CHAPITRE II
Des injections de cérébrine dans la chorée
Manuel opératoire. — Résultats
La technique en est des plus simples.
L'ouverture du tube se fait en brisant, avec des ciseaux ou avec les doigts, la partie effilée, mais assez loin, toutefois, de la pointe, pour pouvoir y laisser pénétrer l’aiguille de la seringue.
On tient le tube incliné, la partie ouverte en bas, et lon aspire très lentement; si la seringue de Pravaz fonctionne bien, elle doit se remplir complètement. On peut également faire couler le contenu du tube dans une cuillère ou capsule flambée, et remplir secondairement la seringue.
Il n’y à pas, à proprement parler, de lieu d'élection pour l'injection; celle-ci a, tour à tour, et indifférem= ment été faite à l’un quelconque des quatre membres, au tronc, aux fesses.
Comment pratiquer l'injection? Comme précautions,
= Si —
avant l'opération on stérilise le champ opératoire par une friction légère de la peau avec de l’éther ou une solution phéniquée forte, versée sur de la ouate aseptique; ces deux liquides, outre leur pouvoir antiseptique, ont l’avantage de procurer une légère analgésie, à peine nécessaire, du reste, étant donnée l’absence à peu près complète de réaction douloureuse, même chez les enfants les plus pusillanimes.
En pareil cas, l’anesthésie cutanée est donc une complication de la médication cérébrale.
Ce manuel opératoire est le suivant :
Stérilisation du corps de la seringue par immersion dans l’eau phéniquée forte, puis lavage dans l’eau bouillante pour éviter l’action de l’acide phénique ;
Stérilisation de l’aiguille par le flambage si elle est en platine iridié sinon par l’ébullition. Faire la piqüre brusquement et enfoncer profondément l'aiguille dans le tissu cellulaire.
La dose injectable varie. Ce n’est, en effet, qu'après quelques hésitations, pour tàâter pour ainsi dire la susceptibilité du sujet que les doses qui au début étaient de 1 à 2 centimètres cubes par jour, ont pu être élevées à la dose de 5 centimètres et même de 10 centimètres cubes. Pour leflicacité du traitement, elles doivent être rapidement croissantes.
Comme précaution après chaque opération, on applique durant quelques instants un tampon de ouate hydrophile sur la piqüre.
Cette technique, on le voit, est celle des injections hypodermiques. — Iei, rien de bien inédit.
LME T RS
Effets physiologiques :
a) Tinmédiats. — Point de chaleur, point de rougeur cutanée, point d'œdème. Nous n'avons jamais à signaler de l’inflammation et des abcès. Ces accidents, s’il s’en produisait, auraient évidemment pour origine une antisepsie incomplète avant et pendant lopération, ou l’asepsie défectueuse du liquide injectable. De tels accidents, nous le répétons, ne se sont jamais produits.
On pourra voir, dans la onzième observation, que la malade eut un petit abcès; mais cette infection eut son point de départ dans une écorchure qui Jui fut faite par une petite voisine.
b) Plus éloignés. — Comme résultats plus éloignés, on a toujours noté une amélioration après les injections por tant sur le nombre ou l’étendue des mouvements. Cette amélioration s’est fait sentir généralement au bout d’une dizaine de jours d’après la movenne de nos observations.
La guérison, pour la plupart de nos malades revus plusieurs mois et plusieurs années après, s’est bien maintenue et a pu être considérée comme définitive.
S'il nous est permis d'établir une moyenne avec des observations se rapportant à des enfants d’àâge différent et atteints de formes dissemblables, nous arrivons à cette conclusion que la durée totale du traitement fut de trente jours.
Si l’on considère, d'autre part, que la majorité des auteurs donne, comme durée moyenne, de la chorée de Sydenham, un à trois mois, on peut voir en parcourant
DL. pe
le court tableau qui suit que le traitement fut la plupart du temps inférieur en durée à un mois. En trois cas seulement elle lui fut supérieure.
OBSERVATION [ — ANNA D..., 13 ans, entrée le 25 décembre
Os
Traitement commencé le 28 décembre.
