CHAPITRE m
CRITIQUE DES PROCÉDÉS ACTUELLEMENT EMPLOYÉS POUR COMBATTRE l'oPHTHALMIE SYMPATHIQUE.
Nous nous attacherons surtout dans ce chapiire à discuter de la valeur des procédés opératoires actuellement employés comme traitement de l'ophtalmie sympathique : quant aux autres méthodes que la pratique a aujourd'hui complètement abandonnées, nous croyons les avoir assez développées dans le chapitre précédent pour n'être pas obligé d'y revenir.
Procédé de Meyer. — Le procédé consiste, comme nous \ l'avons vu plus haut, dans la section des nerfs ciliaires dans l'intérieur du globe même, là où la sensibilité du corps ciliaire à la pression est la plus douloureuse. C'est de Graefe qui a le premier, conseillé cette opération, c'est Meyer qui, le premier, l'a mise à exécution et au Congrès de Heidelberg en 1868, il en fît la relation.
Sa première opération fut pratiquée sur un œil qui, à la suite d'une iridectomie mal réussie, était atteint d'un prolapsus considérable de l'iris dans la région ciliaire. il eut recours à la môme opération pour une brûlure de la cornée par la chaux, et dans un autre cas, pour une blessure de ja région ciliaire. Dans ces trois cas, la sensibilité du corps ciliaire disparut après la section des nerfs, mais l'atrophie de l'œil survint chez l'un des trois opérés. Depuis 1868;,
il a eu occasion de se servir de son procédé dans qiialre cas : deux fois contre une ophthalmie sympathique tout à fait au début, et il eut pour résultat la perle des deux yeux par atrophie; les deux autres fois, l'opération fut couronnée de succès, mais l'opération n'avait été que préventive, pour empêcher l'éruption de l' ophthalmie sympathique.
Dans les cas d'ophthalmie sympathique à la période aiguë, l'opération n'a pas encore été pratiquée ; « jusqu'à présent, dit Meyer, je n'ai jamais osé essayer la section des nerfs ciliaires dans les cas où le second œil présentait les signes de l'iritis maligne ou de l'irido-cyclite ; conlre ces deui affections, j'ai toujours fait l'énucléation immédiatement. y>
Nous pouvons maintenant nous prononcer sur la valeur d'une telle opération : sans attacher trop d'importance à la « régénération nerveuse » , nous sommes obligé cependant de l'invoqrer ici: ainsi dans soixante névrolomies vues par Mooren, le mieux n'a été que passager, l'effet désiré disparaissant aussitôt que les bouts des nerfs divisés s'étaient réunis. Arit, rapporte un cas où, après une pareille section, il s'est réellement assuré de la réunion des nerfs ciliaires.
Nous admettons même, à la rigueur, qu'il existe une interruption durable après la section de ces nerfs; il restera cependant toujours des ramifications isolées qui pourront échapper à la section ; or, la sect-ion partielle ne pourra arrêter le processus inflammatoire dans le système uvéal, alors il est au moins très vraisemblable que les nerfs qui
ont échappé à la section, pourront servir de conducteurs pour la sympathie.
On nous répondra peut-être que si des nouveaux signes d'irritation apparaissent, on répétera l'opération ; mais alors la difficulté ne sera que reculée et non franchie. Du reste, le fait que la moitié des yeux opérés marche vers l'atrophie prouve bien que nos craintes sont justifiées.
Supposons encore, si on le veut, que les douleurs soient bien calmées, et malgré cela, n'avons-nous pas toujours à redouter les dangers que font courir les moignons oculaires dont les membranes sont profondément désorganisées.
Cette méthode opératoire est parfaitement exacte, au point de vue physiologique, mais sa valeur pratique restera toujours très limitée pour les raisons ci-dessus mentionnées; nous la rejetons donc complètement. Meyer luimême, du reste, ne la conseille plus dans le traitement de l'ophthalmie sympathique, il croit qu'elle peut rendre quelques services dans les névralgies ciliaires un peu rebelles!
