CHAPITRE V
MÉDICATIONS ANTITHERMIQUE ET ANTIPYRÉTIQUE
Je réunis à dessein dans ce même chapitre ces deux médications, qui ont de nombreux points de ressemblance, j'espère montrer en quelques pages combien elles sont illusoires, quoiqu'elles jouissent d'un fort crédit.
\] antithermie, qui voit dans l'élévation de la température le symptôme qu'il importe avant La tempé-
i j i i rature n in-
tout de combattre, constitue une grosse erreur ^ique pas la
. . , , . , p • 1 cravité de la
clinique. Ce n est pas ici le lieu de îaire le
maladie.
procès de l'hyperthermie, m' étant interdit toute discussion doctrinale, mais cependant je tiens à dire après tarit d'autres que l'élévation de la température n'est jamais qu'un acte secondaire, que faire pivoter autour de ce symp-
lôme toute la maladie c'est commettre une aussi grossière erreur que de ne voir dans l'érysipèle que la rougeur pour juger de sa gravité. C'est donc parce que la doctrine de l'antithermie ne souffre pas la discussion qu'on lui a substitué celle de l'antipyrèse, qui, s' efforçant de remonter jusqu'aux sources du mal, n'a pas de peine à montrer que la fièvre dérive de certains actes chimiques organiques, et non pas, comme le disait Traube, de .la perte de la diminution du calorique.
ANTITHERMIQUES
Préparations Lcs préparations de quinquina, la quinine,
usitées.
jouissent d'une vieille réputation dans le traitement des fièvres, à telle enseigne qu'il est peu de médecins qui osent traiter une fièvre typhoïde sans le secours du précieux médicament. Qu'y a-t-il de scientifique dans cette confiance? Quel fond peut-on faire sur lui? C'est aux auteurs qui l'ont le mieux étudié que nous irons demander la réponse à ces questions.
MÉDICATION ANTITHERMIQUE. 45 P. Giittmann dit que pour qu'elle (la qui- Q^mUxoct
^ ^ ■ SCS dérivés.
nine) ait quelque action sur la température de la lièvre typhoïde, il faut l'administrer à hautes doses, 1='',50 à 2 grammes; la faire prendre dans les premières heures de l'après-midi. Et encore l'effet n'est-il pas toujours certain.
Pécholier {Montpellier méd.jDéc. 1884) croit que la quinine a une action antizymasique et non antipériodique, il assure qu'elle jugule la maladie. Le médecin de Montpellier a fait presque sienne la méthode d'administration de la quinine, à tel point que, dans une récente revue, Cristzmann, auquel nous empruntons les détails suivants, étudiant la méthode de Pécholier comparativement aux Méthode do
. . - L Pécholier.
autres, la résume comme suit : « Après de longues recherches et des essais multiples, dit Pécholier, j'ai trouvé enfin un moyen, je me garde de dire à jamais infaillible, mais gui l'a été' jusqu'ici. Au premier soupçon du mal, l^^SO de quinine à un adulte (pour les enfants, 50 à 75 centigrammes) est donné dans la matinée en 2 ou 3 prises. » Est-ce là toute la méthode? Nullement. M. Pécholier asso-
ciait 3 bains à 33° dans le jour, puis 20 centigrammes de feuilles de digitale par jour. Ayant guéri 79 malades sans insuccès, il écrivait : <( Je ne guéris pas la maladie en lui laissant suivre son évolution ordinaire : je la Prétendue domptc, jc la raccourcis, je la jugule. » C'est juguiation. illusion, cst-il besoin de le dire? qui
n'a trompé que son auteur.
C'est ainsi que Alb. Robin, partisan des petites doses, qui, dit-il, diminuent les désintégrations et les oxydations organiques, puisqu'elles abaissent les matériaux solides et Toxicité des l'urée, invoque les arguments chimiques et ^doTuii^ne!^ cliniques qui suivent : « Il ne suffit pas d'enrayer les oxydations pour abattre la maladie, et les doses médicamenteuses nécessaires pour atteindre le but agissent comme des toxiques sur le cœur ou les centres nerveux. »
G. de Mussy, appréciant le médicament, n'est pas moins affirmatif. « Je ne crois pas cependant qu'il justifie tous les éloges qu'on lui a accordés. Comme méthode générale, elle est depuis longtemps jugée et abandon-
MÉDICATION ANTITHERMIQUE.
Ses inconvénients.
née par la plupart de ceux qui lui recon- Négation
T, 1 1 , do la spéci-
naissent une grande valeur. Il est absolument Agité do la démontré qu'elle n'exerce pas une action spécifique. Appliquée aux cas graves, cette médication n'a donné à plusieurs expérimentateurs que des résultats médiocres. » (Vulpian, Dujardin-Beaumetz.)
