LE TER
Il serait encore possible d’aspirer avec un appareil de M. Dieulafoy toute la sérosité et. par l'aiguille, de pousser l’éther iodoformé. Une seringue de M. Roux serait même suffisante.
Néanmoins dans toutes nos observations l’écou-
lement du liquide vaginal, quoique lent, s’est très bien fait par l'aiguille Pravaz.
: «La sérosité écoulée, on injecte rapidement avec la petite seringue quelques grammes d’éther iodoformé : il en faut 3 à 8 grammes suivant le volume et l'ancienneté de l'hydrocèle. On peut simplifier en prenant une seringue de plus forte dimension.
Après l'injection, l'éther se volatilise, bouillonne projetant l'iodoforme de tous côtés. La poche se tend et, si la tension semble exagérée, on retire le doigt de l'ouverture de l'aiguille; quelques vapeurs s’échappent. Mais il faut en abandonner le plus possible à l'intérieur.
La douleur est si minime que quelques opérés ont pu faire à pied une course assez longue aussitôt l'injection. À peine d’autres ont-ils éprouvé quelque gène dans les bourses, le lendemain et le surlendemain.
Il n’est nul besoin de malaxer; nous l’avons fait une fois, n'ayant pas encore la confiance absolue dans le traitement, et nous avons déterminé une sensation pénible, douloureuse que les ques fois nous n'avons pas remarquée.
L'éther iodoformé, en effet, se malaxe lui-même, si je puis m'exprimer ainsi, et d'une façon plus
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complète et plus douce que ne pourrait le faire la
main la plus habile. Son bouillonnement, sa vaporisation rapide à 37° le rendent infiniment diffusible at projette bien vite l’iodoforme impalpable dans tous les sens, sur tous les points de la paroi de la poche : aucun diverticule, aucune anfractuosité n’échappe à ses vapeurs.
C'est d’ailleurs ce qui se passe dans ies abeès froids traités de la même facon. « Les parois, — « une autopsie de Verneuil l'a montré — se recou- « vrent d’un léger enduit jaunâtre, d’une couche « pulvérulente mince, comme celle qui se dépose « dans les opérations galvanoplastiques. C'est là « l'immense avantage de l’éther. Il pénètre partout, « il entraine avec lui et répand, sur les tissus mor- « bides, le médicament qu'il contient. » (Reclus. Cliniques chirurgicales de l’Hôtel-Dieu.
A la suite de l'opération, point de réaction inflammatoire, point d'inappétence, de fièvre, de condamnation au lit. Pas de pansement : un peu de coton et de collodion, si l’on veut. Le jour même, ou par précaution le lendemain, le malade reprend sa vie normale, ses occupations habituelles.
Quel est ie mode d'action du traitement ?
M. Dury suppose que « c’est sans doute la mo- « dification apportée par l'iodoforme jointe à « l'irritation qui détermine l’éther qui provoque la « guérison. » (Duryloc. cit.)
Quelle que soit la valeur de cette explication,
nous apportons à l'appui de nos dires vingt observa- PONSARD 5
or
tions qui relatent vingt succès. On nous objectera que nous n'avons là qu’un nombre bien restreint de faits, et que la statistique ne peut se baser sur de si petits chiffres. Peut-être même, dira-t-on que nous sommes tombé sur une série heureuse ? Certes ces. arguments ne manquent pas de valeur : vingt guérisons ne semblent pas au prime abord suffisantes pour affirmer la puissance d’un traitement,
Mais qu'il nous soit permis de citer nos vingt observations : nous avons l'espoir qu’elles répondront d’elles-mêmes à ces objections.
OBSERV ATION III (Inédite).
Rédigée par M. le Docteur Pichancourt, de Bourgogne (Marne).