Procédé de Sneïlcn. — Le procédé de Snellen qui consiste à sectionner les nerfs ciliaires en arrière du globe oculaire sans léser le nerf optique nous paraît bien moins admissible encore que celui de Meyer. Parlant de son opération, l'auteur dit : « Parvenu à la partie postérieure du globe, je cherche le nerf avec des ciseaux courbes que j'introduis fermés dans la plaie ; dès que je sens ce nerf, je fais de petites incisions jusqu'à lui. » Quel résultat pouvoir espérer avec une opération pratiquée dans de telles conditions !
La section des nerfs ciliaires chez l'homme, en arrière diu globe oculaire présente de grandes difficnliés, même si
l'on a le segment postérieur sous les yeux, à plus forte raison quand on n'a pour point de repère que la sensation vague d'une corde dure qui représente le nerf optique, et j'our appareil tactile une extrémité de ciseaux.
Quant aux artères ciliaires, et au nerf optique lui-même, sur quels points de repère se baser pour les épargner ? Tellessont les quelques objections que nous soumettons aux méditations de Snellen et de ses partisans.
Si l'on pouvait, séance tenante, voir le résultat de la section^ nous sommes persuadé qu'on trouverait plus de vaisseaux sectionnés que de nerfs ciliaires.
Procédé de Boucheron. — La métbode opératoire que nous allons maintenant examiner, est peut-être plus rationnelle que les deux précédentes et cependant elle ne nous paraît pas appelée à de bien grands résultats, c'est la section optico-ciliaire, ,
Les quelques discussions auquelles elle a donné lieu dans ces dernières années et la tendance qu'ont certains chirurgiens à vouloir la mettre en pratique font que nous nous y arrêterons un peu longuement.
En 1866, dans sa thèse inaugurale, Rondeau l'a proposée, mais il ne Ta pas pratiquée.
Des expériences physiologiques sur des lapins et des chiens, pratiquées par M. Redard dans le laboratoire de M. Paul Bert ne lui ont donné que des résultats négatifs. Dans plus de la moitié des cas, il y a eu, atrophie de l'œil, ou des perforations, des ulcères et abcès de la cornée. Claude Bernard lui-même, dans une expérience analogue n'-i pas été plus heureux ; deux jours après l'opération, il y eut perforation de la cornée.
C'est à M. Boucheron, que revient l'honneur de l'avoir pratiquée sur l'homme, le premier en France.
Tvlous ne rapporterons pas les nombreuses expériences physiologiques de M. Boucheron, sur ce sujet : au dire de l'auteur, il aurait obtenu de très bons résultais, et cependant, dans le mémoire de Redard sur la section optico-ciiiaire, nous trouvons consignées trois observations de M. Boucheron qui nous montrent que cette opération n'es' pas tout cà fait aussi inoffensive que le dit l'inventeur du procédé. Ainsi, dans un premier cas, après la disparition des troubles trophiques cornéens, il est survenu une inflammation du corps vitré ; dans le second cas, la cornée après avoir pendant quelque temps présenté des opacités nombreuses, est redevenue transparente, mais il est alors survenu une cataracte de l'œil opéré ; la troisième expérience aurait été faite avec succès.
Mais, pour avoir une certaine valeur, il fallait voir si l'opération appliquée à l'homme présenterait les mêmes résultats ; car, en somme, les sucés d'une opération sont en raison directe de la sanité de la région sur laquelle on opère ; or, ici, l'expérience se faisait S!ir des yeux sains, exempts de toute inflammation, et par conséquent dans des. conditions tout à fait spéciales.
Depuis cette époque, M. Boucheron a eu l'occasion de mettre à exécution sur l'homme, l'opération qu'il préconisait. Ce fut à l'hôpital Temporaire, dans le service de M. le docteur Gillette, que le cas se présenta. M. Giflette désirant employer chez un malade qui était fort et vigoureux la section des nerfs ciliaires et du nerf optique, pria M.Boucheron de pratiquer celte opération par son procédé.
