OBSERVATION VIII
Service du D' MONTAGNON
Ch... Jean, 10 ans 1/2. — Entré le 5 août 1901, Pavillon V, Salle D.; passé le 7 octobre au Pavillon VIII, C. D.
Le père et la mère de l'enfant sont bien portants; iln'y a pas de tares héréditaires dans la famille, pas de consanguinité, pas d'alcoolisme ni d’aliénation mentale chez les ascendants. —— Un frère bien portant ; la mère n’a pas eu de fausse couche.
Personnellement, l’enfant est venu au monde dans des conditions normales ; il n’a pas eu de convulsions dans son jeune âge.
L’affection actuelle a débuté depuis longtemps, sans que l’on puisse préciser la date de l'apparition des premières manifestations. Lorsque, le 5 août 1901, le malade entre pour la première fois dans le service du D' Roussel, il ya, dit la mère, certainement plus d’un an, et peut-être même plusieurs années, que les premières manifestations de la chorée se sont produites.
A son entrée, l'enfant, qui est âgé de 10 ans 1/92, a l’air un peu dégénéré; voûte ogivale, dents crénelées. Au point de vue de l'intelligence, il serait assez bien doué, et, si son instruction est à peu près nulle, c’est qu'il ne peut fixer ses yeux, ni sa volonté, ni son attention à aucun travail, car tous les muscles, y compris ceux de la face, sont en perpétuel mouvement. Mais la mère dit qu'il comprend très bien ce qu'on lui dit, fait intelligemment les commissions qu'on lui donne, et qu'il est doux et obéissant.
Au moment où on le voit pour la première fois, les mouvements dont tout le corps est agité échappent à toute description ; la face elle-même est toute contorsionnéeet grimacçante. La parole est presque impossible, monosyllabique, l'enfant profitant d’un moment de repos dans les muscles des lèvres
et de la langue pour prononcer le mot important de la phrase qu'il voudrait dire.
Le système sensitif est en état d'hyperesthésie.
Les réflexes plantaire, tendineux et testiculaire paraissent normaux, quoique d’un examen et d’une appréciation difficiles à cause des mouvements continuels et étendus qui agitent l'enfant. Il n’y a pas de troubles psychiques.
Le système digestif et les autres viscères sont normaux,
Dans ce séjour dans le service du D' Roussel, on a traité d’abord l'enfant par la liqueur de Fowler à doses progressives, commençant par dix gouttes pour aller jusqu’à trente gouttes par jour. — On a donné ensuite deux cuillerées à café par jour du sirop de sulfate de strychnine du codex. L'amélioration a été très notable, par rapport à l’état à l’entrée, mais la guérison est encore loin d’être obtenue après deux mois de ce traitement.
7 octobre. — L'enfant passe du service du D' Roussel au pavillon des enfants, sous la direction du D'Montagnon, qui le soumet aux injections de cérébrine à 1/5, à la dose de 2 cc. par jour. Cette médication est interrompue une première fois au bout de six jours, le 13 octobre, faute de cérébrine.
21 octobre. — Reprise des injections, après huit jours d’interruption, 2 cc. par jour.
29 nctobre. — On injecte 3 cc. par jour.
2 novembre. — Amélioration notable depuis les 3 ce. Les mouvements sont sensiblement moins étendus. On continue 3 cc.
16 novembre. — On porte la dose quotidienne à 4 cc.
10 décembre. — Après quelques jours sans modification appréciable, l'amélioration s’est sensiblement accentuée.
13 décembre. — On injecte 5 cc. L’enfant court assez facilement, ce qu'il ne faisait pas à l'entrée.
27 décembre.— On suspend les injections. L'état s’est plutôt amélioré.
5 janvier 1902. — Reprise des injections.
27 janvier. — On suspend les injections, faute de préparation. L'enfant va mieux, la démarche est assurée; il peut porter et retenir les objets qu’on lui donne.
1® février. — On reprend les injections pour une nouvelle période de dix-sept jours.
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18 février. — On cesse le traitement. — Depuis les injections de eérébrine, le malade éprouve une amélioration très notable. Le tremblement est moins accentué, la démarche est plus facile ; il peut tenir les objets qu’il lâchait rapidement autrefois. En somme, les symptômes choréiques sont sensiblement modifiés. Il semble qu'on soit arrivé à un point où l'amélioration subit un temps d'arrêt : c'est pourquoi on suspend les injections. D'ailleurs, l’enfant est un dégénéré.
23 février. — Le malade sort, très amélioré, mais non complètement guéri.
