BAIN A TEMPÉRATURE DÉCROISSANTE
C'est Ziemsen qui s'est fait le propagateur Méthode
^ 1) n deZicmseu.
de cette méthode. Je pourrai répéter d elle avec plus de force ce que j'ai dit du bain tiède. C'est un moyen détourné d'appliquer le froid, en épargnant au malade l'impression désagréable et, brutale du froid, mais aussi le choc si justement recherché*. Procédé intermédiaire au bain tiède et au bain froid, il trouve de nombreuses applications temporaires chez les Applications
temporaires.
enfants, les craintifs, les affaiblis cardiaques. Il exige un personnel nombreux, des provisions d'eau ou de glace toujours difficiles à se procurer quand on traite un grand nombre de malades. La technique du bain de Ziemsen est Technique, la suivante : Le bain est de S" inférieur à la température du malade, et dans l'espace d'une demi-heure au maximum on ramène l'eau du
1. Lyonmédical, 11 janvier 1888 ; antipyrine ou bains froids'.
12G TllAlTEMENT DE LA KIÈVllE TYPHOÏDE.
baiji ù 20" : à ce moment le frisson éclate, on sort le malade de l'eau. Le nombre des bains est de 4 à 6 par jour; souvent la nuit on les suspeiid, et le chiflVe fébrile qui les nécessite Faibio est 40". Ziemsen et Immermann ont eu 12,5 p. 100 de mortalité; il est vrai d'ajouter que la plus grande partie de leurs malades étaient gravement atteints : 107 sur 190.
C'est une statistique relativement favorable quand on la compare à celles qui établissent la mortalité générale, mais incontestablement inférieure à celle du Brand pur. Méthode mixte, elle ne donne que des résultats moyens et je ne crois pas qu'elle puisse prétendre à se substituer au bain froid. J'en vais dire autant de la formule proposée par Bouchard, et qui compte à l'heure présente un certain nombre de partisans parmi ses élèves.
liAIN TIÈDE REFROIDI DE BOUCnARD
Méthode (lo Bouchard, par une sorte de compromis, a pris Bouchard. méthodc de Ziemsen son principe : le bain tiède d'emblée; mais, trouvant probablement
MÉDICATION IIYDROTHÉRAPIQUE. i27
que le choc était à redouter, il s'est contente de faire abaisser la température du bain de 2° seulement : soit un individu ayant 40°, il sera mis dans un bain à 38°.
Toutes les 10 minutes on abaisse la tempe- Tochuiquo. rature du bain jusqu'à ce qu'elle atteigne 30°. Arrivé à ce degré, on laisse le malade 10 minutes dans le bain, puis on le retire. La durée du bain est donc variable, et c'est par là que la méthode de Bouchard se rapproche du bain tiède prolongé de Riess. Les objections que dui<5o nous avons adressées à cette dernière méthode du'ba'iu. aussi bien qu'à celle de Ziemsen se retrouvent donc doublées. Le bain de Bouchard est inférieur à celui de Riess, à cause de sa durée moindre; inférieur à celui de Ziemsen, en ce qu'il ne soustrait que peu de chaleur au fébricitant et pour un très petit nombre d'heures; ProcMé
. , incomplet
enfin il est encore critiquable en ce que, doréfrig^durant la nuit, il est suspendu durant 4 heures. J'ai déjà dit qu'il comptait chez nous des partisans (car à l'étranger je me suis assuré de visu qu'il était peu ou pas employé), et il n'est pas besoin d'être grand clerc pour en donner
les motifs. Ce bain est peu pénible au malade : il est donc accepté facilement par l'entourage, et par là s'explique sa vogue passagère. 11 est Nécessité certain que par cette méthode, l'hyper-
de lui .ad- . i • ,
joindre l'an- thcrmic cst pcu combattue, et nous en iTiEmL- trouvons l'aveu implicite par l'association tousc. fréquente au bain tiède de la quinine, administrée comme suit : Lorsque la température rectale du malade atteint ou dépasse 40° le matin et 41° le soir, il faut donner, pendant les deux premiers septénaires, 2 grammes de sulfate de quinine; dans le troisième septénaire, 1^'',S0, et enfin dans le quatrième et les suivants, 1 gramme*.