Le malade était atteint d'irido-cyclite avec névralgie ciliaire très intense.
La névrotomie fut pratiquée, mais trente-six heures après l'opération, il survint une hémorrhagie, qui elle-même fût suivie de la fonte purulente de l'œil. ^ •"invr.iri
M. Dianoux, de Nantes, a pratiqué plusieurs fois en 1876 et 1877, ce qu'il appelle l'énervation du globe oculaire : il rapporte trois observations où la guérison a eu lieu, mais dans ces trois cas, l'œil opéré a beaucoup diminué de volume, la cornée devenue opaque était grisâtre et très petite; de plus, il y eut du strabisme divergent qui persista.
De pareils résultats, peuvent-ils être qualifiés d'heureux ?
Laudesberg, dans < Archiv fur ophthalmologie, 1869 » rapporte une observation de décollement de la réline avec cataracte secondaire et accidents sympathiques, déterminant une névralgie intense; il pratiqua la section du nerf optique et des nerfs ciliaires. Le lendemain dans le courant de la journée réapparurent tous les signes pour lesquels l'opération avait été pratiquée, et presque avec la môme intensité. Dans ce cas, il ne restait plus qu'à énucléer l'œil sympathisant, ce qui eut lieu trois semaines après la section opticociliaire. ■
MM. Meyer et Abadie qui ont pratiqué cette opération plusieurs fois, déclarent avoir obtenu de bons résultats, mais nous devons ajouter que ce fut surtout contre des névralgies ciliaires rebelles, sans accidents sympathiques bien manifestes, qu'ils ont réussi avec ce procédé, et rien ne nous prouve que dans le cas d'ophthalmie sympathique confirmée, leurs résultats eussent été aussi satisfaisants.
Chuffart 6
Nous allons à présent passer en rev.ue les nombreuses ^ objections que nous avons à opposer à ce traitement.
Les accidents peuvent se montiieî; pend$©t , l'opération et , après l'opération.
Pendant V opération : On peut éprouver une certaine difficulté à séparer la conjonctive du globe oculaire dans les cas. oîi des inflammations intenses ont amené des adhérences entre la conjonctive et la capsule de Ténon. Cet inconvénient, que les partisans du procédé» passent sous silence, doit être pris en sérieuse considération, car il peut compromettre le succès de l'opération qui est alors insuffisante et qui nécessite une seconde intervention chirurgicale. :,;io:j
hsi perforation de la sclérotique peut être observée. Cet accident survient dans le cas où le globe oculaire est mou, atrophié. Dans ses expériences physiologiques au laboratoire de M. Paul Bert à la Sorbonne, M. Redard a perforé deux fois la sclérotique. Dans l'un des cas, la cornée s'est ulcérée, il y a eu issue du cristallin et il en est résulté un moignon fort irrégulier; dans Tautre, cet accident fut suivi de la fente complète de l'œil.
En présence de cet accident, on est forcé, de suppléer à l'insuffisance de la section optico-cihaire par l'amputation partielle ou totale de l'œil.
Parvenu derrière l'hémisphère postérieur del'œil, avec des ciseaux courbes, on va à la recherche d'une corde dure qui est le nerf optique dont on pratique; la, section. Les nerfs ciliaires qui à ce niveau entourent complètement le nerf optique bénéficient de leur situation anatomique pour être sectionnés en même temps que le nerf optique.
Mais celte corde dure dont parle M. Boucheron , est
Irès voisine des muscles petil oblique, grand oblique, dtoit supérieur, ét la confusion est très possible ; on couperait alors un muscle croyant sectionner le nerf optique, que de causes d'erreur !
