CHAPITRE VII
C'est une des méthodes de traitement préférées par un grand nombre de médecins, on Presque
tous les ma-
peut même assurer qu'à de rares exceptions j^des on bàprès, il n'est pas un typhique qui en soit totalement privé. Est-elle une médication suffisante, applicable à tous les sujets, en un mot peut-elle être considérée comme une médication systématique? Non. Si, dans la grande no peut
être systô"
majorité des cas, l'alcool, car c'est lui presque matiséc.
seul qui fait tous les frais de la médication
tonique, rend des services que nul ne songe
à contester, puisque nul ne s'en passe, il ne inconvénients.
suffit pas à toutes les indications.
Gomme l'a dit Murchison, le traitement
D'aprôs Murcliison iiHÎdicalion ilounant los mémos résultats quo l'cxpcctatiou.
A hautes doses, c'est ua poison.
Préparationsusitées.
systématique par l'alcool ne donne pas de résultats meilleurs que l'expectation, et lorsqu'il est donné à dose exagérée, — on a vu prescrire plus d'un litre par jour! — « il devient un poison qui. trouble la nutrition, diminue les sécrétions, empêche l'élimination de l'urée et de l'acide carbonique, et peut provoquer un état comateux qu'on ne saurait distinguer du coma dothiénentérique, ou, si cet état existe, il en augmente la gravité. » (G. de Mussy.)
La tendance naturelle à l'adynamie de la plupart des fièvres typhoïdes explique l'usage des stimulants, et l'influence bien connue de l'alcool fait comprendre le succès auprès des médecins de la médication anglaise; déplus, c'est un procédé commode, presque agréable aux malades; il n'en fallait pas plus, je crois, pour faciliter l'introduction de l'alcool dans le régime des typhiques.
Examinons en quelques mots les préparations habituellement administrées et faisons notre choix pour, le cas échéant, donner au dothiénentérique, celle qui lui convient le mieux.
Une question se pose dès l'abord. Tous les malades doivent-ils prendre de l'alcool? Assurément non. Les enfants, dans la majorité des cas, s'en passent bien (j'entends parler de lautiio chez
. j les enfants.
l'alcool en nature), et aussi tous les malades qui, comme le dit Murchison, sont pourvus d'un bon pouls.
Voici les indications qui légitiment, d'après le grand clinicien anglais, l'usage de l'alcool, indications
1 cliniques de
et comme rien de mieux n a été dit sur la l'aicooi. matière, je les résume dans les lignes suivantes.
Au-dessous de vingt ans, c'est inutile ; après quarante, c'est toujours indiqué. Les indivi- Age. dus entachés d'alcoolisme doivent toujours en être abondamment pourvus.
Si le pouls est mou, dépressible et partant Alcooliques, la contraction cardiaque faible et rapide:, c'est Pouis. une indication péremptoire. L'adynamie sous toutes ses formes est justiciable de larges Adynamie. doses d'alcool.
Murchison range parmi les contre-indica- ' contre^ lions à l'alcool une grande proportion d'albumine, une faible quantité d'urine. Cela me
Grande albuminurie.
Vins.
Eaux-de-vie.
Administration.
Doses.
paraît une magistrale erreur; car tous les individus qui urinent peu, qui présentent des quantités considérables d'albumine (sérine d'après mes recherches dans la proportion de deux tiers) sont toujours des malades intoxiqués au plus haut degré. Chez eux, la médication alcoolique trouve des indications absolues, sous la réserve expresse que l'alcool ne soit pas toute la médication, mais unepartie seulement.
Quels alcooliques prescrire? Les vins quels qu'ils soient, en se rappelant leur richesse plus ou moins grande en alcool, les eaux-devie dont la teneur alcoolique varie, on le sait, de 30 à 60 p. 100.
Comment les donner? Toujours dilués et fractionnés d'heure en heure.
A quelle dose? En ce qui concerne l'alcool une dose de 100 grammes est en général très suffisante. Rarement il y aura lieu de la doubler ; c'est dire qu'on s'abstiendra chez nous des doses massives que nos voisins anglais préconisent volontiers, quitte à y recourir si l'on traite un Anglais ou un Polonais, habitué au gin ou au genièvre.