OBSERVATION IX Service du D' MonNTAGNON
A... Marguerite, 4 ans. — Entre le 9 septembre 1901, Pavillon AIT CD:
Le père a des rhumatismes depuis l’âge de 15 ans. La mère est nerveuse, mais ne prend pas de crises. Elle a eu trois grossesses et pas de fausse-couche.
L'enfant a un frère et une sœur bien portants. Elle-même est née à terme : l'accouchement a été normal. Elle a été nourrie au biberon jusqu'à l’âge de 15 mois, époque où ellea été mise au régime ordinaire. On ne peut préciser ie moment de l'apparition des premières dents.
Elle à marché depuis l’âge de 13 mois jusqu’au début des accidents choréiques. À ce moment, la marche a commencé à devenir de plus en plus difficile, jusqu'à l’entrée à l'hôpital. Dans les antécédents personnels, on relève la rougeole à l’âge de 3 ans. Il y a deux ans, l'enfant aurait éprouvé une grande frayeur, depuis laquelle, au dire des parents, elle est restée plus émotive.
Le début de l'affection actuelle remonterait à trois mois. Sans cause connue, l’enfant s’est mise à bouger : les membres étaient animés de mouvements brusques, incocrdonnés, généralisés d’ailleurs à tout le corps et à la face et rendant la
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démarche complètement impossible. Le traitement prescrit par un médecin de la ville amena une légère amélioration. Mais celle-ci disparut après la suspension du traitement, et la persistance des troubles décide les parents à demander l’admission à l'hôpital.
À l'entrée : On constate à l’examen de l'enfant des signes évidents de rachitisme : chapele costal, ensellure lombaire ; mais il n'y a pas de déformations du crâne, ni du squelette des membres. L’abdomen est étalé en ventre de batracien, le foie est gros. Les mouvements choréiques sont peu prononcés à la face, où l’on note quelques contractions de l’orbiculaire des lèvres. Il n’y a pas de troubles prononcés de la parole.
Quelques mouvements du membre supérieur et des doigts. Ils sont plus accusés aux membres inférieurs, où l’on constate des mouvements de flexion et d'extension de la jambe sur la cuisse, et du pied sur la jambe.
Il n’y à pas d’autres troubles objectifs : l’état général est bon ; l’enfant mange bien, les digestions se font facilement ; il n'y a pas de diarrhée.
Pas de température.
10 septembre. — On donne des injections de cérébrine à la dose de 5 cc.
14 septembre. — On donne 10 cc.
18 septembre. — On ajoute au traitement 40 grammes de sirop de Lactophosphate de chaux et des frictions au liniment de Rosen.
25 septembre. — L'amélioration est considérable : il n’y a plus de mouvements choréiques ; l’enfant s’alimente bien. Seule, la station debout est encore difficile, et la démarche à peu près impossible; elle éveille l'idée d’une paraplégie, mais on ne constate aucun symptôme pouvant confirmer ce diagnostic.
5 octobre. — Depuis quatre jours, on injecte 3 ce. de cérébrine. L'amélioration est considérable ; l'enfant commence à marcher.
20 octobre. — L'enfant est guérie ; on cesse les injections et elle sort.
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Second séjour. — Récidive
L'enfant rentre le 27 février 1902 pour une récidive de sa chorée.
8 mars. — On recommence les injections de cérébrine.
24 mars. — L'eafant va mieux. On continue la cérébrine.
25 avril. — L'enfant va bien. On suspend les injections.
OBSERVATION X Service du D' MonTAGNON
N... Madeleine, 9 ans. — Entrée le 29 décembre 1901. Sortie le 10 mars 1902.
Absence totale de renseignements sur les antécédents héréditaires ou personnels. — L'enfant dit avoir eu la fièvre typhoïde.
A l’entrée : On constate des troubles moteurs très accentués, l’enfant ne peut rester en place, gesticule, hausse les épaules, penche la tête, etc. Ces mouvements anormaux, arythmiques, présentent tous les caractères des mouvements choréiques.
Pas de mouvements dé la langue, la parole et la mastication ne sont pas troublées.
Cependant, la chorée est généralisée aux quatre membres et à la face, sans prédominance pour aucun côté. Il est à remarquer que la volonté a sur les mouvements anormaux une influence très sensible. C'est ainsi que la station debout et la démarche sont parfaites quand l'enfant veille à leur bonne exécution. On n’a noté aucun trouble sensitif, L'enfant perçoit également les sensations douloureuses et tactiles. La piqûre, le pincement, le simple contact sont parfaitement analysés. Pas des douleurs choréiques dans les membres.
Les réflexes rotuliens sont normaux. Abolition du réflexe pharyngien et du réflexe cornéen.