Pour éviter les parties vasculaires ou nerveuses importantes de cette région, dit l'auteur, « les ciseaux ne doivent pas plonger trop profondément dans l'orbite, » c'està-dire que si les ciseaux ne plongent pas assez avant, on coupe des muscles, et si, au contraire, l'instrument pénètre trop profondément, ce sont des vaisseaux ou des nerfs importants que l'on sectionne. Nous aurions préféré voir M. Boucheron nous donner des mesures exactes pour nous mettre à l'abri des deus; causes d'erreur que nous venons de signaler.
Nous supposons la section faite dans de bonnes conditions, comment pourrons-nous nous assurer que tous les nerfs ciliaires sont sectionnés? Nous ne croyons pas que l'opérateur puisse certifier qu'aucun d'eux n'a échappé à ses ciseaux courbes : Le cas de Laudesberg que nous avons rapporté plus haut, et à qui précisément cet accident est arrivé, nous montre que la section peut être incomplète, bien que l'opération ait été pratiquée suivant toutes les règles du procédé.
Gomment expliquer alors les bons résultats obtenus par Meyer et Abadie à l'aide de celle méthode dans le cas de névralgie intense? Mais n'avons-nous pas vu la section intra oculaire des nerfs ciliaires par le procédé de Meyer faire disparaître des névralgies rebelles, et n'avoir aucune efficacité contre l'ophlhalmie sympathique confirmée. Nous en dirons autanl de la névrotomie oplico-ciliaire.
Après Vopèration : Signalons avant tout l'hémorrha^ gie, accident survenu chez l'opéré de Boucheron. Le sang s'infiltre dans le tissu cellulaire rélro-oculaire, l'œil est repoussé en dehors et pressé d'un côté en avant par les „ paupières, en arrière par le sang s'épanchant dans une cavité expansible, il se sphacèle. On a alors la fonte purulente de l'œil et une seconde opération est indispensable. Les rapports des artères ciliaires postérieures avec le nerf optique sont tellement intimes qu'il est matériellement impossible de les éviter dans la section du nerf optique, aussi l'hémorrhagie est-elle la règle après l'opération. Elle est plus ou moins intense ; en tous cas, si elle prend des proportions alarmantes, il n'y a pas de ligature possible à essayer.
La section des muscles entraîne l'incapacité motrice avec ses conséquences. n; ;. ' ' ■
L'œil opéré peut conserver pendant quelque temps son volume normal, mais le plus généralement tôt ou tard le globe oculaire s'atrophie en partie ou en totalité.
Certains malades conservent très longtemps de la rougeur de la conjonctive avec une légère sécrétion.
La régénération nerveuse qui était à redouter dans le procédé de Meyer ne l'est pas moins dans le procédé de Boucheron, elle doit être même assez fréquente. M. Boucheron la déclare impossible, mais son affirmation n'étant appuyée par aucune raison sérieuse, nous nous permettrons de ne pas être de son avis et de croire à la possibilité de la régénération nerveuse.
Telles sont les objections que nous avions à opposer à celte méthode, féconde en accidents et susceptible d'être
remplacée avec avantage dans tous les cas, par l'amputation partielle ou totale que nous allons maintenant étudier. v jVprès la critique des procédés opératoires mis en avant par Meyer, Snellen et Boucheron, il nous reste à traiter de l'énucléation aujourd'hui admise et pratiquée par la plupart des chirurgiens, et de l'amputation de l'hémisphère antérieur de l'œil, opération condamnée sans jugement, et qui, scion nous, peut remplacer l'énucléation dans presque tocs les cas où celle-ci esl pratiquée. Nous allons faire une étude parallèle de ces deux méthodes. • :um;;-,[!!',
Au point de vue du manuel opératoire, l'amputation partielle de l'œil est incontestablement plus simple, plus facile comme exécution que l'énucléation ; en effet dans l'amputation de l'hémisphère antérieur le chirurgien n'a aucune crainte à avoir ; les paupières écartées, rien ne le gêne ; il a de plus le grand avantage d'opérer sur une région saillante, exposée au grand jour, de sorte qu'il voit ce qu'il retranche et ce qu'il laisse. Dans rénuclèalion au contraire, un premier écueil, c'est l'aponévrose orbito-oculaire qu'il ne faut pas ouvrir sous peine d^avoir un moignon tout à fait irrègulier ; en second lieu, il faut pratiquer la section des muscles qui en elle-même ne présente pas de bien grandes difficultés, mais qui cependant demande une main un peu exercée si l'on ne veut pas par des sections maladroites compromettre le résultat au point de vue de la prothèse.
