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SYMPTOMES ET MARCHE

Symptômes. — Les descriptions précédentes ont montré combien sont variés les aspects anatomiques sous lesquels peuvent se présenter les sarcomes de l’utérus. Leur volume, leur consistance, leur forme, l’existence de kystes dans leur intérieur, son! autant d’éléments variables.

J’ai pu faire encore ^quelques remarques intéressantes au sujet de leur développement, de leurs symptômes et surtout des indications de l’intervention chirurgicale.

L’âge des malades mérite, en premier lieu, d’attirer l’attention ; il varie de trente à cinquante ans environ. On ne peut s’empêcher de comparer ce développement survenant à l’âge moyen de la vie, à l’apparition des sarcomes de l’ovaire qui a lieu dans la jeunesse, de quinze à vingt-cinq ans.

Un second caractère intéressant de ces sarcomes, et surtout des sarcomes du corps de l’utérus, est leur fréquence plus grande chez les femmes qui n’ont pas eu d’enfant. C’est ainsi que, sur mes quatorze observations, deux des malades seulement avaient eu un enfant dans leur jeunesse.

Ce rapport entre l’inactivité de l’utérus et le développement du sarcome a déjà été signalé par la plupart des auteurs. Je ne tenterai pas plus qu’eux d’en donner l’explication.

Enfin, une remarque capitale, surtout au point de vue du diagnostic, concerne le développement rapide de ces tumeurs. Il est donc permis de poser la loi suivante : toutes les fois qu’on assiste à l’évolution, en quelques mois, d’un néoplasme aux dépens de l’utérus, quelles que soient sa consistance, son étendue et ses connexions, il faut penser au sarcome.

L’intégrité presque absolue de l’état général est un des caractères cliniques les plus remarquables dans cette maladie. Au début, c’est à peine si l’embonpoint a diminué, si l’aspect général a subi aucun trouble. Souvent même, le sarcome a atteint un volume considérable, sans que rien n’annonce une perturbation dans la santé. Huit de mes malades, avant de présenter les phénomènes de compression qui les affaiblirent rapidement, justifièrent en tous points cette règle.

Le cas suivant est un remarquable exemple d’une évolution rapide de la lésion coïncidant avec la conservation la plus parfaite de la santé.

Une femme de quarante-cinq ans, n’ayant jamais eu d’enfant et jouissant d’une santé florissante, éprouvait, en mars 1889, sans y prendre garde d’abord, quelques douleurs dans le basventre et un peu de gêne dans la miction. Eloignée de chez elle, elle consulte, à Pau, un médecin qui lui annonce la présence

d’une petite tumeur attenant à l’utérus. Elle revient aussitôt à Paris (le 10 mars) et vient me consulter. Après l’examen, je conclus — mais sans préciser davantage le diagnostic — à l’existence d’une tumeur dure, peu volumineuse, siégeant au fond de l’utérus.

Trois semaines après, nouvel examen. Les douleurs abdominales, surtout la gêne de la miction et de la défécation s’étaient accentuées très rapidement. On put constater, cette fois, la présence de la même tumeur qui, maintenant, remplissait le bassin.

Bientôt éclatèrent des symptômes graves d’obstruction intestinale, et, le 17 avril, j’opérai cette malade, principalement pour parer aux accidents aigus de compression. J’enlevai deux tumeurs pédiculées pesant 3 et 4 kilogrammes, et composées exclusivement par du tissu sarcomateux à fines cellules, sans kystes.

Un exemple à peu près analogue s’est présenté à moi dans le courant de l’année 1888.

J’étais, en effet, appelé en province par le docteur Gey, près d’une jeune femme de trente-deux ans, mariée, sans enfant, qui présentait tous les symptômes d’une tumeur du fond de l’utérus. Cette jeune femme, encore bien portante, se plaignait surtout de douleurs abdominales violentes et de phénomènes de compression, qui avaient débuté quelques mois auparavant. Le médecin avait été frappé du développement rapide de la lésion. D’après lui, la marche avait été tellement aiguë que, en quelques semaines, la tumeur avait triplé de volume.

Après examen, je fis le diagnostic de sarcome pédiculé du fond de l’utérus, faisant saillie dans le bassin, et je proposai une opération.

Elle eut lieu le 4 août 1889. J’enlevai un sarcome pédiculé pesant 3 kilogrammes. Le pédicule naissait du tond de l’utérus et avait le volume du poignet. Ce pédicule fut lié avec un tube de caoutchouc, cautérisé superficiellement et abandonné dans l’abdomen.

Les chirurgiens ont beaucoup discuté, surtout en Allemagne, sur la transformation des fibromes en sarcomes. On a, sans doute, exagéré la fréquence de ce fait, et bien des tumeurs encore petites ont pu, dans certains cas, être prises pour des fibromes, alors qu’il s’agissait de sarcomes au début.

Cependant, dans deux sarcomes volumineux, de 17 à 20 kilogrammes, que j’ai examinés, il existait des parties nettement fibromateuses, mélangées aux noyaux sarcomateux. Il est donc bien permis d’admettre que la transformation est possible, ou que les deux variétés de tissu peuvent se développer simultanément.

Marche. — On a vu avec quelle rapidité évoluaient ces sarcomes utérins, surtout ceux qui naissent au fond de l’utérus. Aussi ne peut-on s’étonner que les malades vivent rarement plus de deux ans, à compter de l’apparition primitive de la lésion. Dans mes observations, cette survie a été rarement dépassée.

Les désordres graves qui entraînent la mort paraissent dépendre surtout des phénomènes de compression du côté du bassin ou de l’abdomen ; par exemple, quand la tumeur, s’infiltrant dans le ligament large, vient se mettre en contact assez direct avec les intestins.

Après l’ablation, la récidive est la règle ; elle survient, en gé“ néral, au bout de six à huit mois ; elle a mis, dans une de mes observations, deux ans avant de se produire.

Si l’organe malade n’est pas enlevé en totalité, c’est dans le moignon qu’aura lieu la nouvelle évolution néoplasique. D’autres fois, ce sera dans les parties voisines. Chez une de mes opérées, c’est le poumon qui fut pris : le sarcome n’attaque pas les ganglions.

Cette question de la récidive est admise par les chirurgiens qui ont opéré de semblables tumeurs. Si l’on cite quelques exemples de sarcomes de l’utérus sans récidive rapide, c’est qu’il s’agissait de la forme rare de sarcomes durs, fasciculés et à développement lent.

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