CHLOROFORME
On sait que les travaux de M. Behring ont démontré que le chloroforme possède une action microbicide vis-à-vis du bacille de la
fièvre typhoïde. C'est en s'appiiyant sur celte donnée que M. le docteur Werner, de Saint- Pétersbourg, a traité, avec le plus grand succès, 130 cas de fièvre typhoïde.
Il a employé l'eau chloroformée à 1 p. 100; et les malades en prenaient une ou deux cuillerées à soupe d'heure en heure ou toutes les deux heures, jour et nuit, tant que durait la période d'acmé de la maladie. Quand les symptômes s'amendaient, on diminuait progressivement les doses; mais, alors même que la fièvre était complètement tombée, on continuait cependant encore l'usage du médicament, pendant un certain temps, à la dose de quelques cuillerées par jour. L'action de ce traitement a été des plus favorables, quand il a pu être institué avant le dixième jour de la maladie.
Il est à remarquer que les malades traités de la sorte n'ont pas présenté d'étattyphoïde. Chez eux, les symptômes se sont bornés à de la fièvre, avec un certain degré d'affaiblissement, et de l'inappétence. Jamais la langue ne s'est montrée fuligineuse, comme le cas
est si fréquent dans la fièvre typhoïde; jamais on n'a constaté de décubitus; la soif s'apaisait au bout de deux ou trois jours et la diarrhée, ainsi que le ballonnement du ventre, diminuaient progressivement pour disparaître rapidement. Enfin les récidives de la maladie ont été très rares.
Si le traiteriient par le chloroforme est commencé tardivement, quand la maladie en est déjà au troisième septénaire, les résultats sont de beaucoup moins favorables ; mais, même dans ces cas, le médicament se montre encore très utile, et il est toujours bien supporté. Cependant, dans quatre cas, M. Werner a vu s'établir un ictère, qui, une fois, a eu une intensité assez grande pour exiger la suspension de la médication chloroformée. Trois de ces malades étaient des enfants, le quatrième était un tout jeune homme.
Il résulte donc de ces recherches de M, le docteur Werner, que le traitement de la fièvre typhoïde par le chloroforme mérite toute l'attention des praticiens, et cela d'autant plus que les effets obtenus paraissent très encou-
rageants et que l'emploi du chloroforme es^ en somme de la plus grande facilité.
Ces expériences qui ont porté sur 56 malades, aucun cas de mort, puis ultérieurement sur 130 autres, méritent considération; s'il se Résultats à
vérifier en
confirmait qu'à part quelques rares vomisse- France, ments, un léger subictère, le chloroforme est capable de guérir presque infailliblement la fièvre typhoïde, il y aurait lieu à employer cette facile médication; mais, par malheur, l'auteur est seul à l'affirmer, et nous savons ce qu'il faut penser des enthousiasmes thérapeutiques !
En somme, d'après M. Werner, le chloroforme ne saurait être considéré comme un
remède qui s'attaque à la cause même de la maladie; ce n'est pas un spécifique, mais c'est con'estpas
un spécift-
un médicament d'une réelle valeur sympto- que malgré matique, dont l'emploi sauvegarde le malade m^robilldè! contre les principaux dangers qui menacent sa vie, quand la médication est instituée assez à temps. Le chloroforme s'oppose, en elîet, a la formation des produits spécifiques, délétères, de décomposition, qui prennent nais-
sance dans l'inlestin du lyphiquc. Par suite, il exerce une double influence salutaire, sur le processus intestinal, et sur les centres nerveux.