CHAPITRE III
Coxalgie avec déformation.
OBSERVATION V
Enfant Ch... Angèle, ans. — Coxalgie droite; aititude vicieuse, flexion de la cuisse sur le bassin. — Redressement sous le chloroforme. — Appareil plätré. — Accidents périlonéaux immédiats. — Remplacement de l'appareil platré par l'extension continue. — Au bout de dix-huit mois de traitement, quérison avec conservation de tous les mouvements de l'articulation.
L'enfant Ch... Angèle, née de parents en parfaite santé; domestiques à Paris, a été élevée à la campagne. Nourrie au biberon. Pas de traces de rachilisme, elle inarcha seule vers le quatorzième mois. À l'âge de 5 ans, elle est prise de claudication légère, de douleurs dans le genou droit, d’allongement apparent du membre inférieur droit. On n’applique tout J'abord aucun traitement. La petite malade marche comme il lui plait et n'entend se soumettre à aucune médication. Il ÿ a près d'un an qu'elle souffre et qu'elle boite, lorsqu'elle est présentée à la consultation du docteur Bilhaut, le 1°" août 1893.
A cette époque, il existe indépendamment de la claudication, des douleurs dont ie siège mal indiqué par l'enfant, se trouve en réalité dans l’arliculation coxo-fémorale, ainsi que le démontre la
pression exercée sur le grand trochanter, ainsi que celle produite par la contusion du genou ou du pied, le membre inférieur restant en extension,
À l'état de veille, on ne peut produire que des mouvements très limités de flexion ou d'extension de la cuisse sur la hanche; dans ces essais, on ne tarde pas à voir que le bassin se meut en même temps que le fémur. Le mouvement d'abduction est impossible. Dans la plus forte extension produite, on ne peut placer la cuisse dans la rectitude parfaite; on ne perçoit pas de craquements bien évidents, en produisant des mouvements qui se passent dans l'articulation de la hanche. On peut donc songer à une aukylose en voie d'évolution, bien qu'il semble que la fixation ne soit pas absolue.
La nuit, l'enfant est fréquemment réveillée par des douleurs de hanche ou de genou. Les ganglions inguinaux et cruraux, bien que sensiblement hypertrophiés, ne sont ni douloureux ni ramollis. La palpalion profonde de la fosse iliaque droite, décèle l'existence d'une masse indurée au niveau de la partie interne ou mieux intra-pelvienne de la cavité cotyloïde. On ne perçoit pas de fluctuation en ce point. Le toucher rectal n'a pas élé pratiqué.
L'enfant reste toujours indocile; mais ses parents, justement alarmés de cet état de santé, sont prêts à faire tout le nécessaire pour que l'enfant guérisse dins de bonnes conditions. Sur les conseils du docteur Bilhaut, il est convenu que l'enfant sera anesthésiée, puis soumise à des manœuvres de réduction et, enfiu, immobilisée dans un plâtre. Le 2 août 1893, l'enfant est amenée à la clinique française, hôpital international de la rue d’Assas, Lorsque la résolution chloroformique est obtenue, des mouvements alternatifs d'extension et de flexion permettent de mobiliser l'articulation de la hanche et de rendre au fémur une direction normale. Ces manœuvres sont faites avec douceur. Elles ne déterminent point de craquements osseux. Lorsque ie membre est arrivé à l'attitude droite, on applique un appareil plâtré (bandes
de tarlatane frottées de plâtre) autour du bassin et de tout le membre atteint.
Dans la nuit, la patiente est prise de vomissements; elle ne peut tolérer ni boissons, ni aliments liquides ou solides. Elle se plaint de douleurs assez vives au niveau de la hanche. Pendant la nuit, une poussée de fièvre se produit en même temps que le ventre est le siège d'un ballonnement très apparent. Le lendemain soir de l'opération. le ballonnement 4 encore augmenté, les vomissements se sont reproduits ; ils sont particulièrement composés de bile. Le thermomètre accuse une élévation de température de 2 degrés (lempérature axillaire). Dans l'intervalle des vomissements, la malade se plaint d'étouffement et on ne tarde pas à être dans la nécessité d'opérer la section de l'appareil dans la partie où il fait uve ceinture pelvienne.
Immédiatement après la section de l'appareil, le méléorisme devient encore plus apparent. Mais ce qui frappe particulièrement l'attention, c'est une tuméfaction située à droite, un peu au-dessus du pli de l’aine et provenant, sans doute, d'une poussée aiguë à l'endroit même de la tuméfaction signalée un peu plus haut. La direction du membre inférieur reste, néanmoins, aussi salisfaisante qu'au moment de la réduction pendant l’anesthésie chloroformique.
Sans perdre de temps, un appareil à extension continue est improvisé à l’aide d'une bande de diachylon, d’une planchette sous-plantaire, d’une poulie placée au pied du iüit et de quelques poids de fonte destinés à assurer la traction. €
Le soulagement est immédiat: les vomissements cessent; la fièvre tombe et l'enfant ne tarde pas à reprendre l'appétit. Dès ce moment, plus de douleurs nocturnes. La tuméfaction au-dessus du pli de l’aine persiste seule,
Peu à peu, la tuméfaction se ramollit et bientôt une collection purulente est reconnue à la fluctuation qu'il est facile de constater. La peau est rouge, tendue, chaude; le doigt laisse à la pres-
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sion une marque analogue à celle qui existe dans l’œdème. L'incision de la collection est pratiquée le 29 janvier 1894; elle donne lieu à l'écoulement d'un pus mal lié, renfermant des grumeaux et quelques fongosités. Drainage avec un tube en caoutchouc entouré de gaze iodoformée,
Au bout de huit jours, suppression du drain, mais maintien dans la plaie d’une mèche de gaze iodoformée. Peu à peu, la cavité de l’abcès se comble. On diminue parallèlement le volume et la longueur de la mèche. Enfin, au bout de trois mois, la cicatrisation est complèle.
L'extension continue est appliquée pendant dix-huil mois, au cours desquels l'enfant est présentée de temps en temps. On note que les mouvements de l'articulation coxo-fémorale restent libres, que peu à peu ils augmentent d'ampleur. L’ankylose n'apparaissant peint, contre toute attente, l'enfant est conservée au repos et en extension daus la crainle qu’une récidive ne vienne à se produire. À aucun moment, elle ne s’est plaint de l'extension centinue. Au contraire, elle en demande promplement la réapplication, quand pour des motifs de propreté ou pour toute autre cause, l’action des poids cesse de se produire,
5 avril 1895. — Enfin, vingt mois s'étant largement écoulés depuis la tentative de réduction, la malade pouvant se passer plus longtemps de son appareil, sans demander, comme précédemment, qu’on en fasse la réapplication, on la laisse au repos au lit, à litre d’essai et sans traction.
Au bout de quelques semaines, l'enfant ne souffrant plus, on permet quelques essais de marchs. Tout se passe sans accroc et, bientôt, on voit les muscles du membre droit prendre un développèment considérable et se reconstituer,
Aujourd'hui, les mouvements sont aussi complets à droite qu’à gauche, et les figures ci-annexées, indiquent quelle est l'im-