‹ Traitement de l angine couenneuseChapitre 15 sur 18 · D' GARREAU · texte numérisé non relu

D' GARREAU

Lettre de M. le Docteur NORMAND, de Laval, ex-médecin de l'* classe de la marine militaire.

Laval, le 1" Septembre 1871.

Monsieur et honoré Confrère,

Chose promise, chose due. Poursuivez, poursuivez votre idée : je me rends à l'expérience que je viens de faire, vous avez raison.

Mais, pour nos confrères qu'il faut convaincre, mettons un peu d'ordre dans ma lettre.

Lorsque j'arrivai à Laval, il y a 6 ans^ j'appris par un de nos honorés confrères, M. le docteur Garreau, que vous expérimentiez les balsamiques contre la diphlhérie.

A ce moment^ la lutte était ardente ; je ne pus avoir assez confiance pour me mettre au nombre des expérimentateurs, d'ailleurs peu nombreux.

Poudre fraîche de cubèbe 15 grammes.

Glycérine neutre 70 —

Essence de menthe 8 gouttes.

Miel blanc 30 grammes.

Gomme adragante l —

Hydrolat de menthe poivrée 400 —

M. avec soin dans un mortier. — A prendre pAr cuillerées en 24 heures. — Laver la bouche avec une gorgée d'eau fraichei après chaque ingestion du médicament.

D' E. LARUE (de Laval).

Lettre de M. le D' LELIËVEE, de Mayenne.

MoAfenne, 17 juillet 1873.

Mon cher Confrère,

Vous voulez savoir quel résultat m'a donné la médication balsamique que vous avez instituée pour combattre les affections diphthéritiques : vous me prenez à Timproviste. Ne me demandez donc point d'observations régulières et vraiment scientifiques; je ne puis TOUS donner qu'an résumé de mes souvenirs^ résumé consciencieux et véridique.

gaité et son traTail, mais est anémique et continue encore son traitement reconstituant.

Observation 2. — Pichot, des Petits-Champs, de Bonère, petit garçon de B ans, d'une constitution faible.

21 février. — Symptômes généraux, les mêmes que ceux décrite

dans la première observation, mais moins violents. — Symptômes locaux du croup. *

Ipéca, cautérisation. — J'ordonne 15 grammes de cubèbe pour le lendemain.

23. — 2 visites. — 2 potions de 10 grammes de cubèbe ; malade excessivement rebelle.

24. — Cubèbe. — Les accidents locaux marchent très-vite vars la guérison. Je ne revois le malade que plus tard, alors qu'il est pris de paralysie et d'a£Faiblissement général, semblables aux symptômes décrits dans l'observation précédente, mais qui furent guéris au bout de trois mois.

Observation 3. — Marçais, fille, 12 ans, aux Agets de Saint-Brice.

28 février. — Angine dipbtbéritique avec les accidents généraux de la diphthérie.

Cautérisation, vin, café à discrétion.

!•' Mars. — Cubèbe 15 grammes.

2 — Cubèbe 10 grammes.

4 — Gargarisme astringent.

6 — Gargarisme

Guérison des accidents locaux ; convalescence de deux mois.

Observation 4* — Madame R. . <y des Agets de Saint-Brice^ 40 ans.

3 mars. — Angine diphthéritique. — Cautérisation ; Cubèbe dès le début.

4 mars. — Cubèbe et gargarisme.

6 — idem idem

Convalescence de deux mois.

Observation 5. — Identique à Tobservation 3, cbez on enfant de dix anS; de la commune de Bouère, voisin de Tenfant Pichot.

En remarque générale^ j'ai été frappé de ce que la reproduction des membranes alternait avec la suspension répétée du cubèbe. —

Le premier cas observé a été de tous le plus grave. Le succès obtenu dans ce cas, par l'administration du poifre à queue^ m'a engagé à l'administrer dès le début du traitement chez les autres malades, et je m'en suis bien trouvé. Le caractère de cette petite épidémie a été la paralysie diphthéritique, que je n*avais observée qu'une seule fois^ en 4870, et elle fut mortelle, après six mois, dans une épidémie de croup où je fus bien moins heureux que dans celle-ci; ce qui me fait d'autant plus regretter de ne pas avoir connu votre traitement à cette époque.

Recevez, mon très-honoré confrère, l'expression de ma respectueuse considération.

D' GODIVIER.

Lettre de M. le docteur DENOUAULT-GIRARDIËEE, de

la Croixille. (Mayenne.)

La CroiartWc, 1" Septembre 1874.

Cher Confrère,

J'ai eu recours au cubèbe dans trois cas d'angine diphtbéritique :

lo A la Groixille^ chez une fille de 21 ans;

2o A Saint-M'henréy (lUe-et- Vilaine); chez une femme de 24 ans ;

3^ A la Groixille, chez une fille de 19 ans.

