‹ Traitement de l'asthme par l'abcès de fixationChapitre 14 sur 16 · SIMON · texte numérisé non relu

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sans cesse croissante des crises, nous pratiquons le 28 novembre l'injection de un centimètre cube d’essence de thérébentine dans la partie externe de sa cuisse gauche; rapidement apparaît une volumineuse collection, entraînant un gros décollement musculaire et aponévrotique. Le 1” décembre, deux incisions permettent un écoulement abondant de pus qui se continuera plusieurs jours par le drain.

Les accès, qui ont diminué d'intensité et de nombre dès le jour de l’incision, disparaissent entièrement à partir du 8 décembre, en même temps que les râles ronflants et sibilants disparaissent à l’auscultation.

Notre comptable reprend alors son travail et n’a plus aucun accès jusqu’au 20 février, date à laquelle, à l’occasion d’un gros rhume, l’asthme reparaît, motivant une nouvelle entrée dans le service le 23 février 1933 et un nouvel abcès qui arrête les crises.

Cette guérison n’est encore pas définitive, car le 1° juillet nous voyons notre homme nous demander un troisième abcès qui, comme les précédents, coupe court aux manifestations paroxystiques qui, depuis lors, — et nous avons vu plusieurs fois le malade — ne se sont plus reproduites.

Il persiste cependant de l’emphysème qui entraîne quelquefois un peu de gêne respiratoire, entièrement différente de celle autrement pénible (le malade nous l’a dit lui-même) des crises d'asthme passées. |

OBSERVATION III — Mme Anna B.., 49 ans. Service du Docteur Vian. |

Cette dame, entrée à l'hôpital le 13 juillet 1932, sujette depuis son enfance aux bronchites, sans antécédents Spécifiquês, se plaint de crises d’asthme quotidiennes, la première datant de 1927.

Elle présente chaque soir une crise intense, suivie d’expectoration peu abondante. Le syndrome auscultatoire est typique. Le cœur est irrégulier et arrondi, il n’y a pas de galop. La malade est une adrénalinomane et sa itensiôn artérielle est de 25-11.

On supprime l’adrénaline qu’on remplace par du sédol (la tension artérielle tombe à 16-10 1/2) puis, les crises étant devenues subintrantes par de la morphine, qui les diminue légèrement. Un abcès de fixation est alors pratiqué; quinze jours après, la malade sort guérie sans nouvel accès.

OBSERVATION IV. — Mme Virginie B.., 24 ans. Service de Docteur Vian.

C’est une cultivatrice de 24 ans, entrée le 20 juillet

L’asthme remonte à l’âge de 9 ans; une bronchite l’aurait laissé comme séquelle. Les crises d’une durée de deux ou trois jours, semblaient en relation étroite avec les époques menstruelles et disparurent sans cause apparente vers l’âge de 16 ans. A 23 ans, la malade a un enfant, elle l’allaite, maigrit beaucoup, et au sevrage les crises d'asthme réapparaissent, encore d’une durée de deux ou trois jours, débutant par un coryza, lui-même précédé par une période prodromique de vague malaise. Les accès deviennent plus fréquents, tous les quinze jours, puis toutes les semaines. Ils se terminent par l’expectoration classique, et laissent des douleurs à la base du thorax au point d’attache du diaphragme.

L'examen montre qu’il s’agit d’une crise typique (dyspnée expiratoire, runchus et sibilants). On n’a pas pu découvrir d’épine irritative. Le Bordet-Wassermann est négatif.

Après des essais infructueux de médications diverses

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on fait un abcès de fixation qui guérit radicalement la malade. Celle-ci, avant de sortir, a attendu un mois dans je service; elle a eu entre temps ses règles. Aucune crise n’a été signalée durant cette période.

OBSERVATION V. — Vargiu Joseph, 40 ans. Service du Docteur Simon.

C’est un peintre en bâtiment dont l’asthme a débuté en 1917, consécutivement à une intoxication par les gaz de guerre, qui a laissé une sclérose des sommets visible à la radioscopie. Les accès dabord peu nombreux (tous les mois environ et seulement pendant la saison d’hiver) puis de plus en plus fréquents, deviennent presque quotidiens, nécessitant sa venue à l’hôpital le 7 février 1933. Un traitement symptomatique par l’éphédrine et une série de vaccin de Minet, amènent une légère sédation, encore est-elle de courte durée car notre homme, sorti pour reprendre son travail le 1° avril, revient le 19 du même mois, plus asthmatique que jamais, oppressé toutes les nuits.

