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lent frappant au plus haut point l'imagination de certains malades qui croient voir leurs « humeurs peccantes » sortir avec le pus de l’abcès.
À quel cas d’asthme doit-on réserver l’abcès de fixation ?
Un abcès comporte, même correctement institué et incisé, un coefficient douleur assez élevé ; de plus, il condamne le patient à une immobilisation de quelques jours.
Il ne saurait donc être question de pratiquer cette méthode chez les sujets auxquels leurs crises rares et peu violenies ne rappellent que quelques nuits par an le mal dont ils souffrent.
Par contre, ceux que leurs accès incessants et journaliers ont réduits à une incapacité presque totale, accepteront facilement ces quelques jours de repos forcé.
Entre ces deux extrêmes, dans toute la gamme des asthmatiques où de simples nuances séparent un malade du voisin, il paraît osé de vouloir délimiter par une barrière nette ceux des cas qui réclament l’abcès artificiel et ceux qui ne relèvent pas de cette thérapeutique.
Cependant, d’une manière générale, nous croyons pouvoir poser en principe que :
L’abcès de fixation est indiqué dans tous les cas où, de quelque manière que ce soit, par la fréquence des crises, par leur intensité ou leurs répercussions, l'asthme exerce sur l’activité extérieure du sujet, soit une action inhibitrice totale, soit seulement une action
freinatrice marquée, et alors que d’autres essais thérapeutiques sont demeurés sans résultat.
Lorsque, pour la première fois, nous avons, le 10 avril 1932, institué un abcès de fixation au malade qui fait l’objet de notre observation princeps, c'était après un an d'efforts infructueux, après léchec de toutes les thérapeutiques habituelles, et dans un cas où des accès quotidiens, intenses et prolongés, menaçaient le cœur et la vie du sujet.
Par la suite, nous nous en sommes toujours tenu à la règle ci-dessus ; nous ne nous en sommes jamais départi et chaque fois qu’un asthmatique nous était adressé, nous avons acquis la certitude que les crises représentaient pour lui une infirmité grave, et nous avons, avant d’instituer l’abcès, tenté la guérison par les médications usuelles.
Ce sont les cas rebelles seuls qui ont été traités par notre méthode, et ce sont eux qui font la matière de nos observations.
Tous ont accepté facilement l’injection et l’incision ; aucun n’a présenté d'incident.
À ceux qui nous objecteront linconvénient d’imposer à nos malades une thérapeutique pire que le mal, « une médecine de cheval » — le mot serait exact en un sens puisque les vétérinaires pratiquent les abcès de fixation depuis plus longtemps que les médecins et plus fréquemment —— nous opposerons seulement ces mots de notre malade n° 2 qui, ayant obtenu à deux reprises des rémissions de plusieurs mois, s’est présenté à nous une troisième fois en disant : « Je: viens pour que vous me refassiez un abcès. »
OBSERVATION I. — Nesterenko Jacques, 32 ans. Service du Docteur Simon.
C’est un Russe, exerçant la profession de boninier-élec-
tricien, solide, robuste, mesurant près de 2 mètres, venu dans le service le 29 mai 1931 pour des crises de dyspnée paroxystique durant depuis une année.
Il nous raconte que, tant le jour que la nuit, deux à trois fois dans les vingt-quatre heures, il est pris brusquement, sans prodrômes nets, d’une sensation brutale d’oppression intra-thoracique, atteignant rapidement son intensité maxima.
Pendant un temps variant entre 30 minutes et deux heures, cyanosé et couvert de sueur, il alternait bruyamment inspirations rapides et expirations prolongées.
Il émettait, à chaque crise, des crachats abondants, muqueux, filants, devenant mousseux dans le crachoir. L'examen de cette expectoration y décelait la présence d’éosinophiles; la flore microbienne était composée de pneumocoques, entérocoques et staphylocoques. Il n’a pas été trouvé de bacilles de Koch, même après homogénisation. L’inoculation au cobaye a donné un résultat négatif.
