OBSERVATION II
Service du D' MONTAGNON
E... Louise, 44 ans. — Entrée le 10 janvier 1894, salle Sainte-Marie.
Père nerveux. — Mère bien portante. — Un oncie qui à été atteint d’aliénation mentale. — Trois petits frères bien portants. — Pas d’épileptiques, pas de choréiques dans les antécédents. — Une sœur morte, elle ne sait de quoi.
L'enfant a eu la rougeole il y a trois ans; pas d’autre maladie antérieure ; elle ne toussait pas les hivers.
Il y a deux mois, elle a eu peur en voyant une femme prendre une crise, et il y aurait un mois et demi environ que l'affection actuelle aurait débuté : la petite malade, qui travaillait à tisser de la soie, fut prise de mouvements choréiformes, d'abord à droite, puis généralisés. Elle affirme nettement qu'elle n’en avait jamais eu avant sa peur. Depuis, son
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état psychique a beaucoup changé, et les symptômes ont continué à s'aggraver.
Actuellement, la malade présente des mouvements choréiformes généralisés, mais surtout marqués aux membres supérieurs et à la face, qui est animée de tics continuels. Les yeux sont saillants, avec du strabisme.
Les mouvements des bras sont tout à fait désordonnés, produisant alternativement la flexion, l'extension, la rotation ; il existe quelques contusions très légères du bras droit.
On consiate quelques mouvements, moins intenses, du bassin et des jambes dans le décubitus dorsal ; ils augmentent si on découvre la malade.
Les actes musculaires se font avec une maladresse très marquée ; l'enfant à la démarche très caractéristique de la chorée ; on est obligé de la faire manger et de la faire boire ; la dysphagie est très accusée.
On constate au membre supérieur droit une légère anesthésie qui n'apparaît, d’ailleurs, pas à tous les examens, et on ne trouve pas d'autres troubles sensitifs.
Les réflexes sont normaux.
La compression des ovaires est douloureuse et parait atténuer les mouvements ; il n’y a pas de boule hystérique.
L'état psychique est bizarre ; la malade rit et pleure sans raison, elle répond par monosyllabes aux questions qu'on lui
pose, et la parole est très embarrassée. — Il n’y a pas d'insomnies.
12 Janvier. — On fait deux injections de 2? cc. d’eau distillée.
13 Janvier. — On injecte à nouveau 2 cc. d'eau dis-
tillée, et on répète l'injection chaque jour.
15 Janvier. — La malade se dit améliorée, mais l'amélioration est peu sensible. Au repes cependant, les mouvements paraissent moins désordonnés ; mais, dès qu'elle veut faire quelque chose, c'est la même exagération et la même irrégularité des mouvements. La parole est toujours très embarrassée.
16 Janvier. — Les mouvements paraissent plus désordonnés que jamais; la malade à fait une chute cette nuit, en allant à la selle. A l'occasion d'un acte déterminé quelconque,
il se produit maintenant des mouvements dans tout le corps. La dysphagie est très vive, même pour les liquides.
La parole est très difticile, presque impossible, se fait par monosyllabes ou par deux ou trois mots rapidement articulés. L'enfant dit qu'il lui est impossible de tirer la langue.
23 Janvier. — Les troubles persistent, quoique légèrement atténués. On commence les injections de cérébrine à 1/5, 1 ce.
24 Janvier. — Injection de cérébrine, 4 ce. 1/2. La malade a continué à manger seule. l |
25 Janvier. — Injection de cérébrine 2 cc. On continue, les jours suivants, à injecter 2 cc. par jour.
27 Janvier. — La malade peut s'asseoir plus facilement sur son lit; les oscillations à l’occasion des mouvements volontaires sont beaucoup moins ascusées. Elle peut, à certains moments, s'alimenter elle-même et particulièrement prendre des potages seule, ce qu'elle n'avait jamais pu faire jusqu'ici. La marche est impossible.
30 Janvier. — La malade se plaint surtout de douleurs à la langue, particulièrement à la pointe.
Avec la main gauche, elle prend bien un verre mis hors de sa portée et boit. Mais avec la main droite, elle a beaucoup plus d’hésitation, et, si le verre est placé hors de la portée, la main a des mouvements choréiques, très accentués, qui empéchent totalement la préhension ; si le verre est mis à la portée, la main droite le saisit bien, et l'enfant peut boire sans répandre une goutte. Elle peut manger son potage seule, ainsi que sa viande, quoique plus péniblement, et sans avoir pu la découper elle-même.
La parole est rapide, précipitée. Si on dit à la malade de tirer la langue, elle ne le fait qu'après des efforts multiples, rapidement, et la retire aussi rapidement, en la pinçant entre les maxillaires.
La face inférieure de la langue est douloureuse, et la malage dit qu'il s’y développerait des boutons; le fait est qu'elle mord souvent sa langue, et qu'il lui arrive fréquemment de l'avoir prise entre les mâchoires au réveil. Il n'y à pas de douleurs au niveau de la base.
Le strabisme persiste, mais moins intense.
4 Février. — On injecte 3 cc.