ANTIPYRINE
Voici venir une des récentes médications, dont il importe de montrer les défauts, car lors de son introduction dans la thérapeutique, cette substance a été regardée « comme un Pii^toadus
bons effets.
médicament de premier ordre, satisfaisant à toutes les conditions d'un bon antipyrétique : action sûre, effets marqués et prolongés (P. Guttmann). D'après cet auteur, elle doit être prescrite à la dose de 4 grammes divisés en 2 doses aune heure d'intervalle. L'abaissement de température s'opère graduellement et s'accompagne de sueur. <( C'est la médication de l'avenir » a dit Clément de Lyon. Voyons ce qu'il faut penser de cette prédiction. Et d'abord quels résultats a donné l'antipyrine ? Les mêmes que le bain froid, dit Clément. Avec de mêmes statistiques Bouveret et Glénard ont Résultats, démontré à leur collègue lyonnais sa grave erreur, non contents d'avoir fait toucher du doigt, que l'antipyrine avait à son actif une Moitaiité
ni élevée.
mortalité quatre fois plus forte que celle des
bains froids, ils ont montré les accidents nerveux, dont on pouvait la rendre responsable. Ce qui enfin paraît spécial à l'antipyrine, L'antipyrinc c'cst l'abaissement marqué du taux urinaire
ferme lo
rein. qu' Albert Robin n'estime pas devoir être moindre de 40 p. 100 chez les sujets sains. Or on sait, depuis Hippocrate jusqu'à nos jours, qu'une urine abondante dans les fièvres est d'un bon pronostic. Glénard et Bouveret, comparant le mode d'action de l'antipyrine à celui du bain froid, ont conclu que « l'antipyrine se rapproche bien par ses caractères des autres
Autres médicaments de la série aromatique : action
effets. ^
réfrigérante sur la température, défaut d'action sur le cœur, les vaisseaux, les reins et sans doute le poumon, action inconstante, en tous cas dépressive, sur le système nerveux, absence de corrélation entre l'état général et la courbe thermique, mort sans fièvre, accidents spéciaux. »
Sans faire plus ample allusion aux accidents incriminés, je crois, avec un grand nombre de Médicament clinicieus , quc l'antipyrine, comme d'ailleurs
dangereux. , . , . , ,
tous les antipyrétiques, est dangereuse, parce
MÉDICATION ANTITIIERMIQUE. 55
qu'elle donne une fausse sécurité au médecin. Nombreux sont encore les praticiens qui, gouvernant une fièvre typhoïde, ont les yeux sans cesse fixés sur la feuille de température. Hypnotisés, je le répète, par la courbe thermique ils assistent tranquilles à l'évolution d'une dothiénentérie dès l'instant que celleci est peu ou pas fébrile. Or il est incontestable que l'antipyrine maniée à hautes doses permet d'avoir des températures normales. Le médecin a donc l'illusion dangereuse que son malade guérit alors qu'il va mourir. Chez les enfants l'antipyrine est passible de plus L'antipyrine
. .est aussi
graves reproches. Guastalla [A7'ch. de patol. dangereuse m/-, P- 1886) dit qu'à fortes doses elle détermina du collapsus. C'est une chose déjà connue et dont les observations de Bouveret, de Glénard, sont la preuve. Comme conclusion je dirai qu'employée à faibles doses l'antipyrine est inefficace, qu'aux doses prescrites par Clément (l^^SO toutes les '3 heures, quand la. température dépasse 39°) elle est dangereuse. Je conseille donc de n'avoir pas recours au traitement de Clément (8 à 12 grammes d'an-
56 TllAlTEMENT DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE.
tipyrine par â4 heures), encore qu'il se soil modelé pour l'administration du médicament sur la formule empruntée à Brand : La lutte systématique contre la fièvre. « C'est un emprunt malheureux » conclut Bouveret, et j'avoue partager cet avis. Faire absorber de 200 à 300 grammes d'antipyrine à un typhique dans 15 ou 20 Jours n'est pas chose indifférente, et j'espère qu'on se rangera à cette opinion après la lecture du paragraphe que je viens de consacrer à cette trop retentissante méthode.
