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le service des enfants, de M. le professeur agrégé Weill. On y constate aussi les changements que nous venons d'observer.
Le 3 mai 1894, nous revoyons Virginie X. Elle nous reconnaît en rentrant dans la salle et nous accueille en souriant, Arrivé auprès de son lit, nous l'interrogeons: elle répond nettement à toutes nos questions. Les troubles de la parole qu’elle avait d’une façon si manifeste ont presque complètement disparu. Le visage est bien coloré; il n’a plus la pâleur du début. Les joues ne sont plus pendantes et boufties ; l'épaississement des lèvres a beaucoup diminué; l'œdème palpébral n'existe plus. Le nez est toujours camus. Du côté de l’abdomen, de la poitrine et des membres, il est évident qu'il n’y a plus, à un degré aussi avaucé, le myxœdème du début. Les mains, surtout, n'offrent plus l'aspect en palette si caractéristique. La sœur du service nous donne des renseignements précieux au point de vue intellectuel: la malade est espiègle et prend beaucoup de plaisir à faire des niches aux autres enfants. Elle s’ingénie à trouver des amusements de toute sorte et excelle maintenant dans l’art de confectionner de petites poupées, avec ses vêtements. Poids : 22 kilogr. 300. Taille: 1 m. 12. Circonférence abdominale 65 centimètres. Circonférence du cou 81 centimètres. Circonférence de la poitrine 61 centimètres. Circonférence de la cuisse 40 centimètres ; de la rotule 32 centimètres.
Urines 850 grammes (quantité émise en vingt-quatre heures). D — 1013. Phosphates 1 gr. 375. Urée 8 gr. 82. Pas d’albumine; pas de sucre.
La petite malade à quitté la Charité pendant nos vacances ; nous regrettons vivement de n’avoir pu l’examiner à NOUVEAU.
Nous croyons utile de citer également ici une observation trouvée dans la thèse inaugurale d’un de nos arciens camarades de l’École du Service de santé militaire.
Jeune fille de quatorze ans. Apparition de la maladie à la suite d’un traumatisme, au dire des parents; la malade avait six ans.
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Apparition de plaques érythémateuses à base indurée persistant quinze ou vingt jours, en provoquant une sensation de chaleur et d’engourdissement et laissant après elles, la persistance d’un œdème dur, blanc et indolent. Actuellement, œdème diffus aux mains, pigmenté. Les doigts ont perdu leurs plis. Peau uniformément distendue, mais restant mobile. Sudation continue à la face palmaire. Œdème chronique très marqué et pigmentation brune au niveau des avant-bras. Ongles déformés et fendillés. Pas de troubles de sensibilité. Température locale normale. Le nez est effondré sans qu’il y ait jamais eu d’ozène ni de suppuration. Lèvres grosses, peau du visage très pigmentée adhérente aux couches profondes et formant un muscle immobile. Les cuisses et les jambes sont le siège d’un œdème blanc, uniforme. Au niveau des pieds et des cou-de -pied, larges plaques chaudes et rouges. La taille est celle d’une fillette de huit à neuf ans. La malade n’est pas réglée. Elle est bien musclée, très forte. Foie nettement hypertrophié. Les autres organes paraissent sains. Incontinence nocturne d’urine. Température 37 degrés à 37°5. Pas de poils au pubis, ni aux aisselles. Cheveux durs et abondants. Depuis l’âge de sept ans, troubles psychiques ; la malade est kleptomane; elle a des habitudes de masturbation; des instincts sexuels précoces, court après les garçons. Elle s’est échappé de trois pénitenciers, où on l’avait placée. C’est pourtant une enfant douce et tranquille. Pas de cachexie.
Voici l'opération que pratiqua M. Poncet: « Je fs, au milieu du cou, une incision de 5 à 6 centimètres. Arrivé sur la thyroïde, je la dénudai méthodiquement avec le doigt, je la soulevai et la saupoudrai d’iodoforme et pansai la plaie. »
Peu de jours après, le myxœædème diminuait et une transformation considérable se produisait dans l’état psychique de la malade. « Elle est docile, obéissante, ne répondant pas aux observations qui lui sont faites. La sœur s’en loue sous tous ïes rapports, Jamais elle n’a rien dérobé; active, intelligente, elle s'occupe de différents travaux. »
Cette malade habitait Lyon. Nous avons cherché à la retrouver sans pouvoir y arriver. .