Le premier cas n*est pas aussi concluant que je le voudrais, la jeune fille ayant quitté la Croixille le lendemain de l'administration du médicament, en voie d^amélioration, mais non guérie.

Les deux autres, que j'ai pu suivre jour par jour, avec un soin méticuleux, ne laissent aucun doute sur l'heureuse influence du cubèbe dans l'angine diphtbéritique. Elle est pour moi si évidente que je regrette de ne pas l'avoir employé à Juvigné, au mois de mars^ quelques semaines avant le premier cas, chez une fille de onze ans qui a succombé à cette même affection traitée par les vomitifs, l'extirpation et la cautérisation.

Agréez, cher confrère, mes amitiés.

Dr DENOUAÙLT-GIRARDIÈRE.

« Le docteur Lelièvre (de Séez) m'a affirmé, de son côté, qu'au petit comme au grand Séminaire de Séez, et dans sa pratique en ville et à la campagne, il en avait été on ne peut plus satisfait.

« Tout jusqu'ici tend donc à me démontrer que la potion au cubèbe, ainsi que l'a avancé le docteur Trideau, est bien réellement le spécifique des angines conenneuses, pseudo-membraneuses et diphthéritiqnes.

a Agréez, etc.

D' DAMOISEAU (d'Alençon).

Observations de M. le docteur Narcisse LELIÈVRE, de Séez (Orne).

9 Octobre 1874.

. \^ Observation. — Le i«' octobre 1874, se présente à ma consultation une jeune fille de 16 ans. — Elle est pauvre et sa constitution est affaiblie à cause des mauvais soins auxquels elle est soumise. Néanmoins, elle a passé sans encombre Tâge de la puberté. — Ses règles viennent à peu près régulièrement. — Il y a quatre ans, elle fut atteinte d'une variole confluente pour laquelle je la traitai.

Cette jeune fille arrive de Laleu, petite commune à cinq lieues de Séez. — Elle a passé quelques semaines chez une de ses parentes en donnant des soins à des enfants atteints d'une angine que lé médecin avait appelée gangreneuse. Quoi qu'il en soit, trois enfants en bas âge étaient morts de cette angine^ et le quatrième était pris du même mal.

C^est sur ces entrefaites que la fille Stanislas a quitté Laleu et est venue me consulter. — Sa prononciation est difficile et fait penser immédiatement à un gonflement des amygdales. — Je visite la gorge. — Les amygdales étaient, en effet, gonflées, et de plus tapissées de fausses membranes grisâtres paraissant adhérentes. La rougeur du pharynx n'était pas trèsvive, ni la réaction fébrile bien intense. Le pouls battait à 70 pulsations environ. Je prescrivis immédiatement la potion :

• Poudre fraîche de cubèbe, 15 gram.

Vin de Malaga.

Sirop d'écorces d'oranges. ^ a a 50 gram.

Eau.

à prendre dans les 24 heures.

par les petits malades, dont le plus jeune avait cinq ans. Six de ces capsules ont été prises dans les 24 heures. A partir de ce moment, il est survenu un peu de diarrhée, et le lendemain, quatrième jour du traitement, est survenue une éruption cutanée des plus marquées. Ce phénomène parut être le signal de Tamélioration, car les fausses membranes s'exfolièrent, laissant la membrane muqueuse rouge et douloureuse. L'engorgement ganglionnaire diminua assez rapidement, et la guérison ne se démentit pas.

Les faits de ce genre abondent dans le mémoire de M. Trideau ; les succès y sont même si nombreux et si constants que Tesprit en est un peu troublé, et qu'on se demande si l'auteur n'a pas été exposé à quelque illusion. Il y a toutefois lieu, suivant moi^ d'expérimenter cette médication, que je serais tout disposé à regarder comme de beaucoup la meilleure, si j'avais un grand nombre de faits comme ceux que j'ai eu l'honneur d'indiquer à la Société.

ObservAlloii de M. €)oiffflTJàirriiff PA1JI<.

(Ballctins et Mémoires de la Société de Thérapeutique, 1" série, tome 2,

page 8, année 1868).

Angine couemieuse guérie par le cubèbe.

11 y a deux ans, un médecin de la Mayenne, M. Trideau (d'Andouillé), vint faire connaître à Paris qu'il avait guéri vingt-six cas d'angine couenneuse par l'emploi des balsamiques, copahu et cubèbe. Ce succès était très-encourageant, et, tout dernièrement, MM. Bergeron et Labric avaient annoncé à la Société des hôpitaux qu'ils en avaient relire

Trousseau, Bergeron. Ârchambault, Féréol, LabriC; Peler. — Trousseau, dans sa clinique de THÔtel-Dieu, reconnaît que c'est là une excellente méthode et signale les succès qu'elle a fournis. Parmi les médecins des hôpitaux, aucun n'a poursuivi ces tentatives avec autant de zèle et de persévérance que le docteur Bergeron. A l'hôpital Sainte-Eugénie, pendant l'année 1868, upe partie des malades de la salle Saint» Joseph fut traitée par cette médication. Son efficacité étant reconuue, le cubèbe fut prescrit à tous les diphthériques qui entrèrent dans la salle Saint- Joseph pendant l'année 1869. M. Vaslin, interne du service de M. Bergeron, a publié^ dans la Gazette des Hôpitaux (5 mars 1870), le compte rendu des résultats obtenus dans ce service pendant l'année 1869

Conclusion.

