OBSERVATION X
Service d'Oto-Rhino-Laryngologie de l'Hôpital Saint Louis.
Nœvo-carcinome ulcéré de là mastoïde avec adénopathie. Exérèse, guérison clinique datant de 3 ans.
M. le G.... 40 ans. Entre dans le service du D” Lemaitre, pour tumeur ulcérée de la mastoïde, de 13 janvier 1922.
Le début remonte à 1917.
Le malade avait sur l’apophyse mastoïde droite un petit nœvus pigmentaire légèrement saillant el primitivement de la dimension d'une lentille; 11 s'agrandit progressivement, pour atteindre, en octobre 1921, la taille d’une noisette. Toute celle région est très prurigineuse el à plusieurs reprises Îe malade écorche da petile tumeur, mais da cicatrisation se fait toujours.
En décembre 1921, quinze jours avant l'entrée à l'hôpital, sur la partie la plus saillante, une peüte ulcération apparaît el persiste; elle est cachée par une croûtelle noirâtre. À par- Ur de ce moment, la marche de da tumeur s'accélère. Actuellement, on constale au niveau de la pote de la mastoide droite, une tumeur rougeûtre, ovalaire, à grand axe vertical. alleignant les dimensions d’une amande; saillante sur la peau saine dé 7 à 8 millimètres, elle est formée de deux portions l'une, centrale, qui est une croûte noirâtre, très adhérente régulièrement ovalaire et enchâssée dans la portion périphérique lumorals faisant bourrelet. Cette dernière partie est violacée, sa surface est lisse au toucher, molle, légèrement vallonnée, quelques petits sillons la rendant un peu irrégu- Bière. ë
La peau voisine est rouge. La pression n’est pas douloureuse el montre que le tégument entourant la tumeur esl souple, non infiltré, 11 base n’est pas indurée ; simplement d'une mollesse un peu résistante : la croûte se fendille sous
la pression même légère et laisse sourdre par ses cassures
Etre
une sérosilé Jaunâtre au début, ensuite légèrement sanguinokente. Les croûtes enlevées par ramollissement mettent à nu une ulcération rosée, saignant facilement, bourgeonnante, dont les bords se continuent insensiblement avec Le fond de la cavité.
L'examen de la région parotidienne montre des ganglions petits, durs, roulant sous le doigt, mais non douloureux ; dans la région carolidienne faisant suite à la précédente un ganglion est facilement perceptible.
On porte immédiatement le diagnostic de nœvo-carcinome:; on y trouve en effet rassemblés les principaux signes de transformation carcinomateuse : l’accroissement rapide de la tumeur, le liseré rouge qui l'entoure, la sensation de prurit qui à été précoce, l’adénopathie, enfin lulcératon qu'il est rare de constater aussi rapidement pour une tumeur de ce volume, seule manque une zone de mélanose au pourtour du: HŒevUs.
On conseille au malade, devant l'urgence indiquée par la chinique, de se faire opérer le plus 1ôt possible ; il ne s'y décide pas de suite et revient seulement neuf jours après.
Pendant ce court intervalle de temps, la tumeur s'est agrandie, elle atteint la dimension d’une amande verte, son diamètre transversal a augmenté d’un centimètre et le fond de l’ulcération est devenu beaucoup plus bourgeonnant.
Intervention le 20 janvier 1922 par ‘le D' Lemaitre. Anesthésie locale bien tolérée.
. L'intervention comprend deux temps :
a) L'un facilement réalisé, l’exérèse de la masse ellemême qui est faite sans que soil intéressée a masse néoplasique dont les limites semblent largement dépassées, aussi bien en surface qu’en profondeur.
b) Le second plus long et beaucoup plus douloureux
comprend la dissection de toute la loge parotidienne, on est amené à faire cette dissection par suite de la présence d’un semis grisâtre, de quelques grains de plomb vus pas trans-
Le Ab | parence et de quelques traînées lymphatiques qui conduisent à la masse ganglionnaire constatée chiniquement. Ces lvmphaques injecies par là mélanine rappellent beaucoup les vaisseaux injectés au gerola.
L'intervention terminée, les deux plaies opératoires n’en fout, qu'une ; elle est limitée :
En haut : par la face externe de la mastoïde.
En bas et en arrière : par le sterno-mastoidien.
En bas et en avant : par la branche montante lapissée du massèler.
Dans la profondeur : par quelques glandules parotidiens non enlevés.