Un abcès de fixation est institué immédiatement; deux jours après le malade remarque que ses crises cessent progressivement ; en une semaine la guérison est complète alors que l’abcès donne encore abondamment.

Depuis lors, l’état pulmonaire de ce malade est exceilent ; il n’a plus eu aucune crise. Les signes sthétacoustiques ont presque entièrement disparu. Il persiste seulement un léger emphysème qui n’incommode nullement le sujet.

La guérison se maintient depuis cette épôque, contrô-

lée à plusieurs reprises, et récemment encore avec un recul d’une année,

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OBSERVATION VI. -— Dumesnil Alexandre, 58 ans. Service du Docteur Simon.

Cet homme de 58 ans n’a aucun antécédent pathologique net, sinon des épisodes de bronchite subaiguë, une ou deux fois chaque hiver, depuis une dizaine d’années. Plusieurs examens des crachats ont été pratiqués; même après homogénisation on n’a jamais trouvé de bacilles de Koch ; depuis trois ans, d’abord au cours de ses épisodes pulmonaires, puis indépendamment d’eux, le malade accuse des crises de bradypnée nettement caractéristiques: début brutal, oppression intense durant quelques heures, expectoration assez abondante, perlée, riche en éosinophiles.

Ces crises se produisent, sans cycle bien déterminé, en moyenne une nuit sur trois; elles s’accompagnent du syndrome physique habituel ; en dehors d'elles, l’examen viscéral est négatif ; on ne perçoit aucun bruit pathologique tant au point de vue cardiaque qu’au point de vue pulmonaire. Il n’y a aucun trouble digestif ni urinaire, la tension artérielle est de 15-9 ; le taux de l’'urée sanguine est de 0,35 pour 1.000. Nous avons pratiqué un examen radiologique des poumons ; il ne nous a montré qu’un état séquelle assez marqué prédominant dans la zone inter-cléido-hilaire et l’apex droit, sans aucun signe d’évolution.

Outre les traitements symptomatiques accoutumés qui après une période d’action de quelques mois se montrèrent totalement inefficaces, notre asthmatique a tenté plusieurs essais de désensibilisation et de vaccination, sans résultat appréciable.

Nous pratiquons notre injection de térébenthine le 8 mai; nous incisons le 12 mai. Le malade, qui a encore signalé le 11 une crise moins longue et moins violente que d’habitude, n’a présenté après cette date, durant les deux mois qu’il a passés en observation dans le service,

aucune crise dyspnéique ; il a repris son métier de peintre, et est revenu trois mois plus tard nous confirmer sa guérison.

OBSERVATION VII — Arekion Paul, 40 ans. Service du Docteur Simon,

Il s’agit d’un chauffeur-mécanicien de race noire, gazé de guerre, ayant présenté, comme tout antécédent, une broncho-pneumonie grave en 1919.

L’asthme a débuté en 1918. Tous les hivers cet homme présentait des crises violentes mais assez espacées. Depuis deux mois, les accès sont devenus quotidiens.

Plusieurs traitements sont restés sans résultats.

L'examen montre des crises nettes et typiques. L’expectoration contient des éosinophiles. Le réflexe oculocardiaque est normal. La radio montre des hiles chargés et quelques tractus fibreux qui en partent.

Ce malade, arrivé le 11 janvier 1934, avec des crises subintrantes, subit l’injection le 16 janvier et l’incision le 19 janvier. Les crises disparaissent dès cette date et il n’a pas présenté la moindre gêne durant les deux mois où nous l’avons gardé en observation.

fl nous a paru intéressant de signaler qu’en 1919, à l’occasion de sa broncho-pneumonie, un abcès de fixation alors institué, avait coupé court pendant un an à ses crises, sans qu’à ce moment quiconque ait établi là une relation de cause à effet.

OBSERVATION VIII — Hesteau Marcel, 45 ans. Service du Docteur Simon.

Ce malade n’a aucun antécédent; il est actuellement en chômage; sa première crise d’asthme survint en 1926, à la suite d’une congestion pulmonaire,

Depuis, des accès ont accompagné les multiples bronchites que ce malade contractait tous les hivers.

La dernière attaque a débuté dans la nuit du 25 au 26 septembre 1933, motivant sa venue à hôpital le 4 octobre.

À ce malade, depuis longtemps accoutumé à l’adrénaline et aux autres sédatifs, et chez lequel une vaccination, six mois auparavant, n’avait eu aucun effet, nous proposons d'emblée l’abcès qui est accepté, institué le 5 octobre et incisé le 7.