Le sulfate de quinine provoque quelquefois la céphalalgie, la gastralgie, les vomissements. Murchison l'accuse d'avoir quelquefois causé du délire et du collapsus.
Pour résumer ma pensée, je dirai : « La quinine et ses dérivés sont souvent nuisibles, jamais utiles. » C'est dire qu'à mon sentiment c'est une médication à ne pas employer.
Si je me suis étendu plus que de raison en apparence sur la médication quinique, c'est à cause du grand nombre de partisans qu'elle compte encore. Je considère comme plus dangereuse encore que le médicament la fausse sécurité dans laquelle vit le médecin qui donne la quinine à doses actives. Hypnotisé, peut-on dire, par la courbe thermique qu'il rompt à peu près à volonté en élevant les
Fausse sécurité.
doses, il se laisse surprendre à chaque instant par la malignité de la maladie. Il y a quelque dix-huit ou vingt ans, j'ai pu voir par moimême l'effroyable mortalité qui sévissait chez les typhiques traités par cette méthode à l'hôpital militaire de Saint-Martin à Paris, je pense qu'il en va de même pour les praticiens encore inféodés à cette médication, qui n'a pour elle que la simplicité; car, pour la modicité du prix, — et c'est une question importante pour le milieu hospitalier et rural, — on sait que c'est un traitement onéreux.
Je conseille donc résolument l'abandon absolu de la quinine. A petites doses elle est inutile; à doses massives, c'est-à-dire thérapeutiques, elle est dangereuse.
Faut-il finir cette critique par une démonstration, faire toucher du doigt la crainte éprouvée par deux maîtres qui ont su manier la quinine? C'est Liebermeister, on le sait, qui a véritablement institué le traitement antithermique : eh bien ! il donne d'abord 1 gramme puis va jusqu'à 3 grammes par jour, et cesse
MÉDICATION ANTITIIERMIQUE. 49
jusqu'à ce que la température rectale s'abaisse à 37°. Le médicament est donné le soir, pour agir sur les rémissions du maVm.Ilne le prescrit jamais deux joitrs de suite. Jaccoud, partisan du médicament, veut obtenir le maximum prudent d'effet antipyrétique avec le minimum possible de doses. Pourquoi cette crainte? Parce que la quinine a été accusée à juste titre de donner le délire, de favoriser les dégénérations qui tiennent vraisemblablement sous leur dépendance la mort subite; bref, parce qu'elle est dangereuse, et ce danger est démontré par les chiffres élevés de la mortalité qui atteint de 18 à 22 p. 100.
ACIDE SALICYLIQUE
Je serai bref sur ce médicament, générale- Médicament
dangereux.
ment abandonné. Plus dangereux que la quinine, moins efficace qu'elle, il n'a dû sa vogue passagère qu'à la réputation d'antiseptique en môme temps que d'antithermique Augmente
. t 11 T-» 1 • 1 dùsinté-
qui lui a été donnée. Alb. not)m , dans ses g,ation orétudes chimiques, l'accuse, avec preuves à l'ap- s^^'^i"*'-
pui, d'augmenter la désintégration organique dans des proportions énormes, d'avoir une initaut action irritante sur les voies digeslives qui
du tubo . ^ ^
digestif, peut aller jusqu'à la production d'ulcérations, etc.
L'acide salicylique a été rapidement banni de la thérapeutique, à cause de son action peu sûre et de ses fâcheux effets sur l'estomac, le cœur et l'oreille (P. Gdttmann). G. de Mussy, qui l'avait introduit en France, ne l'a défendu que bien mollement aussi bien à l'Académie que dans son traité. Seul Vulpian lui accordait une confiance que la majorité des médecins n'a pas paru partager. Aux conclusions finales de G. de Mussy il n'y a qu'à souscrire : « Je m'en abstiendrai chez les alcooliques, chez les sujets affectés de troubles graves des fonctions cérébrales ou de troubles profonds de la respiration. Bien que l'action dépressive sur le centre circulatoire ne soit Lo lucdica- pas bien démontrée, dans le doute j'éviterai èlrr^doiré d'en donner des doses un peu élevées quand des' formes l'actiou cardiaquc est languissante et que le graves. myocardc est suspect de dégénérescence. »
MÉDICATION ANTITIIERMIQUE. SI
{Loc. cit.) De telle sorte, ajouterai-jc, que, l'acide salicyliqiie ne devant être donné dans aucune des formes graves (cardiaque, ataxique, pulmonaire, rénale, adynamique), on ne voit guère à quels typhiques une pareille médication conviendrait. Pourquoi ne pas prononcer franchement contre elle la condamnation méritée?