OBSERVATION I
Service du D' MONTAGNON
D... Anna, 13 ans, entrée le 25 décembre 1893, dans la salle Sainte-Marie.
Père mort tuberculeux. Mère atteinte de Chorée et de Rhumatisme.
L'enfant a eu la fièvre typhoïde en 1892; très nerveuse et très impressionnable.
Elle avait été à l’école après 4 ou 5 ans, et elle travaillait ; elle avait assez de mémoire. Depuis sa fièvre typhoïde, elle n’y allait plus, ayant toujours été un peu souffrante.
A la Toussaint, aftaque de rhumatisme, qui a frappé successivement plusieurs articulations; à cette époque, l’enfant a commencé à présenter quelques phénomènes choréiques.
Actuellement : Bon état général, malgré une diminution d’appétit et un peu de céphalalgie ; agitation extrême, mouvements choréiformes à peu près continus et absolument involontaires, se passant surtout à la face {mouvements de la commissure, des paupières), et aux membres supérieurs, flexion et extension des divers segments. Mouvements moins
accentués aux membres inférieurs. L'enfant s’est quelquefois mordu la langue en mangeant. Pas de dysphagie.
La nuit, elle dort bien, elle n’a plus de mouvements.
Caractère nerveux, excitable, plutôt triste. Appétit diminué. Maladresse pour boire, coudre, etc.
Démarche très pénible, l’enfant manque à chaque instant de tomber.
Parole difiicile à cause des mouvements incessants de la face.
Rien aux poumons.
Au cœur : souffie systolique à la pointe, se propageant vers l’aisselle. Battements précipités.
Sensibilité : un peu de retard des sensations.
27 Décembre. — Injection à la cuisse de 1 cc. de spermine à 1/10.
20 et 21 Décembre. — 1 cc. de cérébrine à 1/10.
Ces injections sont continuées chaque jour.
2? Janvier. — Les mouvements sont bien moinsforts.Ilyaun mieux très sensible. L'enfant tourne bien les pages d'un livre, sans mouvements désordonnés, sauf quelques contractions dans les muscles de la face; un peu de trémulation de la langue.
Les piqûres de cérébrine sont continuées à la même dose jusqu'au À janvier.
4 Janvier. — Deux piqûres. L'enfant a moins de mouvements choréiques, l'amélioration s’accentue; elle a moins de maladresse; la marche devient plus régulière, elle peut suivre, en courant, la ligne droite.
7 et 8 Janvier. — Même traitement.
9 Janvier. — Injection d'un tube au 1/5 et d'un autre au 1/10. Amélioration croissante de la marche, la malade descend facilement de son lit, et porte sans secousses un verre à sa bouche.
10 Janvier. — Injection de deux tubes à 1/5; régularisation des gestes, la malade boutonne facilement sa taille.
11 Janvier. — Pas d'injection.
12 Janvier. — 3 cc. de cérébrine à 1/5; la malade, qui
est restée debout toute l'après-midi, n'avait presque aucun mouvement.
14 Janvier, — Trois injections à 1/5,
15 Janvier. — Deux injections. Presque plus d'incoordi. nation. Malade très calme.
16 Janvier. — Idem.
17 Janvier. — Trois injections à 1/5. Le mieux s’accentue.
Les injections sont continuées à cette dose jusqu'au 23 janvier.
23 Janvier. — On supprime les injections de cérébrine et on donne une pilule d’arséniate de fer. Les mouvements choréiques ont disparu totalement. On ne note plus rien d’anormal, ni du côté de la face ni du côté des membres ; la malade peut étendre les mains sans aucune oscillation. La station verticale dans l’immobilité est bien obtenue. Seule la langue reste encore un peu embarrassée, au dire de la malade; toutefois, la parole est bien plus facile qu'à son entrée.
La guérison se maintient en février, et, le 3 mars, la malade quitte l'hôpital complètement guérie.