La collection s’évacue facilement et abondamment. L’attaque cesse. Cependant, quelques jours après sa sortie (fin octobre), il revient. A la suite d’une nouvelle poussée bronchique, il a présenté encore une crise d’asthme, mais celle-ci était peu violente, moins longue que les précédentes, et la déficience mécanique alvéolaire paraissait y avoir plus de place que l’élément spasmodique. Depuis lors, il n’a plus eu aucun ennui; il a trouvé du travail, et de temps en temps il vient nous confirmer la continuation de sa guérison.

OBSERVATION IX. — Chauvière Armand, 59 ans, entrepreneur. Service du Docteur Simon.

Gazé de guerre en 1915, ce malade a depuis cette date des crises subaïguës de bronchite emphysémateuses séparées par des périodes de bonne santé.

Ce n’est qu’il y a quatre ans que, sur ce fond chronique, se sont greffées de véritables crises d’asthme, dont le nombre et l'intensité n’ont fait qu’augmenter depuis pour réaliser à son entrée, le 5 janvier 1934, un véritable état de mal.

Les crises sont typiques, ramenant une expectoration riche en éosinophiles, ne contenant aucun bacille de Koch et dont l’inoculation au cobaye n’a pas donné de tuberculisation.

L’examen des poumons laisse entendre de gros ronchus et sibilants dans l’étendue de deux champs pulmonaires.

L'examen radioscopique décèle une sclérose des sommets et de la fibrose hilaire et péri-hilaire,

Ce malade nous dit: « J'ai essayé tous les traitements », sans pouvoir cependant préciser la nature de ceux-ci. Après un essai de vaccination, l’abcès de fixation est institué le 30 janvier, incisé le 2 février, contre-incisé le 3 février; le pus s'écoule alors abondamment et depuis les crises ont disparu.

Nous avons ensuite gardé cet homme plus de deux mois en observation : il n’a jamais eu de crise ; de l’emphysème assez marqué persiste sans lui causer aucune gêne.

OBSERVATION X. — Pinnaïa François, 45 ans, forain. Service du Docteur Simon.

Ce malade qui avère une spécificité ancienne datant de 1911, traitée, paraissant aujourd’hui guérie, est bronchiteux chronique depuis 1914, asthmatique depuis six ans.

Il a chaque année, vers le mois de décembre, une attaque d’asthme, survenant à l’occasion d’un épisode subaïgu, et cédant difficilement aux traitements habituels.

D’année en année les crises sont devenues plus longues, plus violentes.

À son entrée, le 30 janvier 1934, il était en proie depuis quinze jours à des crises d’asthme humide presque subintrantes. Dans les crachats qui ne contiennent pas de bacilles de Koch, il y a des éosinophiles. Le réflexe oculocardiaque est presque normal (84-64).

La radioscopie laisse voir dans les deux champs pulmonaires des tractus fibreux.

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Le 1° février nous pratiquons l’abcès; la diffusion est rapide et importante, nécessitant une incision précoce, le 3 février. À partir du 6 février, il n’y a plus eu de crise, pas plus que durant les deux mois qui ont suivi, passés en observation dans le service.

Signalons, sans le commenter, le fait que le taux de l’urée sanguine, qui était de 0,41 pour 1.000 à son arrivée à l'hôpital est tombé après l’abcès à 0,18 pour 1.000.

OBSERVATION XI. — Gerber Isaac, 60 ans. Service du Docteur Simon.

Le 18 décembre 1933, arrive à l’hôpital très cyanosé ce maladé atteint depuis 15 ans de bronchite chronique emphysémateuse.

Des crises d’asthme, d’abord rares, ensuite plus fréquentes, puis quotidiennes, et aujourd’hui subintrantes, accompagnent les phénomènes pulmonaires; la dyspnée est marquée, même dans l'intervalle des crises. L’expecforation est abondante. Le syndrome physique est typique. Le cœur, légèrement arythmique, est rapide (96). La tension artérielle est de 17 1/2. La radioscopie montre des hiles pulmonaires chargés et des tractus fibreux irradiant vers les deux sommets.

Différentes thérapeutiques tentées avant sa venue se sont montrées inefficaces.

L’abcès de fixation, institué le lendemain de son entrée et incisé trois jours plus tard, fait cesser crises, dyspnée et cyanose.

Deux mois d’observation ont permis de constater la persistance de l’emphysème, et même en partie de Ja bronchite, sans aucune crise dyspnéique.

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OBSERVATION XII, — Temporin Attilio. Service du Docteur Simon.

C’est un manœuvre de 49 ans, entré dans le service le 17 février 1934 pour des crises d’asthme.