1» L'angine diphthérique guérit très-bien par l'emploi du cubèbe.

Nous avons fait connaître le peu d'efficacité de la cautérisation dans ces cas ; on pourra conserver les irrigations à l'eau de chaux et les inhalations médicamenteuses astringentes.

â<> Le cubèbe agit efficacement dans le croupi on donnera ce médicament le plus près possible du début de la maladie, dans le cours de la première période. On doit bannir soigneusement toute médication altérante ou qui aurait pour efiet de débiliter le malade.

cette quantité en plusieurs prises, et dissoute dans l'eau. Mais lorsqu'il s'agit de leur pratiquer une cautérisation, c'est engager une lutte véritable, qui ne laisse pas que d'être très-fatigante pour les petits malades et très-laborieuse pour le médecin.

Plus sûrement. — Le cubèbe et les balsamiques^ le premier surtout, pénètrent facilement l'économie, pour aller tarir la source des sécrétions muqueuses ; de là leur propriétété de supprimer la sécrétion pseudomembraneuse. Le nitrate d'argent et autres cathérétiques n'agissent que par leur contact, encore faut-il ajouter qu'ils n'atteignent qu'avec peine la muqueuse, protégée, si je puis m'exprimer ainsi, par l'exsudat diphthéritique, épais et très-adhérent. Leur action est momentanée, locale ; celle du cubèbe, continue et générale. Enrayer une maladie étendue à toute l'économie, par un médicament qui en poursuit les effets sur les principaux points où elle se localise, tel est le rôle du cubèbe par rapport à la diphthérite des muqueuses, rôle que le nitrate d'argent et ses succédanés ne peuvent remplir.

La cautérisation a, en outre, un très-grave inconvénient, signalé par Fischer et Bricheteau, et dont nous avons été témoins plusieurs fois, celui de laisser après elle du dégoût pour les aliments et de la dysphagie.

Ce double accident serait à lui seul suffisant pour détourner de l'emploi des caustiques tout médecin qui a apprécié l'extrême importance de l'dlimentation chez les enfants en proie à la diphthérite.

Société de médecine pratique de Parie».

Séance du 16 mai 1872. — Présidence de M. Josias (1).

M. Càron rapporte un fait d'angine diphthérique dans lequel la mort ne peut être attribuée qu'à un véritable empoisonnement, car Tenfant, âgé de 5 ans et demi, a succombé sans suffocation, sans présenter aucune des indications de la trachéotomie.

M. DuGHESNE, à propos de ce cas, fait observer que, selon lui, c'est un tort de ne pas nourrir les malades dans les angines graves, par la crainte de réveiller et d'entretenir la fièvre ; l'inanition prédispose au contraire aux accidents d'intoxication qu'on redoute avec juste raison, puisqu'elle favorise labsorption.

Il cite, à l'appui de son opinion, l'observation d'un enfant pour lequel il a été consulté par un confrère des Ternes. Il s'agissait aussi d'une diphthérite. M. Duobesne dit qu'avant son arrivée on avait d'abord cherché à faire vomir l'enfant, mais inutilement ; et à ce propos il dit que pour les enfants il préfère le sulfate de cuivre à l'ipéca, à la condition toutefois de s'arrêter après le troisième vomissement. Il a administré le saccharure de cubèbe et a prescrit des côtelettes et du vin de Bordeaux. Quarantehuit heures après la gorge a été débarrassée des fausses membranes, la fièvre a diminué graduellement et l'enfanta guéri très- vite. L'alimentation, dans les cas de ce genre, doit être continuée, surtout chez les enfants, alors même qu'il existe des indications de pratiquer la trachéotomie.

M. JosiAs » aussi employé avec grand avantage le saccharure de cubèbe.

(1) Extrait du Courrier médical et de la Réforme médicale (22* année, N" 30, p. 237).

Sous Tinfluence de ce médicament, il a vu les pseudo-membranes $e ramollir et se détacher ensuite très-facilement.

M. Caron fait remarquer que son malade n'a pas eu de fièvre, et qu'il n'a pas cessé de prendre du bouillon et du vin sucré. L'ipéca à la dose de 2 grammes dans du sirop d'ipéca, les applications locales de teintnre d'iode et de nitrate d'argent ont été les principaux moyens enaployés. M. Caron n'a pas encore fait usage du saccharure de cubèbe.

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