L'examen de son thorax, immobile et sonore, laissait entendre de gros runchus et des sibilants qui s’atiénuaient, sans cependant disparaître entièrement, dans l’intervalle des crises.
Le diagnostic d'asthme s’imposait, asthme humide, étant donné l’expectoration.
Nous avons interrogé notre malade quant à ses antécédents familiaux et collatéraux ; il ne nous a rien signalé que nous puissions retenir ; par contre, dans ses antécédents personnels, nous trouvons une rougeole à huit ans, un épisode pulmonaire aigu non caractérisé à
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18 ans, une maladie de Bouillaud à 19 ans, sans séquelles cardiaques, un état typhoïde à 22 ans, une infection grippale à 28 ans, et une pneumonie à 31 ans, peu avant le début des crises qui nous intéressent.
Il n’y a pas de spécificité avérée, nous ne trouvons aucun stigmate de cette affection ; le Bordet-Wassermann est négatif. Notre Russe était sobre et ne présentait aucun signe d’éthylisme.
Etant donné les nombreux épisodes pulmonaires relevés dans les antécédents, nous avons pensé à la possibilité d’une épine irritative de ce côté. Nous avons trouvé à la radioscopie des lésions de sclérose pulmonaire bilatérale.
Nous n’avons pu déterminer aucune circonstance saisonnière ni atmosphérique déterminante, aucun trouble digestif, sinon un foie un peu diminué de volume, aucune sensibilisation à quelque substance particulière.
Le réflexe oculo-cardiaque permettait de déceler une vagotonie marquée. Sous l'effet de la compression des globes oculaires, le nombre des battements cardiaques passait de 88 à 62.
L’épreuve de Gœtch à l’adrénaline donnait des résultats positifs, révélant un état basedowien fruste.
Pendant près d’un an nous avons vainement lutté, avec des thérapeutiques variées, pour obtenir parfois des rémissions, parfois des améliorations, mais toujours peu marquées et de peu de durée.
Outre les sédatifs habituels (évatmine, Heckel, adrénaline), outre aussi quelques toniques généraux et quelques toni-cardiaques destinés à prévenir puis à combattre le retentissement sur le cœur droit, voici les traitements institués avec leurs résultats respectifs.
Durant le mois de juin, nous avons vacciné notre malade par le vaccin de Minet, en lui associant quelques in-
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jections de lipiodol; une amélioration de quelques jours ne persiste pas.
Nous tentons alors une désensibilisation par l’auto-hémothérapie; au cours des mois de juillet et d’août, le malade reçoit à 16 reprises dans la fesse du sang prélevé par ponctions veineuses en quantité variant entre 5 et 20 centimètres cubes ; encore une amélioration non persistante.
Nous nous sommes adressé à une association iode et arsenic, et dans la première quinzaine de septembre nous avons tâté notre sujet au sulfarsénol associé à l’iodone ; nous n’en avons tiré aucun résultat, pas plus que d’un nouvel essai de vaccination les jours suivants,
Tout en désinfectant les bronches par du résyl, nous avons essayé la peptono-thérapie (peptalmine) sans mieux bien appréciable.
Novembre fut consacré au gardénal ; il ne donna pas dans « l’épilepsie des bronches » les résultats favorables qu’il donne dans le mal comitial.
L’endocrinothérapie (extrait surrénal — extrait hypophysaire — extrait thyroïdien) ne donna dans le cours de décembre et de janvier 1934 que de légères rémissions. Une troisième tentative de vaccination ne réussit pas mieux que la précédente (début de février).
La protéinothérapie par injection de lait (15 injections de 1/2 centimètre cube à 5 centimètres cubes) fin février, début de mars, et l’association extrait surrénal-uroformine tentée fin mars ne donnent que des mieux-être passagers suivis de la reprise des crises.