C'est donc avec raison que je crois pouvoir qualifier cette méthode de bâtarde. Empruntant à la balnéothérapie un de ses procédés Éclectisme les plus timides, et partant les moins actifs, elle doit demander à l'antipyrèse un supplément d'action. Je n'ai pas à répéter les objections présentées aux doses élevées de sulfate de quinine, encore (\\xq, jjrudemment, ce sel
i. S'KiNNKR. Sur une nouvelle méthode balnéothérapiqiie. Thèse do Paris, 1885.
ne soit administré que tous les 3 jours, clans la médication de Bouchard. C'est donc une thérapeutique complexe, et qu'il nous faut Ri^suitats
. inférieurs
finir d'examiner, car les moyens précités ne ^u Brand. s'adressent qu'à l'état fébrile. Contre l'état intestinal, un purgatif est donné méthodiquement tous les 3 jours (15 grammes de sulfate inutilité
11,1 1 montrée dos
de magnésie). J ai dit au début de ce volume
purgatifs.',
les inconvénients des purgatifs.
Pour l'antisepsie générale et intestinale, Dangers des dont Bouchard s'est fait l'initiateur, nous trouvons 40 centigr, de calomel par jour en Autiscpsia
-, virtuelle,
20 prises de 2 centigr. (une toutes les heures), pendant 4 jours consécutifs; puis, quotidien^nement, le malade prend par doses répétées un mélange de 4 grammes de naphtol et de 2 grammes de salicylate de bismuth. Matin et soir, lavement d'eau naphtolée. Je n'ai pas fait mention du mélange si répugnant que j'ai vu prendre durant longtemps aux malades de Bouchard, auquel sans doute l'auteur a renoncé, et qui se composait d'un mélange d'iodoforme et de poudre de charbon délayé ^ans la glycérine. On a vu les objections
130 TRAITEMENT DE LA FlfiVRE TYPHOÏDE.
La miSthode do Bouchard n'est qu'une médication syniptomatiquo.
Mortalité faible.
capitales et vraiment scientifiques que Furbringer et Stern ont adressées à cette soi-disant antisepsie, qiii à l'heure actuelle règne en souveraine maîtresse dans toutes les maladies du tube digestif.
Au résumé, la méthode du professeur Bouchard, dans son éclectisme apparent, n'est qu'une médication symptomatique. Insuffisante dans ses procédés de réfrigération, condamnée à recourir à l'antipyrèse et aux médicaments les plus divers, — mercuriaux, purgatifs, absorbants, — elle n'a pas le mérité de la simplicité. Donne-t-elle des résultats supérieurs au Brand régulier? Non, car sa mortalité atteint encore 9,74 p. 100 (SS4 cas, 54 morts). Je crois que cette médication ne survivra pas à son auteur, encore que ce soit une de celles qui à l'heure présente donnent les meilleurs résultats.
Nous arrivons maintenant au Brand régulier, qu'il nous faut étudier "et décrire avec soin, car, ainsi que j'ai eu le regret de le diréj beaucoup de Ses partisans ne l'appliquent pas
MÉDICATION HYDROTIIÉRAPIQUE. I3t
intégralement, chacun ayant voulu le modifier : celui-ci supprimant l'affusion froide; cet autre, les grandes compresses intercalaires ailx bains; ce dernier, le massage pendant le bain. Enfin il n'est pas jusqu'aux modifications nécessitées par la gravité de la maladie, le moment où le traitement est commencé, qiii ne soiënt mal connues, et cela riialgré les écrits de Brarid et de toute l'École de Lyon,
Il importe de fixer ce qu'on doit entendre sous le nom de bains froids, car beaucoup qui administrent dés bains à une température quelconque s'imaginent faire de l'hydrothérapié froide, alors qu'ils ne mettent en œuvre qu'un procédé absolument différent de celui recommandé par Brànd.
Je trouve là confirmation du fait dans Un travail récent d'un médecin anglais, le docteur Barr, de Liverpool. Rendant compte des résultats qu'il a obtenus dans le traitement de la fièvre typhoïde par les bains froids, l'auteur nous dit que les malades étaient maintenus dans une baignoire contenant dé l'eau à 32 ou 33°. Lorsque leur température corporelle
s'abaissait au niveau normal, on ajoutait de l'eau chaude^ mais sans que la température du bain fût portée au-dessus de 35°, 5. (Analysé in Deutsche med. Zeitung, 1892, n° 61, p. 704.)
On avouera qu'une pareille manière de faire est absolument le contre-pied des procédés de réfrigération qui se réclament du nom de bains froids. A mon avis, on doit entendre seulement sous le riom de bain froid toute immersion dans de l'eau ayant au plus 23°. A partir de ce chiffre, au-dessus de lui le bain est plus ou moins tiède ; au-dessous de 18° il est très froid.
Dans les pages qui suivent, je traiterai de la technique convenant aux cas simples, aux cas compliqués, ou intenses, les complications elles-mêmes devant être passées en revue à la fin de ce volume.
