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le malade fit remarquer que le frère de ce dernier avait été également goitreux et que son développement corporel était très en retard jusqu'à l’époque où on l’opéra, dans les mêmes conditions, de son goitre. A partir de là, il se développa très rapidement et les différentes parties de son corps atteignirent bientôt les dimen sions normales. »
Ces résultats ne sauraient pourtant nous surprendre et dès maintenant nous sommes tenté de les rapporter à un certain réveil de la vitalité de l’organe, à une sorte d'excitation, conséquence évidente du traumatisme opératoire, des manœuvres exercées sur le corps thyroïde. Puisque, après cette ablation partielle, les accidents myxædémateux ont disparu, c’est donc que les parties restantes de la glande fonctionnent maintenant et suppléent à celles qui ont été enlevées. Les autopsies de pareils sujets sont rares ; mais nous avons la conviction qu’on trouverait les parties respectées de la thyroïde plus volumineuses qu’à l’état normal, tout en conservant la structure histologique de l'organe sain. En résumé, lablation partielle aurait joué, pour nous, dans le cas que nous rapportons, le rôle dun stimulant donnant au tissu thyroïdien la force de triompher des obstacles qui s’opposent à son bon fonctionnement.
Dans cette réaction du corps de la thyroïde, nous venons de nommer les effets du thyroïdo-éréthisme de M. le professeur Poncet. Nous croyons utile, avant de parler des hypothyroïdiens qui nous occupent spécialement, de rapprocher de cette première observation, d’autres faits non moins intéressants ; on ne saurait, non plus, les expliquer, sans mettre en jeu un réveil de la vitalité du corps thyroïde.
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Nous avons expliqué comment certaines hypertrophies thyroïdiennes peuvent produire, de même queles atrophies, mais par un processus différent, des troubles de cachexie pachydermique; nous avons ainsi admis une classe de myxœdémateux hyperthyroïdiens, Chez de tels malades, MM. les D" Poncet et Jaboulay, par une opération toute nouvelle, l’exothyropexie, ont obtenu les résultats les plus heureux. Le goitre est simplement exposé à l’air, après une incision libératrice de la peau et des couches sous-ja centes : phénomène intéressant, le tissu goitreux subit une atrophie progressive et avec elle, s’amendent d’une façon notable les accidents du myxœdème. Ces faits cli : uiques ont été déjà nettement constatés chez plusieurs malades de M. Poncet et nous pouvons donner ici le résumé de quelques observations.
1° M. J..., quinze ans, né à Montrotier (Rhône), demeurant à Chambost, entre dans le service de M. Poncet, le 2 janvier 1893. Le malade, fils unique, ne connaît pas de goitreux dans sa famille, mais il y en a quelques-uns dans son village. Peu développé; on lui donnerait douze ans ; intelligence faible. Actuellement, goitre occupant surtout la moitié droite de la thyroïde ; la moitié gauche de la glande est hypertrophiée à un moindre degré. Circonférence du cou = 44 centimètres. Le 5 janvier, M. Jaboulay pratiquel’exothyropexie. Le 1% mars, le malade sort guéri, Mesure du cou — 31 centimètres.
L'intelligence s'est beaucoup développée. L'état général s’est beaucoup transformé. Détail particulier : de blonds qu’ils étaient avant l’opération, les cheveux sont devenus maintenant d’un beau noir d’ébène.
2° M. le professeur Poncet (Lyvn méd.,14 mai 1898)rapporte, chez un goitreux myxœdémateux de ses malades, les transforma -
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tions remarquables qu’opéra chez lui l’exothyropexie. « Tandis que le goitre se modifiait et disparaissait par atrophie, l’état mental du sujet subissait une transformation nettement accusée, Il perdait son aspect cretinoïde, devenait intelligent et relativement débrouillard, Cinquante jours ont suffi pour produire ces résultats psychiques appréciables. »
3° Benoit D..., né à Villié-Morgon (Rhône), âgé de seize ans, entre le 16 mars 1893 dans le service de M. Poncet. Il est impossible d’avoir des renseignements précis sur le début et la marche de l'affection, l'enfant ne pouvant pas parler et semblant comprendre très difficilement les questions qui lui sont posées. Les accidents respiratoires semblent remonter à un an. Actuellement de chaque côté de la trachée, on sent deux masses de consistance dure et uniforme. Circonférence du cou — 38 centimètres.