Le 10 avril, nous instituons l’abcès de fixation que nous n’avons incisé que le 20, parce qu’il ne s’était constitué et collecté que très lentement.
Depuis le 15 avril le malade n’a plus eu de crise. Jusqu’à sa sortie, le 8 juin, il n’a présenté aucune dyspnée de quelque nature que ce soit. Ensuite il ne s’est plus
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signalé à nous. Un de ses compatriotes nous a appris qu’il avait quitté Nice environ quatre mois après sa Sortie de l’hôpital, sans avoir présenté aucun accès nouveau, malgré qu’il ait repris l’exercice de sa profession.
OBSERVATION II. — Petrowsky Julien, 45 ans, comptable. Service du Docteur Simon.
Ce malade, qui se présente à l’hôpital le 14 octobre 1932, a vu depuis bien longtemps sa santé troublée par deux ordres de malaises, les uns digestifs, les autres puimonaires.
Pendant la guerre, en 1915, notre comptable, mobilisé dans la Meuse, présenta un syndrome dysentérique net avec 10, 15 et jusqu’à 35 selles par jour, accompagnées d’épreintes, de ténesme, d’un gros foie, syndrome confirmé par la présence de kystes amibiens dans les selles.
Sous linfluence de l’émétine, les symptômes ont régressé mais le malade garde depuis lors trois ou quatre selles par jour et l’hypertrophie hépatique persiste.
En plus de ces phénomènes intestinaux, cet homme accuse des symptômes pulmonaires au moins aussi pénibles et qui le préoccupent bien davantage.
Gazé de guerre vers 1917, depuis lors bronchiteux chronique avec légère dilatation du cœur droit, ayant même présenté en 1923 des bacilles de Koch dans les crachats, à la suite d’une lésion fibreuse de la région intercléidohilaire, lésion guérie après une cure sanatoriale de deux ans, à Leysin (Suisse), il présente depuis cinq années des crises d’asthme nettement caractérisées.
Toutes les semaines au moins, souvent plusieurs fois chaque semaine, il est réveillé la nuit, vers la troisième heure de son sommeil, par la classique « soif d’air ». La durée de cette crise, au minimum de deux ou trois. heures, alteignait parfois toute la nuit,
Depuis trois mois, les crises sont devenues presque quotidiennes, souvent diurnes, rendant au malade la vie impossible, l’amenant, dit-il, à l’idée du suicide.
L'examen de cet homme épuisé par la diarrhée et l’insomnie qui le frappe jusque dans l’intervaile de ses crises, légèrement fébricitant, au teint pâle, terreux, au facies excavé nous amène d'emblée à suspecter une nou- Yelle poussée de bacillose. Cependant, l’examen sthétacoustique des deux champs pulmonaires, dont la sonorité est augmentée, ne nous montre aucun signe de ramollissement, ni de spélonque ; par contre, de gros râles sonores viennent caractériser un asthme particulièrement serré.
Trois examens de crachats, dont deux après homogénisation ne révèlent pas de bacilles de Koch. Une cutiréaction fortement positive (2 centimètres environ) vient apporter un appoint de plus contre une poussée de baciliose.
Chez ce sujet, à part ses lésions pulmonaires cicatricielles, nous n’avons découvert aucune autre épine irritative, aucune sensibilisation spéciale. Le réflexe oculocardiaque est normal. Le Bordei-Wassermann est négatif.
Tout en traitant avec succès sa dysenterie par l’émétine, nous tentons de calmer les crises de notre sujet par les médications symptomatiques. C’est sans résultat que l’évatmine, l’éphédrine, l’adrénaline sont essayés tour à tour.
Quelques piqûres de pyoformine ne donnent aucun mieux.
Certain que la bacillose passée est actuellement bien cicatrisée, nous entreprenons une vaccination prudente : il n’y a aucune réaction vaccinale mais aussi aucun suc-
cès thérapeutique.
Sans attendre davantage étant donné la fréquence