Le lecteur comprendra maintenant comment Liebermeister a pu dire à juste titre au congrès de Wiesbaden, en 1886, qu'il était Différences impossiblc dc Comprendre comment l'antipy- Sse méE- rèse médicamenteuse était inférieure à l'antipyrèse hydriatique, alors qu'incontestablement la première rompait la courbe fébrile profondément et brusquement, ce que ne sau rait faire la seconde. Depuis lors, il est vrai, les travaux d'Alb. Bobin nous l'ont en partie expliqué, mais c'est surtout l'important mémoire de Roque et Wcil (in Revue de Méde-
monteuso et hydriatique.
MÉDICATION ANTITIIERMIQUE. 57
cine, 1891) qui nous donne la clef du problème.
Dans la fièyre typhoïde traitée par l'antipyrine, disent ces auteurs, « l'élimination des produits toxiques est nulle tant que durent Rétention
^ (les produits
la maladie et l'usage du médicament; les
toxiques par
coefficients de toxicité tombant même audessous de la normale ; et ce n'est que dans le cours de la convalescence, que la décharge des toxiques se fait brusquement à dose massive pendant une durée de 5 à 7 jours. L'antipyrine, ajoutent-ils, n'est donc pas un antiseptique. Elle ne s'oppose pas à la fabrication de substances toxiques, mais empêche leur élimination par l'urine. » C'est, à proprement parler, enfermer, comme on dit, le loup dans la bergerie.
ANTIFÉBRINE. ACÉTANILIDE
Les recherches de Lépine ont montré l'action destructive du médicament sur les glo- Détruit lo
globule san-
bules rouges du sang, et les observations cli- guin. niques ont confirmé la réalité de ces études en
signalant la fréquence de la cyanose chez des malades ayant absorbé de l'acétanilide. Employée chez 7 typhiques à la dose de 2 grammes en 4 jours, l'acétanilide a produit une Détermine diminution considérable de la température
la cyanose , ,
avcctcndan- accompagnéc de sueurs et aussi une dimiccaucoiiap- nation dc l'urinc ; c'est donc, comme tous les médicaments de la série aromatique, au même titre que l'antipyrine un médicament dangereux. Ce serait un pléonasme de redire tous les arguments qui s'opposent à son emploi méthodique dans le traitement de la fièvre typhoïde.
Signalons au courant de la plume un lot de médicaments oubliés : le veratrum viride, Vaconiline, la résorcine, les chlorures, les sulfites, le camphre, ne comptent plus de partisans ; pour ceux qui seront curieux de connaître les résultats donnés par l'administration de ces diverses substances, je renvoie aux travaux originaux, il n'est resté de tout cela que le souvenir d'une infructueuse campagne.
MÉDICATION ANTITHERMIQUE.
SALICYLATE DE SOUDE
Pàess a eu 24 p. 100 de mortalité chez une série de tvphiques soumis à l'administration statistiques
^ ^ 1 j Riess.
de doses massives de salicylate de soude, de manière à obtenir des abaissements de température considérables. Cette lamentable statistique pourrait me dispenser de discuter la valeur de cette médication, si des hommes de l'autorité de G. de Mussy, d'Immermann, ne s'en étaient fait, les défenseurs. Le premier de ces auteurs donnait ce sel à titre d'antiputride, à la dose de 2 à 3 grammes, tandis que le second agissait avec de fortes doses, 10 à 12 grammes. Hallopeau a réédité le traite- Dangers, ment de G. de Mussy avec des résultats semblables à ceux de l'ancien médecin de l'Hôtel- Dieu. De cette campagne, il est resté, je crois, l'impression que le salicylate de soude, comme l'acide salicylique, était un médica- Abandon
presque
ment d'effet douteux, quelquefois dangereux, général, et c'est à bon droit qu'il a été banni par la plupart de la thérapeutique des typhiques,
surtout chez ceux qui ont tendance à présenter des accidents cardiaques.
TnALLINE
La thalline a une action fugace, la réascension de la température se fait brusquement.
D'après Ehrlich et Laquer [Berlin., klin.
Woch, n° M, p. 837, n° o2, p. 8So, 21-22 déc.
