TRAITEMENT PRÉVENTIF
« Partez promptementy allez loin^ et revenez le plus tard « possible • a dit Carnevale,.à propos de Tangine couenneuse, désignée autrefois en Italie sous le nom de tonsilles pestilentielles.
Tel est aussi le Conseil qu'à l'exemple du médecin de Naples, je donne aux familles, toutes les fois que dans une maison où sévit la diphthérie, il se trouve de très-jeunes enfants. Il faut les éloigner à tout prix (1), car cette affection est éminemment contagieuse.
(1) Il y a cinq ans, une mère né voulut point, malgré mes pressantes sollicitations, éloigner de la maison paternelle, où régnait la diphthérie, son jeune fils, âgé de deux ans. Quelques jours après, on m'amena cet enfant à minuit, en plein croup. Il mourut cette nuit même. La mère ne s'était nullement aperçue du début de la maladie. •
Quant à ceux âgés de douze ans et au-dessus, le coDseii est moins impérieux. A cet âge, en effet, la maladie- marche en général avec moins de promptitude, et surtout Tadministration des médicaments est plus facile.
Il faut interdire la maison aux personnes ayant des enfants, et, à plus forte raison, aux enfants eux-mêmes (1).
Je pense que le terme de trois semaines à un mois, assigné par MM. Roger et Peter (2) à l'isolement des enfants, est insuffisant. J'ai vu la maladie atteindre deux enfants qui avaient été éloignés pendant un mois de la maison paternelle. Combien de fois j'ai souhaité qu'il y eût dans chaque ferme un petit pavillon isolé et éloigné de la maison d'habitation, qui pût servir d'infirmerie pour les personnes atteintes de maladies contagieuses. Souvent un foyer d'angine couenneuse, de variole, de scarlatine s'éteindrait et ne se propagerait pas à toute la famille et même à toute une contrée.
(1) Plusieurs fois j'ai frémi de terreur en voyant des mères portant dans leurs bras ou conduisant par la main leurs jeunes enfants dans des maisons envahies par le croup; elles paraissaient insensibles aux représentations que je leurs faisais. L'une d'elle me demandait même d'un air de doute avec qui l'enfant qui était malade avait contracté sa maladie. L'ignorance est compagne du fatalisme, « C'est ainsi que nous voyons, dit M. Lorain, les vieux Turcs, « fidèles au dogme du fatalisme, prétendre que la variole doit venir si cela « est écrit. C'est en vertu de ce principe qu'ils se refusent encore aujourd'hui » à éteindre les incendies. »
Conférences historiques faites pendant l'année 1865, p. 544. (2; Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Tome V, Page 38.
« régnait épidémiquemeDt dans cette capitale/porta un habit « noir dont il avait été revêtu durant cette maladie. Il la c répandit dans tous les lieux de la Podolie où il flt ud « court séjour. » (1)
Ce que Hildenbrandt a constaté pour la scarlatine, i'auteor de la Clinique de l'Hâiel-Dien de Paris Ta reconnu vrai pour la diphthérie, proche parente de la première.
« Trousseau, — écrit en effet M. le docteur Emile Mansord (2), — dans l'épidémie qu'il a observée en Sologne, • a pu assister à la migration de la diphthérie, et il a vu la « maladie, sautant par dessus des cités populeuses, être c transportée par des individus infectés ou ayant été en contact « avec des malades dans des localités éloignées. »
Voici de nouvelles preuves à l'appui de ce qu'a observé le professeur Trousseau. Je crois très-utile de les signaler ici.
Déjà, en 1863, j'avais fait la remarque que, dans une commune voisine de celle que j'habite, les petites filles d'une pension étaient seules atteintes d'angine couenneuse; rien de semblable ne se passait dans l'école des garçons. Cette épidémie avait débuté ainsi : une petite pensionnaire, âgée de sept ans, la nommée T. . . F. . ., mourut du croup, le 10 octobre 1863, dans l'établissement même. A partir de ce moment, chaque semaine plusieurs petites
(1) Ozauam. Histoire des maladies épidémiqucs. Tome 2, page 304.
(2) Essai sur l'histoire de la diphthérie pharyngienne. Those de Paris pour
le doctorat. Février 1874.