Pour l'amputation parlielle, il sufQt d''avoir assisté à quelques opérations pour être à même de la pratiquer au cas échéant. :
Avant tout, pour qu'une opération soit réputée bonne,
elle doit remplir les deux indications suivantes : 1° présenter le moins de gravité possible; 2" être efficace. '
1° En ce qui concerne la gravité, nous pouvons co&t^ dérer ces deux traitements comme étant aussi inoffensifs l'un que l'autre; il suffira de citer quelques statistiques pour montrer qu'il y a peu d'opérations plus bénignes.
Ainsi sur 207 cas de Vignaux, la mort est notée deux fois; encore ne la faut-il mettre qu'indirectement au passif de l'énucléation ; en effet, dans le premier cas, la malade avait déjà eu plusieurs attaques de paralysie, et dans le second cas, l'opération avait été pratiquée sur un vieillard de quatre-vingt et un ans, atteint d'érysipèle. Une autre série de nos observations ne dénote aucune complication qui ait mis en danger la vie des opérés. Sur 100 cas observés par Mooren, les résultats ont été tout aussi heureux. De leur côté, Galezowski, Panas, Meyer, Abadie, Wecker, Lawson, sans nous donner des chiffres précis, s'accordent à dire que l'énucléation est une des opératians les moins dangereuses de la chirurgie.
Certains chirurgiens cependant ne partagent pas cette manière de voir, ainsi M. Verneuil en France et Schweigger en Allemagne considèrent l'énucléation comme une opération très sérieuse ; il est vrai que M. Verneuil sur six opérés d'énucléation, a eu un cas de mort, un cas de tétanos chronique et des abcès de la paupière supérieure.
Sur 115 opérations d'amputation de l'hémisphère antérieur de l'œil qu'il a pratiquées depuis 1864, M. Desmarres n'a pas eu un cas de mort, et dans presque tous les cas, la guérison était assez complète au bout de trente jours pour permettre l'application d'un œil artificiel.
. Dans sa pratique de l'hôpital Gochin, M. Desprès qui a fait quatre fois cette opération depuis 1875 n'a eu qu'à se féliciter de ce procédé ; une de ses malades dont nous rapporterons plus loin l'observation, portait un œil artificiel le vingtième jour après l'opération.
Nous croyons que 119 cas suffisent pour apprécier la valeur d'un procédé opératoire et qu'on peut se permettre de le recommander à l'attention des chirurgiens quand il a donné d'aussi bons résultats.
Que l'on pratique l'énucléation ou qu'on ait recours à l'ampulalion partielle de l'œil, dans l'un comme dans l'autre cas, deux accidents peuvent compliquer l'opération : l'hémorrhagie qui est assez commune et le phlegmon qui est relativement rare.
L'hémorrhagie est primitive ou secondaire : l'hémorrhagie primitive est le plus souvent insignifiante et ne résiste pas aux moyens hémostatiques dont la chirurgie dispose. Dans l'énucléation, une fois l'organe enlevé, l'aide avec l'index, comprime fortement l'artère profonde de la rétine et le plus généralement cette manœuvre est suivie de succès ; dans le cas contraire, on a recours soit au tamponnement, aux astringents, soit aux cautérisations au fer rouge, moyens presque infaillibles (1).