Enfin nous devons parler de deux petits malades dont certains détails de l'observation ont une réelle valeur. Il s’agit de deux petits idiots : Maurice C..., de Valence, âgé de six ans, entre le 7 novembre 1893 à l'Hôtel-Dieu, dans le service de M. Poncet, et de Clémence V..., d’Ornaison (Rhône), âgée de douze ans, entrée quelque temps après. Cette dernière avait déjà subi à Paris, dans le service de M. le professeur Lannelongue, l'opération de la craniectomie. Tous deux avaient une atrophie manifeste du corps thyroïde, mais sans myxœdème. On sait que Mordret ? pense que, chez les idiots en général, il y a une relation intime entre l’atrophie thyroïdienne et le degré d’abaissement intellectuel. Il a fait des recherches dans ce sens et est arrivé à trouver que, dans des proportions de 11 à 50 pour 100, il y avait atrophie du corps thyroïde dans lidiotie. Mais il ne s’agit pas là d’atrophie constante et surtout de suppression fonctionnelle, comme dans l'idiotie crétinoïde. Avec M. le professeur Poncet, nous ferons rentrer ces deux malades dans la classe des idiots cérébraux : nous avons recherché, en effet, chez eux, les symptômes du myxœdème fruste dont parle Reverdin, sans les trouver, Notre maître a pratiqué néanmoins chez eux le thyroïdo-éréthisme, et le traitement,comme il fallait bien s’y attendre, n’a donné aucun résultat. Mais, outre l'élévation de la température, notée pendant plusieurs jours, chez ces deux malades, après lopération, nous devons insister sur une réaction du corps thyroïde qui a bien son importance. Chez Clémence V..., la circonfé-
1 Mordret, Congrès de la Soc. des médecins aliénistes français. Rouen, 1890, in Mercredi médical, 13 août 1890, p. 390.
rence du cou qui était au moment de lintervention 0,27, est deux mois après, 0,32. Maurice CG... a dans les mêmes conditions une augmentation de 2 centimètres.
D’après tout ce qui précède, nous sommes convaincu que le thyroïdo-éréthisme de M.Poncet a fait ses preuves, qu'on ne saurait douter de sa valeur thérapeutique. Nous avons essayé de l’interpréter, ne faisant en cela que partager les idées du savant professeur. Et si nous tenons compte en plus de amélioration que nous avons constatée, de Paugmentation du volume du corps thyroïde et surtout de la fièvre thyroïdienne que nous relevons chez nos malades, nous estimons que le réveil fonctionnel de l'organe estun résultat cliniquement acquis. Malgré les précautions aseptiques les plus rigoureuses, nous avons en effet, observé chez Virginie X..., chez Clémence: V..., chez Maurice C..., une élévation notable de Ja température pendant les premiers jours qui ont suivi lopération. M. Poncet à, depuis longtemps déjà signalé ce pouvoir thermogénique du corps thyroïde. Dans le cas actuel cette fièvre thyro-toxhémique est probablement due à une exagération de la sécrétion interne de la glande provoquée par l'excitation opératoire : M. Orcel a entrepris, dans le service de M. Poncet, des expériences qui confirment cette manière de voir.
Nous dirons, en terminant : le thyroïdo- éréthisme donne de bons résultats chez les myxoœdémateux de Bourneville et nous pensons qu’ils seront d’autant meilleurs qu’on interviendra plus tôt, chez le malade. Nous pensons aussi que ce traitement doit avoir des conséquences favorables chez les hypothyroïdiens adultes de Sir W. Gull- Ord-Charcot ? pour ces derniers, nous raisonnons par
dé analogie, les preuves cliniques nous faisant complètement défaut. Enfin l’exothyropexie de MM. Poncet et Jaboulay amène, par un mécanisme identique (action stimulante), chez les hyperthyroïdiens myxœædémateux, l'heureuse transformation que nous avons constatée.
Dans tous ces cas, nous avons avec notre maître, M. le professeur Poncet, la certitude qu’il doit s’agir d’une amélioration définitive, d’une véritable guérison. Nous ne saurions donc comparer celte intervention chirurgicale aux autres {raitements déjà employés. Nous le disions dans le précédent chapitre : les résultats qu’ils ont fournis sont excellents ; mais ils sont et devaient être fatalement transitoires.