‹ Traitement de la Chorée: Par les Injections de CérébrineChapitre 6 sur 22 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des traitements de la Chorée

Multiplicité des méthodes thérapeutiques variant suivant l'interprétation pathogénique de cette affection

La multiplicité des méthodes thérapeutiques est, en général, superposable à celle des hypothèses pathogéniques. La base solide d’un traitement vraiment rationnel de la chorée serait la connaissance de la nature même de l'affection. Or, cette nature nous échappe encore. Rien d'étonnant qu'avec la théorie varie la médication.

Nous sommes, toutefois, redevables à l’empirisme d’avoir écarté, définilivement, bon nombre de médicaments proposés, et d’avoir fait une sélection de ceux qui ont fait leurs preuves.

C’est de ceux-là seuls que nous parlerons.

Nous voyons, tout d’abord, Sydenham et son école préconiser élimination, par tous les moyens, des humeurs peccantes qu’ils croyaient être la cause des manifestations chroniques.

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Ce furent alors les beaux jours de la saignée et des purgatifs répétés. Mais, après son heure de vogue, cette méthode, qui cherchait à calmer l’agitation des malades par les émissions sanguines et intestinales, lomba dans l'oubli, jusqu’au jour où, pour vérifier l’adage antique : « Multa renascentur », Solles, de Bordeaux, remit en honneur le vésicatoire autrefois préconisé par Bouteille, et chercha, par l’iodure, à modifier les sécrétions glandulaires, c’est-à-dire, en vieux langage médical, à modifier les humeurs.

Dans le même ordre d'idées, rappelons le souvenir de la médication contro-stimulante de Rasori. Elle eut d'illustres défenseurs; nous voyons successivement Laennec vanter l’action de l'émétique, et Gillette, médecin des Enfants malades, en régler lemploi. Ils cherchaient l'effet dépressif par le vomissement. 11 y aurait à sa suite comme une pause, une relâche de l’excitabilité nerveuse et, par suite, une diminution du nombre et de la durée des mouvements.

Trousseau obéissait à une tout autre hypothèse en administrant la sérychnine. Il voulait transformer les convulsions cloniques en convulsions toniques, lasser le muscle, et, par là, vaincre l'élément spasmodique. Délaissée aujourd’hui, cette méthode peut être utilisée quelquefois, spécialement quand il y a des phénomènes paralvtiques.

Le sulfate d’aniline et le curare, succédanés de la strychnine, sont au même titre utilisables.

Les autres médications peuvent se ranger sous l’appellation d’éfiologiques.

Rhumatisme, infection, névrose, tels sont les trois mots

qui résument à peu près l’étiologie de la chorée. Aussi voyons-nous les médications chercher à combattre le facteur étiologique, et nous arrivons naturellement à leur division en :

Médication antirhumatismale.

Médication antiinfectieuse.

Médication par les antinervins et les antispasinodiques.

a) Médication antirhumatismale.— Tour. à tour préconisée par G. Sée, H. Roger, Cadet de Gassicourt, J. Simon, Potain, Levestre, Sauné, Dresch de Foix, le sulicylate de soude et ses succédanés, malachine, salophène, exalgine, en font naturellement les frais. Il faut reconnaitre que, pour quelques succès, souvent son, échec est complet. Cela tient peut-être à ce que la chorée est, comme le dit Charcot, une affection voisine du rhumatisme. Cet auteur avait, du reste, déjà signalé la fréquence du rhumatisme chez les hystériques et dans leurs antécédents.

b) Médication anti-infecheuse. — Elle est basée sur ce fait que souvent la chorée se développe sur un terrain préparé par une infection antérieure : fièvre typhoïde, pneumonie, rougeole, scerlatine, diphtérie, etc. — #Œlle admet l’action double des agents microbiens et de leurs toxiques. Ce sont ces deux facteurs qu’elle vise. On sait, d'autrepart, que MM. Courmont et Rodet ont pu déter miner expérimentalement des mouvements choréiques par des injections de toxines précipitées par l’alcool dans des cultures de staphylocoques. Cette méthode emprunte à la quinine, aux antiseptiques intestinaux et aux toniques généraux ses principaux moyens d’aclion.

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Mentionnons également, dans cet ordre d’idées, les quelques cas de chorée traités par M. Lannoiïs avec des injections sous-cutanées de culture filtrées de staphylocoques, qui cherche à obtenir par l’infection une action d’arrêt sur la chorée, analogue à eelle que nous voyons s’exercer sur l’épilepsie et la chorée elle-même lors de l’éclosion d’une maladie infectieuse. « La tentative, ditil, mérite d’être continuée avec des produits solubles inicrobiens ou avec du sérum antistreplococcique.

c) Médication par les antinervins ef antispasmodiques.— Ceux qui admettent avec Charcot, Jouffroy, Comby, que la chorée est une névrose d'évolution, de croissance. se manifestant à l’occasion d’une excitation quelconque du système nerveux, frayeur, par exemple, maladie infectieuse, instituent le traitement général des névroses.

C’est ainsi qu’on à vanté successivement les bons effets de la quinine et du bromure de potassium dont on connait l'action efficace comme médicaments antinervins : l’antipyrine parait bien indiquée quand le rhumatisme est d’une façon certaine en cause. On a également obtenu des succès, avec les antfispasmodiques, médicaments qui dans cette affection paraissaient naturellement devoir s'imposer ; c’est ainsi qu’on a conseillé successivement la valériane, l’assafætida, le camphre, le muse, le castoréum, les valérianates. S'il était naturel de faire appel aux antispasmodiques, il ne l'était pas moins de mettre en œuvre l’action efficace des médicaments hypnofiques. Chercher à soustraire. par le sommeil qui fait disparaitre les mouvements anormaux, les petits malades à leur incessante agitation, telle était l’ellet que Trousseau demandait à l’opium et que

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d’autres cherchérent à obtenir par le chloral, la chloralose, la paraldéhyde, le sulfonal.

On s’adressa à l’état général par les toniques généraux et les agents externes. L’arsenic est devenu d’un emploi Journalier, qu’on l’adminisire sous forme de Liqueur de Fowler, de Boudin, de Cacodylate, ou incorporé aux corps gras, suivant la méthode de M. le professeur Weill (beurre arsenical).

L’hydrothérapie, le massage, l'électricité sont de bons adjuvants du trailement, de quelque méthode qu’il s'inspire.

Enfin, depuis le jour où Brown-Séquard fit sa première communication à la Société de Biologie, de nombreux expérimentateurs voulurent essayer l’action tonique de la spermine sur le système nerveux. À Lyon le principe dynamogénique fut tour à tour expérimenté par MM. le professeurs Bondet, Teissier, Bard, Augagneur et MM. Colrat, Clément, médecins des hôpitaux.

M. Colrat l’employa avec succès dans plusieurs cas de chorée dont les observations font l’objet de la thèse inaugurale de M. A. Porte. (Lyon, 1893).

J'ai également sous les yeux une observation prise dans le service de M. le professeur Teissier, où l’eflet des injections de suc testiculaire est indiscutable.

C’est à cette méthode que se rattache naturellement le traitement de la chorée par les injections de cérébrine.

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