présente à nouveau une symptomatologie d’abcès aigu. L'observation suivante en est un exemple :
OBSERVATION DU SERVICE DU PROFESSEUR SAVY, DUE A L’OBLIGEANCE DU D' VACHON.
M. P.. E.…, 26 ans : Dilatation bronchique bilatérale. Cavité résiduelle d’abcès se réinfectant de temps en temps.
Malade hospitalisé dans le service du Professeur SAvY pour toux et expectoration à la suite d’une pneumopathie aiguë récente.
Les antécédents sont très instructifs : à 4 ans, rougeole avec complications pulmonaires. Il est resté depuis un tousseur chronique.
A 14 ans : fracture de côte à droite ayant entraîné des hémoptysies pendant trois ou quatre jours. Deux mois plus tard le malade a été hospitalisé à l’Hôtel-Dieu pour une pneumopathie aiguë droite avec fièvre. Expectoration très abondante (plus de 2 crachoirs par vingt-quatre heures). Evolution rapidement favorable. Il semble s’être agi d’une suppuration pulmonaire à évolution spontanée favorable.
Depuis lors trois épisodes pulmonaires aigus, toujours à droite, avec une symptomatologie identique à celle présentée à l’'Hôtel-Dieu. C’est à la suite d’une de ces poussées que le malade se fait hospitaliser sur la demande de son médecin, le Dr JEUNE.
L'examen montre, au niveau de la base droite en arrière des râles bronchiques, des râles sous-crépitants fins avee une légère submatité, pas de signes cavitaires.
L'examen des crachats montre l’absence de B. K. La radiographie simple montre une image transversale en bande à la partie moyenne du poumon droit, sans qu’on puisse affirmer la présence d’une cavité (fig. 15).
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Er ts Clithe simple.
FiG. 16. — Radiographic après lipiodol bronchique.
Le lipiodol dessine des dilatations bronchiques bilatérales (fig. 16).
La tomographie permet de déceler dans l'ombre droite une cavité dont le début se fait à 7 cm. du plan dorsal et dont les dimensions maxima sont à 8 cm. de ce même plan (fig. 17).
Fire. 17. — Tomographie décelant la cavité résiduelle non visible sur le cliché simple (fix. 15).
On peut reconstituer l'histoire de la manière suivante : rougeole ayant entraîné une dilatation bronchique bilatérale qui explique les phénomènes bronchitiques chroniqués. Chez ce malade, à la suite d’un-traumatisme (dont le rôle est d’ailleurs discutable), apparition d’un abcès pulmonaire avec pseudoguérison. En réalité, persistance de la cavité et, de temps à autre, poussées aiguës.
Ces abcès ne sont pas des abcès chroniques au sens
EG
clinique du terme, mais il faut les classer comme tels, car du point de vue anatomique, donc opératoire, ils se présentent avec les caractéristiques de l’abcès chronique, c'est-à-dire entourés d’une coque de sclérose.
D'autres abcès donnent aussi l'impression d’une guérison clinique complète. Mais ils conservent des signes radiologiques et quelques semaines après la terminaison du premier abcès, le malade revient avec de nouveau une symptomatologie de suppuration : température, expectoration. C’est une récidive. On voit ainsi des malades présenter des poussées successives et la suppuration devient chronique, à moins que le malade ne meure, au cours d'une poussée, d’une complication, en particulier d’hémoptysie. L'observation précédente (Obs. Mme M... p. 55) est assez caractéristique de la pseudo-guérison d’une suppuration pulmonaire.
£nfin, dans quelques cas, la suppuration pulmonaire aiguë se prolonge au delà des limites normales, aucune amélioration importante ne survient. La température n'est plus aussi élevée, mais elle n’est pas normale, le pouls est moins rapide, l’expectoration persiste aussi abondante, mais le malade, s’y étant peu à peu habitué, s'en plaint moins. L'état général s’est un peu relevé. Un médecin peu habitué à l’évolution des suppurations pulmonaires pourrait penser que tous ces symptômes sont favorables et l'indice d’une tendance à la guérison. Il n’en est rien. Le malade s’est en quelque sorte installé dans sa maladie. Il était un malade atteint d’un abcès pulmonaire aigu, il est devenu un infirme : un suppurant pulmonaire chronique.
Les tableaux symptomatiques que peuvent réaliser
ces suppurations pulmonaires chroniques sont de deux sortes :
a) ABCÈS INVÉTÉRÉ.
Dans ce cas, les symptômes généraux sont minimes, température subfébrile, souvent ne dépassant pas 38° ; conservation de l’état général. Les troubles fonctionnels sont constitués par une expectoration de 50 cc. par jour environ. Au point de vue physique, on note peu de signes à l’auscultation, mais la radiologie montre une cavité unique avec ou sans ligne de niveau, sans modification appréciable sur les clichés successifs.
Ces observations d’abcès invétérés sont rares. Tôt ou tard, ces abcès tombent dans la deuxième éventualité possible, la pyosclérose pulmonaire.
b) LA PYOSCLÉROSE.
Là encore les symptômes généraux sont minimes et l’état général paraît bon. Les troubles fonctionnels sont importants, mais le malade s’en plaint relativement peu. Ces malades arrivent à cracher de 3 à 500 grammes de pus par jour, parfois davantage, sans être trop incommodés. Ils font songer aux vieux rétrécis urinaires qui voient leur dysurie augmenter chaque jour, mais ne s’en aperçoivent guère, jusqu’au Jour où une dilatation leur rendant un urètre perméable les fait s'étonner d’avoir pu supporter si longtemps pareille infirmité. Cette expectoration chronique s’accompagne des déformations habituelles du côté des mains : ongles bombés, ostéo-
pathie de Pierre-Marie.