À. — RÉSULTATS
Nous avons recherché tous les abcès opérés par notre maître le Professeur SANTY. Ces différents malades ont donc été traités par un seul chirurgien et 1l s’agit en apparence d’une statistique homogène. En réalité, 1l n’en est rien, car ces différentes interventions s’échelonnent sur plus de dix ans. En outre, nous n’avons éliminé aucune observation ; certains malades moribonds ont été opérés très tardivement. Malgré les risques inhérents à de telles tentatives, on n’a pas cru devoir refuser le bénéfice toujours possible d’un drainage, même si du fait des lésions, de l’état général du malade ou de son âge, le cas semblait désespéré. Ces considérations préliminaires nous paraissent nécessaires pour montrer l'esprit dans lequel nous avons désiré étudier ces résultats du traitement chirurgical des abcès pulmonaires. En effet, nous ne voulons pas apporter une statistique. Nous voulons au contraire, éliminant rapi-
dement les cas de guérison, insister sur les échecs. Là comme ailleurs en chirurgie, ce sont eux les plus instructifs. Notre but serait atteint si, ayant essayé de montrer les différentes causes qui les ont motivés, nous pouvions diminuer leur nombre dans l’avenir.
RÉSULTATS GLOBAUX.
Le nombre d’abcès traités chirurgicalement (ayant motivé chacun une ou plusieurs interventions) est de 50. Sur ces 50 cas, il y a 24 guérisons. D'emblée un fait saute aux veux : le traitement chirurgical de l’abcès pulmonaire entraîne une mortalité énorme puisque, en bloc, elle atteint 52 %,.
Ce résultat global nous paraît justifier deux remarques essentielles :
19 Nous nous élevons d'emblée contre l’interprétation abusive qui se complairait à comparer ce pourcentage avec le pourcentage de mortalité observé dans une statistique médicale. En effet, comme nous l'avons vu plus haut, certaines statistiques médicales comportent une mortalité moindre : 36 % pour BE- ZANÇON, 48 % pour RouBier. Cette comparaison ne repose évidemment sur aucune base, car on ne peut comparer entre eux que des éléments de même nature. Or, tous les cas d’abcès opérés concernent des malades qui seraient certainement morts (à plus ou moins brève échéance) si on n'était pas intervenu. Par conséquent, tout pourcentage de guérison, si faible soit-il, a sa valeur, puisqu'il serait nul sans la chirurgie.
20 On ne peut pas objecter la possibilité de guérison spontanée, même tardive, chez les malades qui ont été opérés. Nous n’en voulons pour témoignage qu’un seul chiffre, celui du délai moyen qui s’est écoulé pour nos malades entre le début de leur affection et le moment où ils ont été opérés. Ce chiffre a été calculé pour tous nos abcès, sans en excepter ceux qui, ayant présenté des complications pleurales, ont été de ce fait opérés beaucoup plus précocement. Le délai moyen est de 4 mois et demi, exactement 132 jours (pour les 45 malades chez qui l’observation était suffisamment précise pour qu’on puisse faire un compte exact). Nous sommes loin des 2 mois classiques depuis le rapport de BAUM- GARTNER au Congrès international de Chirurgie en 1932. Et cependant aucun médecin ne discute théoriquement le bien-fondé de cette règle des 2 mois ; en pratique, doucement bercé par l'espoir d’une guérison spontanée, accordant à des symptômes de régression temporaire une valeur qu'ils n’ont pas, on temporise et on laisse ainsi passer le moment optimum pour la décision chirurgicale. Nous nous permettons d’insister sur ce point, car nous allons voir qu'il est responsable de la plus grande partie de nos échecs.