Malgré toutes les précautions prises par le chirurgien, il arrive parfois qu'une héraorrhagie se produit dans la nuit OQ le lendemain de l'opération : on aura recours aux mêmes
1. Si l'on pratique l'amputation partielle de l'œil, en cas d'hémorrhagic, on comprime le' globe oculaire, soit avec de la charpie, soit et mieux encore avec la paume de la main. Si la nécessité l'exige, on aura recours au perctilorure de fer.
moyens que dans l'hémorrhagie primitive pour arrêter l'écoulement sanguin. •''
Parfois cependant, il y a formation d'un caillot plus ou moins volumineux qui, par sa présence, provoque une inflammation, une suppuration, un phlegmon. Les conséquences de cette complication, sans être bien graves, sont d'une longue durée, et si, dans l'amputation partielle les résultats attendus de la prothèse oculaire sont moins satisfaisants, dans l'énucléation, la prothèse devient presque impossible.
En pareil cas donc, au point de vue du résultat, l'amputalion de l'hémisphère antérieur de l'œil est préférable. ■ 2" Pour être efficace, l'opération doit prévenir ou faire disparaître les accidents sympathiques, suivant que l'opéralion est préventive ou curative.
Pour arriver à ce résultat, il faut rechercher la cause de ces troubles sympathiques, et cette cause étant connue, la faire disparaître par tous les moyens qui sont en notre pouvoir. ' ^
Or, dans toute ophthalmie sympathique, à part quelques cas très rares et encore inexpliqués, on admet que la transmission de l'affection se fait d'un œil à l'autre par l'intermédiaire des nerfs ciliaires ; on sait en outre que c'est du cercle ciliaire enflammé soit primitivement, soit consécutivement que part l'irritation, alors, pourquoi ne pas se contenter de pratiquer l'excision simple de cet organe, sans enlever complètement l'œil comme le font les partisans de l'énuciéation.
La névrite ascendante a été proposée par M. Reclus dans sa thèse d'agrégation de 1878, comme explication de la transmission de l'affection d'un œil à son congénère, et
c'est sur elle que repose l'objection la plus sérieuse à opposer à l'amputation de l'hémisphère antérieur de l oeil.
Le cercle ciliaire, disent les énucléaleurs, est bien le point de départ de la névrite ; mais au moment où l'on opère, si la névrite s'est propagée au delcàdu cercle ciliaire, rai)laliûn partielle terminée, TmAammation névritiquo n'en continuera pas moins sa marche et insensiblement elle gagnera l'œil voisin, de sorte que Topéralion n^1ura pas atteint son but. '
Mais alors, comment expliquer la disparition des accidents sympathiipies après l'énucléation ; la prétendue névrite ne peut-elle j as avoir dépassé le point où l'on pratique la section optico-ciiiaire et le traitement par énucléalion présenter alors les mêmes inconvénients que celui que nous préconisons ? Or, ce n'est pas là ce que l'on observe ; on voit au contraire, l'énucléation comme l'amputation partielle être suivie de la disparition des troubles sympathiques, même che?. les malades qui ont longtemps hésité avant de se décider à l'opération, et cependant, en pareil cas, la névrite aurait eu le temps de gagner les centres nerveux et par conséquent de rendre ces opérations inefficaces.
Dans le travail (ja"il a publié dans les « Feuilles mens*ielle^ d'oplithalmoloyie », Goidziehcr se demande, a s'il ne serait pas rationnel d'admettre que dans Tophlbalmie sympathi(jue, l'inflammation du plexus ciliaire d'un a'Ac, se propagerait d "abord sur les centres, et [mis, de proche en proche vers le côté opposé : cela avec d'autant plus de raison que les amas de cellules, comprimant les filets ner-
Chuffarl 7
veux, agissent d'une façon mécanique êminemmenl propre à développer et à entretenir un processus irritalif. >
Nous répondrons à M. Goldzieher que nous supprimons le foyer inflammatoire en excisant le cercle ciliaire, que cette excision fait disparaître les troubles réflexes de l'autre œil et que les faits cliniques judicieusement observés sont en désaccord avec l'hypothèse qu'il émet.
