HISTORIQUE DE LA MÉTHODE DES SCARIFICATIONS
Vers la fin du XVI siècle, Fabrice d’Aquapendente È imagina, pour traiter les chéloïdes, la méthode des sca- ES rifications : mais sa tentative resta isolée et la méthode tomba dans l'oubli. Bien longtemps après lui, Angelo Dubini, de Milan, appliqua le même procédé au traite ment dulupus ; l’appareilde Baunscheidt, lelebensweker, dont il se servait n'était autre chose qu'un scarificateur “ à aiguilles multiples. En dilacérant les surfaces lupiques | avec cet appareil, il cherchait à obtenir une pénétration plus intime des substances caustiques au sein des tissus néoplasiques et à rendre aussi leur action plus efficace. L'expérience justifia la méthode : il. obtint d'assez bons résultats et fit sa première publication en 1865.
Cette invention fut reprise par Wolkmann qui subs- : titua dès 1870 le râclage à l’acupuncture de Dubin. Il se
servit de curettes ou cuiller$ tranchantes à l’aide des-
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quelles il enlevait la plus grande partie des tumeurs ; sur les surfaces ainsi dénudées, il faisait, après quelques jours, une cautérisation avec le-nitrate d'argent. Les travaux de Wolkmann marquent le début de la fortune du procédé des scarifications, et les médecins viennois, imitant l'exemple donné, traitèrent par cette méthode l'épithélioma, la couperose, l'acné, l’eczéma chronique,
le psoriasis, les ulcères, ete. Pourtant le lupus avait
repullulé : il fallait trouver mieux.
Veiel, en 1871, pratiqua sur les surfaces lupiques des scarifications ponctuées, suivies d’un badigeonnage avec un pinceau imbibé d'un mélange, à parties égales, de chlorure de zine et d'alcool; il obtint ainsi de bons
résultats : malheureusement, le procédé était très dou-
loureux. Il était toutefois mieux supporté que le ràclage
qui nécessitait souvent l’anesthésie par le chloroforme,
exposant ainsi le malade aux inconvénients et aux dan-
gers des grandes opérations, et les résultats obtenus étaient meilleurs, car le ràclage, en détruisant des parties saines, facilitait la reproduction du lupus. Veiel avait ainsi réalisé un progrès sérieux dans la technique opératoire. Volkmann, dont Veiel était l'assistant, eut l'idée d'associer les deux méthodes, râclage et scarification
faite avec une lame étroite, imaginant ainsi une méthode
mixte dont 1l excluait complètement le caustique.
Hébra, à son tour, essaya des perfectionnements, et, supprimant le râclage, ne fit plus que lacupuncture,
c'est-à-dire des -scarifications multiples, punctiformes.
. I n'y avait qlus qu'un pas à faire et l’on arrivait à
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la méthode des scarifications linéaires. C’est alors que les médecins anglais entrent en scène: dans un mémoire publié à Londres en 1875, Balmanno-Squire, médecin de British hospital for diseases of the skin, fait connaître
sa méthode qui n’est d’après lui que celle de Volkmann
modifiée. On en verra cependant les différences. Le méde-
ein anglais conclut ainsi de l'emploi de sa méthode :
1° Les progrès de lalésion sont enrayés par les scari- .fications ; 2 la réparation des parties se fait dans des limites considérables et qui Semblaient irréalisables. C'est ainsi, par exemple, qu’une extrémité nasale qui semblait profondément détruite par des granulations fongueuses, se restaure facilement, presque ad integrum aussi longtemps que le squelette cartilagineux n’a pas été détruit.
Balmanno-Squire faisait précéder les searifications
d’un râclage partiel, fait avec des curettes beaucoup plus
petites que celles de Volkmann. Son scarificateur con-
sistait en une petite aiguille semblable à celle que lon emploie dans la cataracte et il pratiquait à l’aide de cet
instrument des incisions parallèles, aussi rapprochées
que possible et entrecroisées de manière à ‘former un.
dessin quadrillé ; puis, sur la plaie ainsi formée, il appliquait le caustique de Veiel, chlorure de zinc et alcool. Au moyen de l’anesthésie locale par la congélation, sel et glace, éther pulvérisé au moyen de l'appareil de Richardson, il arrivait à rendre ses interventions très peu douloureuses.
Balmanno-Squire, venu à Paris un peu plus tard, fit
connaître sa méthode à M. Vidal, qui l’adopta. Le savant médecin de l'hôpital Saint-Louis reconnut bientôt l'inutilité du râclage, puis il renonça de même au perchlorure de fer qu'il avait substitué au caustique de Veiel, employépar le médecin de Londres. Dès lors, la méthode qui se trouvait considérablement simplifiée fut appliquée sur une vas(e échelle à l'hôpital Saint-Louis. Q
En 1877, M. le docteur Lelongt, élève de M. Vidal, en fit une étude descriptive très intéressante dans sa thèse inaugurale. En 1879, M. Vidal fit une communication à l'Académie de médecine sur l'emploi de sa méthode et c’est à lui que revient l'honneur d’avoir vulgarisé en France ce traitement chirurgical dont nous nous proposons d’ étudier particulièrement ici les Loir -tions dans lécrbe.