Son histoire clinique est calquée sur celle du précédent: vieille bronchite, emphysème ancien, et depuis trois années crises d’asthme de plus en plus fréquentes et de plus en plus pénibles; sclérose pulmonaire marquée; réflexe oculo-cardiaque 72-60.

Des essais thérapeutiques tentés avant son admission et à son arrivée n’ont donné aucun résultat.

Le 2 mars, on fait un abcès de fixation. Les crises disparaissent rapidement en deux jours. Il garde lui aussi son emphysème, mais n’en subit aucune gêne.

OBSERVATION XIII. —— Liachko Alexandre, 39 ans. Service du Docteur Simon.

Emigré russe, ancien officier, ce malade a présenté dans ses antécédents différents épisodes de bronchite subaiguë au cours desquels aucun examen n’a pu déceler de bacilles de Koch et qui ont laissé comme état séquelle une sclérose apicale et péri-hilaire assez marquée.

Il a eu en 1930 une première attaque d’asthme d’une durée de trois mois ; l’hiver de 1932 fut entièrement occupé par une seconde poussée.

À sa venue, le 12 décembre 1933, il y a environ un mois qu’une nouvelle attaque, la troisième, s’est déclarée.

Les crises sont journalières, parfois bi-quotidiennes ; elles s’accompagnent de l’expectoration habituelle: riche en éosinophiles.

L'auscultation montre une véritable tempête de râles ronflants ; le malade est cyanosé; son cœur est tachyarythmique.

Aucun résultat n’a été obtenu des traitements symptomatiques dont le malade a abusé, pas plus que d’une vaccination anti-asthmatique.

Un abcès institué le 15 décembre met un terme presque immédiat à ses crises. Il sort le 16 février, sans accident nouveau, apte à travailler; ses poumons montrent encore une expiration prolongée et quelques sibilances, mais il respire librement et ne présente plus aucun malaise rappelant même de loin les accès pour lesquels on nous l’avait adressé,

OBSERVATION XIV. — Soldani Joseph, 72 ans. Service du Docteur Gaglio.

C'est un journalier dont l'asthme remonte à 1925. Les crises sont fréquentes, typiques, et surviennent généralement au cours d’épisodes pulmonaires subaigus.

Elles ont entraîné pour notre homme de nombreux séjours dans divers services hospitaliers. Les médications qui lui ont été administrées amenèrent parfois une rémission des symptômes mais rapidement les accès réapparaïissaient.

La dernière attaque a commencé le 2 mars au cours d’un épisode grippal pyrétique qui était la cause de sa venue à l’hôpital. Il n’a aucun antécédent sinon une pleurésie en 1918. L’examen radioscopique montre un flou des deux champs pulmonaires, des taches hilaires accentuées, un aspect général d’emphysème, un gros cœur.

L'examen physique décèle un syndrome de bronchite aïguë. Trois examens de crachats ont été négatifs pour le bacille de Koch. Le réflexe oculo-cardiaque est nul, et même légèrement inversé.

Un abcès de fixation pratiqué le neuvième jour de l’atfection amène en même temps que la guérison des phénomènes pulmonaires une disparition des crises

d'asthme,

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Cette rémission s’est maintenue malgré la reprise, quelques jours plus tard, des manifestations pulmonaires,

De ces différentes observations, il nous semble possible de déduire que l’abcès de fixation doit être considéré comme un élément important de la thérapeutique de l’asthme.

Une communication de MM. A. Pic, P. DELORE, J. La- CROIX, portant sur trois observations d’asthme subintrant guéri par la méthode de Fochier, et parue le 20 avril 1933 dans le Journal de Médecine de Lyon, alors que nous avions déjà groupé cinq cas, est venue corroborer nos premières notions.

Si la perte de l’élasticité de l’alvéole pulmonaire constitutive de l’emphysème, lésion irréparable, ne peut en aucune manière bénéficier de la méthode, il nous apparaît que, par contre, l’élément paroxystique, en rapport avec un état congestif des muqueuses, se trouve influencé heureusement par une thérapeutique intense de dérivation et d’élimination massive de toxines, comportant en même temps une action leucopoiétique indiscutable.

Il ne nous semble pas s’agir seulement d’une action immédiate, appelée à combattre momentanément une attaque d’asthme, mais d’une modification profonde-et durable de l’organisme.

Tous nos malades ont vu leurs crises disparaître à la suite de l’institution d’un abcès de fixation.

Chez un seul d’entre eux (Observation VII) une crise s’est produite dans le mois suivant, sous l’influence d’un épisode pulmonaire aigu, crise d’ailleurs fruste où le catarrhe bronchique et l’emphysème semblaient avoir la plus grosse part, crise unique et sans lendemain.

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