Bon état général ; mais l’enfant paraît mal développé au point de vue psychique. Il a l’air manifestement hébété et semble com prendre à peine ce qu’on lui dit. L’aspect crétinoïde frappe à première vue et suivant l'expression d’une personne de son entourage il semble complètement abruti.
L'exothyropexie qu'a pratiquée M.le D' Jaboulay a produit chez ce petit malade une véritable transformation : son intelligence s’est développée ; l’enfant est maintenant enjoué. L'état crétinoïde a fatalement diminué: la sœur du service nous assure que les personnes qui l'avaient vu avant l'opération ont peine maintenant à le reconnaître.
Les transformations dont nous parlons sont réelles; on ne saurait les mettre en doute. Avec le nombre de plus en plus croissant d’exothyropexies pratiquées chez les hyperthyroïdiens myxœdémateux, on se rendra compte qu'à côté des phénomènes locaux (atrophie goitreuse) «il se produit aussi des modifications générales, d’un caractère particulier. On peut les résumer en disant que
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l’intelligence se transforme et que la vitalité générale subit une notable impulsion. » (Poncet, Académie de médecine).
Que conclure de ces nouvelles données et comment concilier avec cette atrophie, les améliorations dont nous venons de parler. Nous devons répondre à cette question en faisant forcément encore appel ici au thyroïdo-éréthisme de M. le professeur Poncet. On a essayé tout d’abord, en effet, d’expliquer cette atrophie en ineriminant les pansements iodoformés. A cela on a répondu, avec raison, que l’atrophie se poursuit longtemps encore,apres la cicatrisation de la plaie extérieure, alors donc que ie malade ne reçoit plus d’iodoforme. D’autres admettant que le goitre est dû à la présence, dans l’eau, d’un ferment anaérobie, prétendent que l’exothyropexie met ainsi la bacille dans de mauvaises conditions de résistance : l’organisme reprendrait alors le dessus; le travail de défense et de réparation s’accentuerait. Contre cette théorie, nous dirons seulement que la bactériologie du goitre est tout entière à faire. Nous pourrions peut-être nous demander avec M. le D' Jenny si la mobilisation générale de toute la glande, temps opératoire indispensable dans l'exécution de l’exothyropexie, entraînant nécessairement des tiraillements sur les vaisseaux et sur les filets nerveux du corps thyroïde, ne rend pas celui-ci « comme affamé » et ne le force à subir « une sorte de dépérissement ». Nous dirons, avec lui, que, sile mécanisme de cette régression est possible, il ne peut l’être que jusqu’à un certain point. Car s’il y avait défaut complet de nutrition, l’organe ne fonctionnerait plus; le cortège symptomatique de la thyroïdectomie totale, la tétanie, le myxœdème, le cré -
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tinisme, devrait donc apparaître. Or, c’est tout le contraire qu’on observe : nous en avons donné la preuve. Nous ne voyons donc encore ici qu’une explication plausi ble : une excitation de la glande, un réveil de son activité endormie, amenant vraisemblablement, en même temps qu'une atrophie du tissu goitreux, une hypertrophie corrélative du tissu sain du corps thyroïde. C’est donc au traumatisme que nous revenons, mais en linterprétant en tant que cause irritative, stimulante. Nous ajouterons. dans ce même ordre d'idées, l’action de l'air qui ne nous paraît pas être indifférente. Et ce thyroïdo-éréthisme nous pouvons l’appeler indirect, comparativement au thyroïdo-éréthisme dont nous allons maintenant parier.