Hydrocèle droite. — 18 ponctions simples. — 4 ponction suivie d'injection iodée. — 4 ablation de la tunique vaginale. — Guérison par les injections d'éther iodoformé au 1/10
Le 25 décembre 1888, le sieur X... âgé de 36 ans, ouvrier forgeron, reçoit un coup de poing sur la région scrotale droite : cette contusion devient le point de départ d’une hydrocèle qu'un confrère ponctionne le 12 février: 1889. Cette ponction non suivie d'injection donne issue à environ 600 gr. de sérosité claire : l'opéré peut reprendre ses travaux le lendemain.
En mars 1889, le malade vient habiter Bourgogne et
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me consulte le 2 avril pour son hydrocèle. Le malade n’est ni tuberculeux, ni scrofuleux ; pas d’antécédents syphilitiques. Je propose une ponction suivie d'injection : le malade dont le travail est pressant, n'accepte que la ponction simple ; elle donne issue à 600 gr. environ de sérosité claire.
Le malade est de nouveau ponctionné en juin, août, novembre 1889, janvier, avril, juin, août 1890.
En septembre 1890, le malade retourne à Reims où il est successivement ponctionné tous les deux mois, jusqu’en novembre 1891.
A ce moment il revient habiter Bourgogne ; je le ponctionne simplement en janvier, mars et juin 1892.
En juillet 1892, le malade retourne à Reims et va consulter M. le docteur Doyen qui lui fait une ponction suivie d'injection iodée. La récidive ayant eu lieu, la malade se rend le 27 août à la clinique du docteur Doyen qui fait une excision de toute la portion de tunique vaginale qu’il peut amener au dehors. Les suites de l'opération sont des plus simples.
Vers le 15 septembre, le malade revient habiter Bourgogne, — il paraît radicalement guéri et se remet au travail. Au bout de quelques jours de son labeur très fatigant le liquide se reproduit avec rapidité. Et le 30 septembre je dus intervenir dans les conditions suivantes.
Quelque temps auparavant M. Ponsard, étudiant en médecine, me faisait remarquer dans le Journal de Médecine et-de Chirurgie pratiques (année 1892, 17° cahier) l'article 15277 : « de l’éther iodoformé dans le traitement des goîtres, des kystes synoviaux et de l'hydrocèle. » L'opération proposée pour la cure de l’hydrocèle nous
avait séduits par sa simplicité. Je la proposais au malade qui accepta.
Assisté de M. Ponsard, j'introduis à la région externe et inférièure du scrotum l’aguille de Pravaz. Le liquide:
s’écoulant assez lentement, je ponctionne au-dessous avec un trocart n° 2. La sérosité toujours jaunâtre et claire, 400 gr. environ, étant écoulée, je retire le trocart, ferme la plaie avec du collodion riciné et injecte avec la seringue
de Pravaz par l'aiguille restée en place 3 centim. cubes de:
Ja solution d’éther iodoformé à 10 °/..
Un peu de malaxage détermine quelque douleur. Cette
ponction est faite le soir, le malade passe une bonne nuit
et reprend son travail le lendemain.
J'avais recommandé au malade de me faire appeler aussitôt qu'il verrait le liquide se reproduire : je craignaïis de ne pas avoir assez injecté d’éther iodoformé, étant donné la distension considérable de la poche vaginale.
Huit jours après le malade vient me consulter : je constate un léger épanchement et, ie soir, je recommence l'opération comme précédemment.
1° Introduction de l'aiguille de Pravaz à la région moyenne et externe du scrotum.
2° Ponction au trocart n° 2 à la partie inférieure, qui donne 50 gr. de liquide clair. Application de collodion sur la plaie laissée par le trocart retiré.
3° Injection de 4 centim. cubes d'éther iodoformé par l'aiguille. Léger malaxage quelque peu douloureux ; par deux fois je laisse échapper les vapeurs d'éther pour diminuer la tension. LE
L'opéré reprend son travail le lendemain dans l’après-
midi. Depuis cette époque, actuellement trois ans, le liquide
n'a pas reparu. La guérison peut donc être considérée
comme définitive.
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