1885 et n" 10, p. 163, 8 mars 1886), chez 19
N'a jamais typhoïdiqucs, OU vit apparaître chez 9 la déété adoptée
on Fiance, fervcscence au bout de 4 ou 5 jours, alors qu'on avait commencé la thalline vers la fm du 1" ou au plus tard du 2" septénaire. Deux malades se sont montrés complètement réfractaires. La dose horaire a varié de 4 à 20 centigrammes, elle varie suivant le sel, le sulfate étant presque deux fois plus actif que le tartrate. Les résultats, disent les auteurs, sont très favorables. Ehrlich croit même à une action spécifique de la thalline. Gerhardt croit que comme efficacité la thalline vient immédiatement après l'hydrothérapie. Je ne saurais m'inscrire en faux contre cette dernière
MÉDICATION ANTITIIERMIQUE. Cl
asseiiion, n'ayani jamais manié cette médication; mais, si j'en crois les auteurs, Bouveret en particulier, il ne faudrait guère ajouter foi à ces affirmations. « La folie de l'antithermie à outrance (Bouveret) paraît avoir envahi la génération médicale allemande, depuis la découverte de la thalline, de la kairine et de l'antipyrine, et il faut bien l'avouer, c'est dans la patrie de ces dangereux médicaments que seulement on a loué leurs bienfaits. » Aussi n'hésité-je pas à conclure que la thalline comme ses congénères est un poison à rejeter de nos officines.
KAIRINE
Produit de la chinoline hydratée ; son action se rapproche de celle des médicaments que je viens d'étudier et qu'on trouvera résumée dans les propositions suivantes de R. Schul/ (Les doses ne doivent pas dépasser l-'',50 à
Les conclusions de R. Schulz sont :
1" La kairine est un antipyrétique très
puissant, elle peut ramener à la normale toute température fébrile.
L'abaissement de la température peut être maintenu pendant quelque temps par des doses répétées (0,23 à 0,50 cent.) quand la température atteint 38°;
2" Au point de vue de la durée de l'action, la kairine ne peut entrer en comparaison avec la quinine. Celle-ci conserve sans conteste sa priorité ;
3" Avec la kairine pas d'accidents toxiques, cependant on observe des frissons, sueurs, tendance au collapsus ;
4° L'emploi de la kairine demande une attention très grande de la part du médecin et un bon personnel d'infirmiers. On ne peut donc guère l'employer que dans un hôpital;
5" Pas plus que dans la fièvre intermittente la kairine n'a d'action spécifique sur la fièvre typhoïde ;
6" La kairine paraît augniciilor la dui'éo totale de la fièvre typhoïde et favoriser la production des récidives ;
MÉDICATION ANTITIIEIIMIQUE. 63
7° Le traitement par les bains et la quinine est préférable.
Die Behandlung des Typhus abdominalis.
(In Arch. f. klin. Med., Bd XXXV, Heft 1-2, p. 169.)
Peiper (in Deutsche med. Woch^ n° 2, 1884) a donné au maximum 4^"", 75 par jour de kairine à 27 typhiques; cet auteur n'a obtenu qu'une action antipyrétique avec cyanose, mais aucun résultat sur la durée de la typhoïde ou des modifications de gravité. Il se dégage ainsi très nettement, de ces études, que la kairine est un mauvais médicament, qui ne saurait entrer à aucun titre dans la thérapeutique de la typhoïde.
Arrivé à la fin de cet exposé des médicaments antithermiques, j'aime à reproduire ce qu'en pensait G. de Mussy (qui n'hésitait pas cependant à y recourir). Les inconvénients des médicaments dits antithermiques, écrivait Opinion sur le savant médecin, sont choses redoutables, miques!*'"" Leur action toxique est tellement voisine de l'action thérapeutique qu'elle lui devient par-
fois con Ligue. Si la modification qu'ils produisent est moins brusque, moins véhémente que celle de l'eau froide, d'une autre part une fois qu'ils ont pénétré dans l'organisme, ils ne peuvent pas, comme l'eau froide, cesser d'agir au moment où on le désire : il faut qu'ils soient éliminés [loc. cit., p. 662-663).
J'ajouterai, pour ma part, qu'à la sécurité complète et absolue que donne l'hydrothérapie à qui sait la manier, l'antipyrèse substitue une sécurité de surface, qui masque, aux yeux du médecin, de trop réels et trop fréquents dangers.