‹ Traitement de l'ankylose du genouChapitre 19 sur 36 · I. — Résection cunéiforme · texte numérisé non relu

I. — Résection cunéiforme

Déjà, en 1826, John Rhéa Barton avait pratiqué l’ostéotomie du fémur à son extrémité supérieure pour une ankylose vicieuse de la hanche.

Le beau succès qu’il obtint le conduisit à pratiquer une opération analogue sur Seaman Deas, docteur en médecine, âgé de vingt-cinq ans, atteint d’une ankylose angulaire du genou consécutive à une tumeur blanche survenue à l’âge de neuf ans. Cette opération par sa valeur historique mérite d’être rapportée.

Opération de Rhea Barton! (27 mai 1835). — Mise à nu de l’épiphyse fémorale inférieure par deux incisions limitant un lambeau angulaire à base externe. Ablation, avec une scie, d’un prisme osseux à kase triangulaire, équilatérale, en laissant intacte une petite épaisseur de l’os en arrière, de manière à protéger les vaisseaux poplités contre la scie. Fracture de cette lamelle osseuse par flexion exagérée du membre. Extension graduelle du membre sur un

1 Archives de médecine, 3° série, tome III, page 357.

plan incliné à angle de plus en plus obtus jusqu’à l’horizontale. Ce redressement progressif est obtenu en deux mois, la consolidation osseuse en deux autres mois sans accident, — Plus tard, un petit abcès se forme, suppure, donnant « de temps en temps quelques petits morceaux d'os ». En janvier suivant, Deas parcourt à cheval de 30 à 50 milles, sans fatigue. Deux ans après, il donne lui-même des détails sur sa guérison : — cicatrisation complète — marche sans bâton — très léger degré de claudication — légère flexion du membre laissée à dessein par le chirurgien pour empêcher la marche en fauchant. Le membre est presque aussi volumineux que celui du côté opposé.

Après Rhea Barton, Gibson! et Plat-Burr ? firent deux opérations absolument semblables par le manuel opératoire et par le résultat. Celle de Gibson fut faite le 17 novembre 1841 ; celle de Plat-Burr (de Cheneyville) le 8 décembre de la même année, Dans ces trois faits, on trouve les mêmes incisions des parties molles, le même procédé de section du fémur achevée par ostéoclasie, la même extension graduelle du membre.

Peu de temps après, l'opération de Rhea Barton fut répétée en Allemagne par Muetter. Ried en fut dans ce pays un ardent défenseur, et Meyer * lui donna le nom d’excision cunéiforme. En Angleterre elle fut pratiquée par Price, Fergusson, H. Smith, Swain, etc.; en France, Bœckel et Richet furent les premiers à la mettre en usage. Elle a été depuis faite bien souvent et dans tous les pays, mais non point sans subir d’assez grandes modifications. Tantôt le

1 The American of the méd. scienc., juillet 1842, et Annales de la chirurgie française et étrangère, tome VII, p. 242, 1843.

2 Annales de la chirurgie française et étrangère, 1845,

3 Meyer. Arch. für Klinik. chirurg., 1854.

fragment d’os a été excisé sur les limites de l'articulation, tantôt la résection a été faite au-dessus de la ligne épiphysaire. On comprend très bien que l’interligne articulaire n'ait en pareils cas aucune espèce d'importance, car souvent il y a soudure complète des deux os, et l'opération ne diffère en rien, qu'elle ait été faite dans l’épiphyse fémorale, dans la soudure osseuse ou même au-dessous, en plein tibia.

La résection du tibia a été faite très rarement ; elle ne paraît avoir aucun avantage et l’observation qui suit montre bien les inconvénients qu’elle peut entrainer.

Ch. K., vingt-cinq ans, a été atteint l’année précédente d’une synovite purulente, guérie avec ankylose après l’ouverture de l'articulation et l’exfrpation des cartilages semilunarres. Le malade, qui n’a point porté de tuteur, rentre de nouveau dans le service de clinique chirurgicale.

La jambe forme avec le fémur un angle d'environ 140°, Cet angle est dirigé en dedans. Quelques jours après la seconde entrée à l’hôpital, ostéotomie cunéiforme au tiers supérieur du tibia, à environ trois travers de doigt au dessous de l’épine du tibia. Après l'opération, la jambe est placée dans la rectitude, mais l’extrémité du fragment supérieur proémine assez fortement sous la peau. Grâce au pansement de Lister, la marche est aseptique, mais le dixième jour on supprime ce pansement en raison d'un eczéma phénique très étendu; consécutivement il y eut une suppuration abondante qui cessa après l’extirpation d’un petit séquestre.

Quatre mois après l’opération (décembre 1879), le malade n’a pas quitté l’hôpital.

1 Von Wahl. Zur casuistik der Ostéotomie, Saint-Pétersburger, med. Wochenschrift, 1818, p. 420.

On pourrait encore citer quelques exemples de résection du tibia, mais cette opération nous a paru avoir des indications extrêmement rares, si toutefois elle a vraiment des indications.

Il n’en est pas de même de l’excision cunéiforme du fémur qui a été souvent pratiquée avec succès et que Malacky Kilgariff! a mise en usage, tout récemment, en suivant presque complètement le manuel opératoire de Rhea Barton. Il importe néanmoins d’ajouter que les cas d’excision cunéiforne du fémur deviennent de plus en plus rares, alors que se multiplient les faits d’ostéo-arthrotomie, de résection.

La première opération de ce genre est celle de Gordon Buck? (12 octobre 1844), En voici le résumé :

Cinq jours avant l'opération, Gordon Buck sectionna les tendons du biceps, du demi-tendineux, du demi-membraneux, du droit interne.

L'opération consiste en une première incision transversale passant au milieu de la rotule, une deuxième incision verticale partant du milieu de cet os et allant vers le tibia. Les deux lambeaux triangulaires ainsi formés sont disséqués, le ligament rotulien coupé en travers. Le tibia est scié à deux centimètres au-dessous de la jointure; la section est oblique de façon à se terminer en arrière au niveau de la surface articulaire. Une deuxième section est faite au niveau de la partie supérieure de la rotule. Le coin enlevé fut d’abord insuffisant, et Gordon Buck fit une nouvelle section sur le fémur. Aucun de ces traits de scie n’atteignit la partie postérieure des os et l'opération dut être achevée par rupture. Le membre fut immédiatement

1 Dublin Journal of medical sciences march., 1880, tome I, page 189. 2 Journal de chirurgie, de Malgaigne, 1846.

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