Après l'intervention, on constate que la partie loute imférieure du facial est paralysée,
Suiles opéraloires simples.
24 janvier 1922. On enlève un fil sur deux, petit hématome de la parie inférieure de la plaie.
26 janvier 1922. On enlève le reste des fils. © 28 janvier 1922. Le malade sort, deux petits points de désunion très pelits aux deux extrémités de la plaie. |
10 février 1922. La plaie est complètement citatrisée, très bon résultat élant donné l’intensité du Uurallement observé, il ne persiste qu'une légère tuméfaction à la partie inférieure de [a plaie.
Le malade revu deux mois après ne présentait aucun point suspetl soit au niveau de sa plaie soit à distance, la guérison paraît complète jusqu’à ce jour, en janvier 1924, la guérison clinique est encore parfaite.
OBSERVATION XI Service d'Oto-Rhino-Laryngologie de l'Hôpital Saint- Louis.
Nœvo-carcinome exubérant (aile du nez, joue, région SouS-maxillaire).
Me B..., 56 ans, cuisinière, entre le IS janvier 1921 dans ‘le service du D' Lemailre, salle Gibert.
La maladie à débuté en septembre 1919 par une pelle tumeur au niveau d’un nœvus pigmentaire gros comme deux grains de mulet, siégeant à la partie supérieure de la narine droite.
Entrée le 22 novembre 1919 dans le service avec cette tumeur nasale rouge, dure, grosse comme un pois. Adénopathie sus-maxillaire droile traitée par deux séances d'électrolyse à quatre jours d'intervalle. Guérison, Cicatrice nasale. En février 1920, consultant pour son adénopathie susmaxillaire droite, l’intervention aurait été jugée inopportune à ce moment-là. (MM. Lenormand et Cottenot.)
La tumeur augmente de volume progressivement. Vers fin novembre 1920 apparaît une tumeur extérieure à la parte moyenne de la tumeur et en même temps la malade remarque Pexistence d'un ganglion prétragien droit.
Depuis décembre 1920, les douleurs augmentent. Elancements violents, fulgurants en arrière de la tumeur vers le cou el l'oreille.
En décembre apparition d’une tumeur comme une lenulle à la parue interne du 2? espace intercostal : cette tumeur augmente de volume et atteint actucllément celui d'un petit haricot.
L'état général est conservé : pas d’amaigrissement.
Examen de M. le D' Darier (25 février 1921) :
1° Cicatrice en croissant circonscrivant le bord supérieur el droit du lobule du nez qui aboutit à une échancrure de la narine droite : dans la cicatrice nodule rose, ferme, de la dimension d’une graine de lin, opaque à la vitro-pression sans teinte ardoisée. Au lotal petite cicatrice sans induralion, déformation très peu apparente.
2 Saillie très importante de la- région inférieure de la joue et de la région sus-maxillaire droite, portant, un gros bourgeon saillant, pédiculé, en champignon : 3 em, 1/2 eur 4,
PMEARIEE
suillant de 16 mm. La surface est à peu près plane, bords lobulés, marqués de quelques uleérations planes lenticulaires, jaunes à fond rouge brun. À la vitro-pression, le fond est très certainement pigmenté, ardoisé, brunâltre (pigmenlation mécanique et hémorragique à la fois).
Ce champignon repose sur une tumeur du volume d'un œuf de dinde ; à cheval sur le bord inférieur du maxillaire inférieur, s'étendant de Fangle du maxillaire au trou mentonnicr.
Dans la région sous-maxillaire et angulo-maxillaire le palper distingue des masses ganglionnaires cohérentes où confluentes sur la face latérale du maxillaire au poimt d'implantation du champignon, lumeur dure, adhérente au maxillaire dont la peau est rose vil mais à peine adhérente, sans peau d'orange. «
Aucune pigmentalion en dehors du champignon. Un gros ganglion préauriculiure comme une dragte, chaine de petits ganglions sterno-masloïdiens jusqu'à la fosse sus-scapulaire où ils existent également. On trouve des ganglions semblables et aussi développés le long- du sterno-mastoïdien gauche, mais Sans ganglions angulo-maxillaires.
Dans la fosse sus-scapulaire droite, un gros ganglion comme une amande, dur et ferme. La malade ouvre la bouche correctement sans trismus, le doigt dans le sillon jugo-gingival confirme l’adhérence à la branche horizontale.
