ALORS
Oss. I (inédite). — Femme de 30 aus, entrée à l’hôpital Cochin le 21 avril 1898, pour une tumeur de la partie supérieure du mollet, sur le trajet de la saphène externe, avec prolongement vers le côté interne. On reconnaît une phlébite localisée, à la couleur foncée de la peau adhérente, à des bosselures et à l’induration de cette masse grosse comme une noix. Elle est mobile sur les muscles quand ils se contractent ; en haut elle atteint le losange inférieur du creux poplité ; en bas elle se distingue mal du mollet. En dedans près du condyle tibial, une déuxième petite tumeur dure, allongée transversalement, bosselée, lui est annexée. Chez cette malade, il y a aux deux jambes des varicosités de la peau, etdes veines dilatées, signes manifestes de varices qui n’ont jamais donné lieu à aucun trouble. Un peu d’œdème du membre malade, surtout à la partie supérieure de la face interne de la jambe.
La tumeur du mollet est apparue insidieusement, il y a quinze mois; elle est restée stationnaire pendant bien longtemps, parfois douloureuse, mais n'empêchant pas la malade de marcher et d’exercer son métier de modiste. La tuméfaction interne est survenue il y a deux mois, et depuis la malade éprouve de temps à autre des douleurs vives. Le soir après la marche elle constate un œdème assez marqué de la jambe et du pied. Un examen attentif montre que la saphène interne est libre ainsi que la saphène externe au-dessous de l’ampoule thrombosée. D'ailleurs en dehors des deux tumeurs variqueuses décrites, on ne sent de thrombose ni dans les veines superficielles, ni dans les veines profondes. On trouve au devant de la crête du tibia de nombreuses écorchures. La malade fait de la bicyclette et tombe souvent ; c'est après une chute assez sérieuse sur le genou que la pblébite est apparue pour la première fois.
L'indication opératoire est ici des plus nettes. On conçoit le bienfait qui serait résulté pour cette malade, d’une intervention heureuse exécutée il y a plus d’un an.
Cette malade a été opérée le 26 avril ; M. Quénu lui enleva ses deux tumeurs et deux plus petites, passées inaperçues ; elles étaient entourées de veines thrombosées ; leur consistance était solide. A la coupe, tissu lardacé ; au centre points ramollis, jaune vert, comme suppurés.Examen bactériologique ; néant. L'examen histologique sera pratiqué.
Très souvent au déclin d'une phlébite, une poussée nouvelle se produit, il y a récidive (Méheu x, 13). « C’est là d'ailleurs, nous dit Lejars (132), le sort commun des phlébitiques, alors même que la maladie première n’a été en somme qu'une phlébite larvée ; pour larvée qu'elle soit, l'infection veineuse est tenace, comme l’ostéite et devient souvent prolongée. » La malade de Briquet (36) en était à
sa troisième récidive de phlébite lorsqu'elle succomba en 20 minutes
Ir par embolie pulmonaire. Combien d'exemples de ce genre ne pourraiton citer.
Je résumerai rapidement les COMPLICATIONS DES PALÉBITES,
Une phlébite localisée à son début peut s'étendre de proche en proche ; je ne veux pas parler des périphlébites, mais de l'extension de l’inflamimation aux territoires veineux voisins ; la phlegmatia des femmes en couches, partie des veines utérines gagne l'hypogastrique et de là descend dans l’iliaque externe et les veines de la cuisse et de la fesse (Letulle, 133) ; la phlébite de la veine faciale, suite d’anthrax de la lèvre supérieure remonte par l’ophtalmique jusqu’au sinus
.caverneux. Dans ces deux cas la stase sanguine consécutive à la
thrombose d'une veine plus rapprochée du cœur favorise l’extension de la phlébite aux rameaux veineux afférents ; et les valvules bien connues pour les veines du membre inférieur et qui existent dans la faciale sinon dans l'ophtalmique (Festal, 223), ne sauraient s’y opposer. J'aurai l’occasion de montrer qu'une phlébite du sinus latéral peut gagner la jugulaire et descendre jusqu’au tronc brachiocéphalique et à la veine cave. À ces quelques exemples je joindrai l'observation suivante, intéressante par ce fait, que la phlébite s’est
disséminée sous l'influence d’une infection éloignée.
Ogs. IT (inédite). — Mme P..., 62 ans, matelassière, entre le 25 mars 1897 dans le service de Quénu, pour phlébite variqueuse. Les varices datent de l’âge de 20 ans, époque de la première grossesse suivie de quatre autres. Jamais de troubles marqués, ni d’ulcères. En février la malade a été renversée par un fiacre et fut transportée à l’Hôtel-Dieu où elle resta deux semaines pour plaies contuses du thorax et de la tête et écorchures des deux jambes au-dessus des talons. Depuis elle n’a pu marcher à cause des douleurs qu’elle a ressenties dans la jambe droite. Le pied droit est un peu enflé. A la partie moyenne de la jambe se trouve un gros paquet variqueux bosselé, dur, de douze centimètres sur cinq. La peau est écailleuse, bleuâtre par endroits, adhérente. Audessus de la tumeur la saphène interne est indurée jusqu’au genou, où elle présenteune ampoule thrombosée. Sur la malléole interne, lasaphène forme aussi un cordon induré. Enfin, en arrière près du tendon d’'Achille se trouve une plaque dure, adhérente à la peau. La malade est laissée au repos et préparée pour l'opération.
Le 31 mars, grippe, qui dure une huitaine de jours. L’œdème de la jambe a beaucoup augmenté et on constate à ce moment que la phlé-