Nous avons vu dans les précédents chapitres, que les malades qui nous occupent surtout dans ce travail son des hypothyroïdiens au point de vue anatomique, des athy roïdiens certains au point de vue fonctionnel de la glande thyroïde. Ne peut-on admettre aussi qu’une excitation, mais dans ce cas toute particulière, de l’organe, pourra amener un certain développement de celui-ci, lui permet tant d'acquérir, avec sa structure histologique normale, le rèle physiologique qu’il n’a plus ou qu’il n’a jamais eu ? En un mot, des corps étrangers aseptiques, introduits au sein du tissu thyroïdien ainsi atrophié ou arrêté dans son développement, ne pourraient ils être considérés, suivant l'expression de M. le professeur Poncet, comme autant d’épines devant provoquer la réaction dont nous parlons ? On va nous dire, sans doute, que ces corps étrangers vont amener un certain degré de sclérose et que le remede sera pis que le mal. Nous avions prévu cette objection et nous nous étions proposé tout d’abord d’en examiner la valeur
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par des recherches expérimentales. Notre intention était, en effet, d'introduire de fines lamelles d'ivoire rendues aseptiques, dans la glande thyroïde de plusieurs chiens, de les sacrifier assez longtemps après et de faire à l’autopsie l'étude histologique de ces glandes. Nous n’avons pu persévérer devant ce fait qui nous paraît évident : c’est qu'on ne saurait assimiler, au point de vue de leurs réac tions sous l’influence de mêmes causes, un tissu sain et un tissu déjà morbide. Il y a là des conditions de vitalité toutes différentes ; il ne faut pas l'oublier pour l’interprétation des résultats que nous allons maintenant exposer.
Le procédé opératoire de M. le professeur Poncet est des plus simples. Toutes les précautions d'usage prises et le sommeil anesthésique obtenu, il trace dans la région du cou, sur la ligne médiane, au niveau du corps thyroïde, une incision longue de 7 à 8 centimètres; le tissu cellulaire sous-cutané, le plan musculaire sous-jacent sont successivement incisés. Par une dernière incision sur la sonde cannelée et un débridement, au moyen des doigts et de la sonde, on arrive sur la glande. Celle-ci est sou levée en masse; on applique deux pinces hémostatiques sur un de ses lobes, permettant de faire entre elles, au moyen des ciseaux, une légère section. M. Poncet intro duit ensuite par cette ouverture de petites chevilles osseuses longues de 2 centimètres environ, larges de quelques millimètres et ayant plongé auparavant dans une solution antiseptique; il suture ensuite les deux lèvres de l'incision, par-dessus les petites chevilles, au moyen de catgut phéniqué. La même opération est pratiquée sur l’autre lobe de la glande. Un peu de poudre d’iodoforme est introduite dans la plaie; celle-ci est fermée, après
MO — toilette du champ opératoire, par des sutures métalliques.
Nous avons vu cette intervention pratiquée chez plusieurs malades ; ses suites ont toujours été des plus simples et sauf une élévation de température constante, dont nous aurons à parler, elle n’a jamais donné lieu à la moindre complication.
Cest le moment de reprendre l'observation de la petite Virginie X..., dont nous avons déjà commencé de rappor-
ter l’histoire.
Le 27 décembre, M. le professeur Poncet pratique sur elle l’opération dont nous venons de dunner les détails. Rien à signaler dans le courant de l'intervention. La glande thyroïde est fortement atrophiée; à la palpation elle a une consistance dure, mais non ligneuse. La malade est portée dans son lit. Le 27 au soir, la température est 37°3 ; le 28 au matin, elle est de 3702; le soir 3893; le 29 elle est le matin 37°9, le soir 87% ; le 30 elle est 37°4,
Le 31 décembre, le pansement est enlevé avec les fils de suture. Réunion complète par première intention. On a cessé, à partir de
.ce jour, de noter la température, mais on nous a dit depuis que, “pendant quelque temps encore, elle avait présenté des élévations et des rémissions constantes, avant de rester définitivement normale.
Le 2 janvier 1894, l'enfant se lève; sa santé est parfaite. Elle se plaint d’une certaine gêne de la déglutition, qui disparait les jours suivants. Pendant ce temps, M. Siraud, interne du service, note avec nous que la face est moins pâle, moins bouffie. L’œdème des mains a diminué, L'amélioration de l’état général est certaine, l’état mental semble subir une heureuse évolution. On sent au niveau du cou un noyau induré à la place du corps thyroïde qu’on n'aurait jamais senti auparavant à la palpation. On trouve 31 centimètres de circonférence au lieu de 29 em. 5.
Le 11 février 1894, la petite malade retourne à la Charité, dans