3° Région sus-claviculaire gauche, à 3 cm, sur la clavis cule, tumeur saillante à surface rose lilas, centre plus clair, nullement adhérente à la peau, se plissant facilement, simplement à la vitro-pression une vague teinte de fumée. Pas d'adénopathie.
La malade à subi trois séances d’électrolyse les 21, 22 et 25 février 191 qui ont produit une nécrose noire de volume d’une petite amande.
Vers de 1% mars, apparition d'une tuméfaction très dure
sus-orbilaire droite, allongée, 2 em. sur 3 mm. d'épaisseur
DE: ur
environ, non adhérente à la peau, un peu douloureuse à 1 pression.
Séances d’électrolyse : 3 mars, 15 mars. À partir du 10 mars, la tumeur sus-orbitaire n’a pas augmenté de volume.
Le 20 mars, au niveau de la cicatrice nasale, nodule rosé, central, du volume d’une graine de lin à augmenté et forme maintenant un cordon dur, adhérent, s'étendant à toute celle cicatrice irrégulière.
Le bourgeon jugal droit augmente de volume. Etat général identique, douleurs violentes au niveau de la tumeur sous-maxillaire irradiées vers l'oreille, l'œil, le cou, empèêchant la malade de dormir et nécessitant lemploi d'injections de morphine chaque soir.
Il est remarquable de constater qu'à ce moment Île ganglion préauriculaire droit, qui atteignait le volume d’une noisette, a considérablement diminué et que simultanément la tumeur située dans le deuxième espace intercostal gauche » elle aussi diminué de volume, s'étant comme étalée.
Séances d'électrolyse : 8 avril, 9 avril.
Le 7 avril, la malade à présenté au cours de la nuit une hémorragie en nappe assez abondante au niveau du bourgeon jugal droit. |
Le 8 avril, le bourgeon à augmenté de volume, il atteint 60 mm. de haut, 63 mm. de long et saillant de 3 mm. I est blanc, jaunâtre, irrégulier comme lardacé avec points sphacéliques noirâtres à la périphérie, saignant facilement. La pean à son pourtour est œdémaliée rouge, l'œdème remontant jusqu'au conduit auditif externe.
La tumeur sous-maxillaire, sur laquelle il repose, est sensiblement restée de même volume qu'il y à trois mois, toujours aussi adhérente au maxillaire inférieur. Par contre le: ganglion préauriculaire a complètement disparu, de même que la tumeur thoracique ; la tumeur sous-orbitaire n’a pas augmenté, mais à sa partie supérieure, face interne du nez en dedans de l’angle interne de l'œil droit, apparaît depuis
une dizaine de jours deux tumeurs, grosses comme x têle d’une grosse épingle, arrondies, dures, blanches. IL existe un ganglion carotidien gauche sous le maxillure, dur #t mobile, oros comme une grosse fève. À l'examen thoracique, souffle intercostal-vertébral droit. e
Elat général stationnaire. Pas d’autres localisations.
Intervention le 18 mai 1921, par le D Lemaitre.
Anesthésie au chloroforme.
L'intervention à pour but de supprimer la masse exubérante et dont la grosseur est pour le moins celle d’une grosse orange. Pour cela, on pratique :
1° La ligature de la carotide externe.
2 L’abrasion de la masse. :
La carotide externe est dufficile à trouver pour les raisons suivantes : il existe des adhérences au niveau du bord antérieur du sterno-mastoïdien ; la jugulaire est épaissie, infiltrée ; les ganglions au niveau de celle-ci sont peu développés, mais la masse néoplasique a envoyé des prolongements en avant (un de ces prolongements affleure l'origine de la carotide externe). Celle-ci se trouve nettement au-dessus de l’origine de la thyroïdienne supérieure ; on en pratique la ligature ; le fil porte peut-être sur un tronc commun de la linguale et de la faciale.
Préalablement ont été liés : la jugulaire, deux points : le tronc veineux de la linguale et de la faciale, ainsi que la veine thyroïdienne supérieure.
L'ablation de la masse.est grandement facilitée. Elle se fait presque sans hémorragie.
Suites opéraloires. — Le 23 mai 1921 on enlève les fils de Ja cicatrice carotidienne ; par leurs orifices, il s'écoule à la pression environ un dé à coudre de pus verdàtre, bien lié, sans odeur bien marquée.
Passée au service Darier le 29 mai 1921.
LCR SM