Ma technique hcabituellc et celle que je recommande est la suivante. Faire prendre une bouteille de vin de Bordeaux par 24 heures, coupée avec de l'eau, ou une limonade peu sucrée, puis 60 à 100 grammes de vieux cognac étendu dans 5 fois son volume d'eau, toutes les 2 heures. Quelquefois je substitue au bordeaux le Champagne, au cognac le punch, et cela, lorsque je tiens à avoir une stimulation plus intense.
J'ai tout à fait abandonné les préparations de quinquina, sous forme d'extrait mou Préparations
. j „ de
qui jouissent encore d'une si grande laveur quinquina, auprès des médecins. J'ai vu des troubles gastriques (vomissements) éclater sous leur influence, qui cédaient quand on suspendait le Doivent
^ être aban-
médicament, pour reprendre quand on y re- données, venait.
Les doses doivent en tout cas être toujours faibles et ne pas dépasser 6 grammes.
J'en aurai fini avec la médication tonique lorsque j'aurai repoussé sans m'y arrêter les vésicatoires en calotte, soit à l'ammoniaque ou vésicatoires
, . . . toujours
au camphre, aussi bien que l'administration mauvais.
de l'acétate d'ammoniaque, du phosphore, de l'huile essentielle de valériane, des hains de vin chaud et autres préparations fantaisistes.
La médication tonique compte encore toute la série des injections sous-cutanées. C'est un moyen souvent précieux et sur lequel il convient de s'arrêter, car plus d'une fois dans les formes adynamiques intenses, alors que le cœur se paralyse, le médecin ne manquera pas de V adjoindre aux autres moyens.
La caféine, autour de laquelle on a fait si grand bruit, ne me parait pas mériter une Provoque confiancc exagérée. Elle a surtout un grave et
l'insomnie.
réel mconvénient, qui est d'accentuer l'insomnie si pénible aux malades. Sous ces réserves,le médicament rendra des services certains,danstousles étatsparétiquesducœur; on Doses. la maniera à larges doses, suivant les préceptes de Huchard, sans crainte d'abcès, si l'injection est faite aseptiquement et poussée comme il convient. Une bonne formule est la suivante :
Caféine. j
„ , j , } àâ, 3 cranimes.
Benzoate de soude.. . . ) ®
Eau 6 —
MÉDICATION TONIQUE. 'Jri
Chaque injection contient 30 centigr. de caféine.
Injecter de 4 à 8 seringues dans les 24 heures.
La spartéine, que ie préfère, à cause de sa
' ' 1 J r ^ médicamoat.
rapidité d'action sur le myocarde, de sa facile solubilité, et surtout parce qu'elle ne cause aucun trouble au malade, sera injectée à la dose de 5 centigr., 2 fois par jour. Il suffit de prescrire :
Sulfate neutre de spartéine. . , o centigr.
On fait dissoudre dans un centimètre cube d'eau c'est-à-dire à peu près une demi-seringue de Pravaz et l'on fait l'injection qui, préparée extemporanément, est toujours fraîche et aseptique si l'on se sert d'eau bouillie.
Vhuile camphrée a été préconisée par Huchard tout récemment. Je ne l'ai employée qu'une fois et n'en saurais dire mon sentiment. Quoi qu'il en soit, voici la formule : camphre 1 partie pour 10 d'huile stérilisée. .
C'est certainement un stimulant sur lequel on peut compter, je crois.
combinées.
L'éther sulfurique est assez communément employé. C'est l'injection des moribonds, des collapsus. On se souviendra que l'éther doit ôtre poussé profondément sous peine de vive douleur, d'abcès. En terminant, je fais remarquer qu'aucune de ces médications ne s'ex- Cos iujec- dut et qu'en présence d'un danger imminent, Te'îft êTro le médecin est autorisé à pratiquer alternativement, sinon conjointement, des piqûres d'éther et de spartéine, ou de caféine, et d'huile camphrée.
Uergot de seigle, que Duboué, de Pau, a introduit dans la thérapeutique de la dothiénentérie, ne me paraît mériter la confiance Ses du médecin que dans certains cas déterminés, en présence d'accidents hémorragiques. Les hé- Comme médicament vasculaire, l'ergot a fait morragics. preuvcs, OU nc Saurait donc l'abandonner;
mais en tant que tonique même de la fibre cardiaque, il me paraît très inférieur à la spartéine; aussi je m'associe pleinement aux paroles de G. de Mussy qui dit « qu'il croit qu'il en faut beaucoup restreindre les indications et l'emploi ». Les doses ne dépasseront
indications.
pas 3 grammes par jour pour radiiltc, un dosos. gramme pour l'enfanl.