Traitement fini le 23 janvier.
Durée ; 26 jours.
Guérison.
. I. — Louise E..., 14 ans, entrée le 10 janvier 1894.
Traitement commencé le ?4 janvier.
Traitement cessé le 19 février.
Durée : 26 jours.
Sortie très améliorée, quelques légers mouvements subsistent cependant encore.
O8s. IL. — LéonTINE M …., 24 ans, entrée le 20 janvier 1894.
Traitement commencé le 23 janvier.
Traitement cessé le 5 février.
Durée : 10 jours.
Guérison.
O8s. IV. — JEANNE C..., S ans, entrée le 12 mai 1894.
Os.
OBs
Traitement commencé le 45 mars.
Traitement fini le 42 avril.
Durée : 95 jours.
Guérison.
V. — Jan F.., 12 ans. Récidive de chorée (clientèle). Traitement commencé le 45 juin 1897.
Traitement cessé le 15 juillet 1897.
Durée : un mois.
Guéri. Malade revu plus tard. Pas de récidive. . VI. — Joannés B.... 17 ans (clientèle).
Traitement commencé le 15 mars 1899.
Traitement cessé le 13 avril 1899.
Durée : 28 jours.
Malade revu en février 1900. Guérison maintenue.
OBs. VII. — Jean Cu..., 10 ans et demi, entré le 25 août 1901. Ce traitement, en tenant compte d’interruptions nécessitées par le manque de tubes, a duré 54 jours. Guérison.
OBs. VIII. — MARGUERITE A..., 4 ans, entrée le 9 septembre
Traitement commencé le 10 septembre.
Traitement cessé le 10 décembre.
Durée : un mois.
Guérison.
Rechute un an après.
Traitement commencé le 8 mars.
Traitement cessé le 25 avril.
Durée : 47 jours.
Guérison.
Os. IX. — MADELEINE C..., 10 ans, entrée le 15 novembre 1901 Traitement commencé le 16 novembre.
Traitement cessé le 10 décembre.
Durée : 25 jours.
Très améliorée.
Ogs. X. — MADELEINE V..., 9 ans, entrée le 19 décembre 1901. Traitement commencé le 20 décembre 1901.
Traitement cessé le 27 janvler 1902.
Durée : 37 jours.
Guérison.
O8s. XI. — CLaumE M...,11 ans, entrée le 27 janvier 1902. Traitement commencé le 2 février.
Traitement cessé le 1% avril. | En tenant compte des interruptions, la durée est de 32 jours. Rechute le 45 mai, à la suite d’une frayeur.
Cérébrine pendant 18 jours à partir du 2 mai. Guérison.
Ogs. XII. — FLEURIE R..., 9 ans, entrée le 141 mars 1902. Traitement commencé le 142 mars.
Traitement cessé le 29 mars.
Durée : 17 jours.
Guérison.
Os. XIII. — ADÈLE D..., 6 ans, entrée le 29 mars 1902. Traitement commencé le 30 mars.
Traitement cessé le 3 juin.
Os. XIV.— Louis J..., 14 ans, écolier.
Traitement commencé le 10 juin 1899.
Traitement cessé le 5 juillet.
Durée : 25 jours.
En dernière analyse, on voit, par ce rapide aperçu, que seules les observations VIT et XIII fournissent des durées supérieures à un mois ; la première : 954 jours; la seconde : 63 jours. Trois de nos malades ont eu un traitement d’un mois.
Une : une durée légèrement supérieure.
Huit enfin, (et c’est le résultat le plus encourageant puisqu'il porte sur le plus grand nombre de cas,) “ne durée de traitement inférieure à un mois.
La plupart des malades ont été revus, quelques uns plusieurs années après ; la guérison s’est bien maintenue, ils n’ont jamais présenté de récidive.
Dans les cas que nous publions au nombre de quatorze deux seulement ont été suivis de récidive, l’une sans cause apparente, l’autre à la suite d’une émotion vive consécutive à la morsure d’un chien. Dans les deux cas, la maladie fut toujours jugulée par le même traitement.
Interprétation Physiologique