Les 119 succès obtenus par le procédé que nous préconisons sont, du reste, les meilleures preuves de son efficacité. Certains auteurs se livrant à des considérations plus ou moins fantaisistes, ont avancé que les résultats obtenus par l'ampulation partielle de l'œil ne devaient être que temporaires, et que tôt ou tard, six mois, un an, cinq ans, dix ans et quelquefois plus après l'opération, il fallait s'attendre à voir les accidents sympathiques revenir et nécessiter alors une nouvelle intervention chirurgicale.
Nous répondrons, les faits à l'appui, que cette simple vue de l'esprit est complètement erronée et que les résultats sont tout aussi définitifs que ceux que nous donne l'énucléation.
Ainsi, nous avons visité neuf personnes opérées par ce procédé entre 1864 et 1870 et chez toutes, les résultats ont été définitifs : le globe oculaire opéré n'avait subi aucune atrophie^ il présentait le même volume que son congénère ; les mouvements de l'œil étaient aussi réguliers qu'avant raccident qui avait délermiLé l'opération, enfin leur moignon était resté complètement indolore, et l'appareil prolhétique était bien supporté.
M. Desmarres de son côté connaît environ trente de ses
opérés, chez tef^quels la guérison a été aussi définitive que possible. •
Il en est enfin un certain nombre qui après être sortis guéris du dispensaire, ne sont plus jamais revenus à la clinique ;:iSans savoir €e qu'ils sont devenus, nous avons lieu de croire que tout s'est bien passé comme chez ceux que noiïs â'vons visités nous même. H est à supposer que dans le cas d'accidents consécutifs, ils seraient revenus à la clinique, et leur absence nous fait bien augurer du résultat.
Ayant eu l'occasion de voir, il y a quelques jours, à la clinique de M. Desm a-res, une jeune fille, opérée il y a quinze ans, d'amputation de l'hémisphère antérieur pour arrêter la marche de troubles sympathiques, nous en profilons pour réiablir l'observation cl la rapporter ici :
Observation I
Ophthalmie purulente, compliquée d'une ulcération perforante de la cornée à gauche avec hernie de l'iris consécutive suivie de staphylôme complet. — Gyclite sympathique de l'œil droit. — Amputation de l'hémisphère antérieur. — Guérison.
En 1866, à làge de six mois, M"' X... lut atteinte d'une optuhalmie purulente; tout allait bien, et au moment où on pensait la guérison proche, on constata une ulcération perforante (Je la cornée à gauche, suivie d'une hernie considérable de l'iris, l/œil droit fut surveillé et ne présenta rien de particulier pendant trois semaines environ ; tout à coup survient une cyclite violente à droite : la région ciliaire était douloureuse, les paupières étaient injectées, la conjonctive était d'un rouge intense, et la sclérotique parcourue par de fines arborisations. Le cercle -
péri-kératique formait autour de la cornée une xône violette plus ou moins étendue.
En présence de ces accidents évidents d'ophthalmie sympathique, M, Desmarres proposa l'amputation de l'hémisphère antérieur de l'œil gauche. Il eut quelque peine à faire accepter ce sacrifice aux parents, mais grâce aux explications qu'il leur donna du procédé qu'il devait employer et du résultat qu'il espérait obtenir, la mère ramena son enfant deux jours après et l'opération fut immédiatement pratiquée. Le résultat fut aussi heureux que possible et vingt jours après l'opération, l'œil gauche présentait un moignon superbe. Les douleurs ciUaires avaient disparu le soir même du jour de l'opération, le cercle périkératique était revenu très vite à l'état normal.
Cette enfant a aujourd'hui seize ans, elle n'a éprouvé depuis son opération aucune réaction inflammatoire; elle a un moignon très bien conformé sur lequel est appliqué un appareil prolhétique qui lui va à merveille et qui n'enlève rien à la beauté de celte jeune personne.