La médication tonique, on le voit, dispose de moyens assez divers, quelques-uns doués d'une puissance incontestable, quelques autres notoirement insuffisants. Si je n'ai pas • vhyiro-
th'iirapie est
parlé ici de la médication tonique par excel- la mddicalence, c'est qu'on en trouvera toutes les indi- ^paVexcér cations au chapitre de la psychrothérapie, on verra sans peine combien les procédés hydrothérapiques, quels qu'ils soient, l'emportent en efficacité, en rapidité aussi, sur leurs rivaux. Le ton que donne l'eau froide bien appliquée aux typhiques est un fait si évident que nos adversaires les plus résolus y consentent volontiers, c'est pourquoi je n'ai pas jugé utile de présenter dès maintenant la défense de ce moyen thérapeutique.
J'emprunte à G. de Mussy ce qui suit à pro- ■ pos de la digitale, préconisée comme diurétique par Wunderlich, Murchison et Hirtz, de
Strasbourg : « L'observalion n'a pas confirmé les espérances que pouvait faire concevoir l'opinion de cliniciens aussi éminents. L'action modératrice du cœur est loin d'être coninconvô- stante chez les fébricitants, en outre la digitale 'digitaîe''' pi'ovoquc dcs troubles gastriques, des nausées, des vomissements, de la prostration. Je ne conseillerai jamais, d'ailleurs, d'employer d'une manière continue un médicament qui peut s'emmagasiner dans l'organisme, surtout chez les dothiénentériques dont les reins, fréquemment congestionnés ou altérés, sont par cela môme moins aptes à accomplir leur fonction éliminatrice. »
Je m'associe à ces justes critiques et repousse la digitale de la thérapeutique du typhus abdominal.
La diète Injdrique constitue une médication diurétique autrement recommandable. Introduite par Cyrillo, préconisée par Luton, de Reims, elle a trouvé dans les médecins quelques partisans. Comme l'a bien fait remarquer Debove, il faut faire boire souvent et beaucoup le malade, il ne faut pas compter
avec sa soif, il faut le solliciter, l'obliger à ingérer de grandes quantités de liquide. Grâce à cette méthode, on obtient des urines abondantes, ce que faisant on aide singulièrement à la guérison du malade; mais je le dirai à nouveau quand je traiterai des boissons à donner aux malades baignés, l'ingestion des liquides ne suflit pas à faire tous les frais du traitement et c'est encore l'hydrothérapie qui va nous occuper, qui tient sans conteste le premier rang comme diurétique. Sans doute les boissons abondantes jouent un rôle indéniable dans tous les traitements et celui de Brand en bénéficie comme tous les autres, mais si Ton veut se rendre compte des différences, il n'est besoin que de voir les résultats de Tressider qui, à l'hôpital de Nottingham a traité 81 cas par le lait à hautes doses, et 6 lotions froides, et n'a eu que 6 p. 100 de mortalité, tandis que par les bains et le lait, un grand nombre d'auteurs ont des résultats doublement meilleurs, à peine 2 à 3 p. 100 de mortalité.
J'en dirais autant de l'acide benzoïque,dont
Ail), iîohin s'csl l'ail le propagalcur. Déduisant (le SCS recherches cliniques et chimiques la notion capitale, et l'importance de favorisar l'élimination dos produits infectieux, cet auteur a pensé que l'acide benzoïque était spécialement chargé de cette fonction. Vecteur des produits toxiques qu'il solubilise, rejeté hors de l'organisme à l'état d'acide azoté, sous forme d'acide hippurique, l'acide benzoïque ou le benzoate de soude doivent, d'après Alb. Robin, être prescrits aux typhiqucs, excepté lorsque le rein paraît atteint. On les donne à la dose de 2 grammes pour le premier, 4 pour le second, très dilués dans ime limonade. Certes, Alb. Robin a une statistique très satisfaisante de 11 p. 100 de mortalité, mais je crois pouvoir dire en toute justice que sa méthode rationnelle et chimique est inférieure à la méthode empirique et un peu grossière qu'il nous reste à étudier: je veux parler de l'hydrothérapie.