TECHNIQUE DU TRAITEMENT PAR LE BAIN FROID d'uNE FIÈVRE TYPHOÏDE SIMPLE
Pour traiter un typhique, il faut disposer d'abord d'une baignoire. Il faut la choisir
MÉDICATION HYDROTHÉRAPIQUE. 133 grande, appropriée à la taille du sujet, Capacité, assez haute pour que le malade soit complètement recouvert par l'eau, alors qu'elle n'est remplie qu'à moitié, ce qui doit tou^ jours ôtre, puisque l'affusion qui sera pratiquée durant le bain augmentera encore très notablement la quantité d'eau contenue dans vc>iume la baignoire, menaçant ainsi de faire déborder cette dernière, si elle était trop pleine. Quand la baignoire est de bonne qualité, sans aspérités pouvant blesser le siège du malade, il est inutile de la pourvoir d'un fond de bain.Gomme iln'estpas de détail négligeable, je conseille même aux praticiens de la ville, de déconseiller l'usage du fond de bain. Si fine que soit la toile employée, pour peu qu'un pli saillant existe, il ne manquera pas de « mâcher » l'épiderme du malade, et comme le nombre des bains est souvent considérable, ce petit traumatisme pourra être l'occasion d'une éraillure de la peau, porte d'entrée pour les infections locales, pour la venue de quelque malencontreux furoncle par exemple.
Situation de la baignoire. — Elle sera placée situation
134 TRAITEMENT DE LA FiftVRE TYPFIOÏDE.
à côté du lit, bien abritée des courants d'air par un paravent, qui, ainsi que le dit Brand, cachera les préparatifs du bain qui émotionnent si fort certains sujets. Si le malade est capable de se mettre seul au bain, il aura ainsi la plus courte distance qui soit à parcourir, 3 à 4 mètres; ou si, ce qui est fréquent, on est dans l'obligation de le porter, la fatigue pour le patient et les personnes qui lui donnent des soins sera minime.
Eau du bain. — Elle sera d'une belle limpidité autant que faire se pourra, et, pour peu que le malade présente sur le corps, comme cela est si fréquent, quelques pustules d'acné ouvertes, ou toute autre solution de continuité même très petite, on ajoutera à l'eau du bain une substance telle que le naphtol ou le salol : ce dernier est malheureusement trop coûteux pour que l'emploi en puisse être recommandé. Pour une baignoire ordinaire, 40 à 50 grammes de naphtol suffisent. Il va sans dire que ces précautions n'ont trait qu'à l'antisepsie de la peau ; que dans la petite clientèle ou celle de la campagne on se passera de l'adjonction de cette
MÉDICATION IIYDROTIIÉIUPIQUE. m
substance, qui augmenterait le coût du bain, celui-ci n'acquérant aucune vertu thérapeutique de l'adjonction du naphtol autre que celle de défendre la peau contre les infections.
L'eau du bain sera renouvelée chaquejour, Kenouvoiplus souvent si le malade souille sous lui. A la do i cau. campagne, où les facilités sont toujours moins grandes, il n'y aura pas grand inconvénient à conserver l'eau pendant plusieurs jours si son impropreté n'exige pas son changement.
Température rf«6am. -Quelle doit-elle être? Tompéra- Brand lors de ses premières tentatives l'avait fixée entre 15 et 20°, et depuis lors, malgré les critiques nombreuses qu'on lui a adressées, il amaintenu ces limites. C'est une question très importante, sur laquelle il convient d'être bien fixé, car on peut dire que d'elle dépend en partie le succès de la médication. En Allemagne, il y a de nombreux partisans du bain très froid, c'est-à-dire au-dessous de 15° jus-^ ou'à 8° (Jurgensen, Bartels, Heubner, etc.). s» à is» Les arguments donnés à l'appui sont que plus les bains sont froids, plus ils sont courts et rares, plus ils mettent les malades à l'abri
des complications cardiaques et pulmonaires. Brand a objecté avec raison que de pareils bains n'étaient indiqués que dans certaines formes d'une résistance extrême à la réfrigération, que de plus ils étaient insupportables, et qu'enfm,môme sous le bénéfice de leur moindre répétition, — ce qui n'est pas absolument prouvé, — il n'y a pas lieu à les substituer aux 18» (Brand). baius simples froids. La température ordinaire du bain, pour les cas simples, sera de 18°.
Convient-il de commencer d'emblée le traitement par le bain donné à cette dernière température? C'est mon sentiment, surtout si l'on ne néglige pas les prescriptions dont on trouvera plus bas l'énoncé. Il est cependant un grand nombre de malades chez lesquels on se sentira moralement obligé de ruser : pour leur atténuer l'impression pénible du premier bain, aussi bien que pour tâter leur résistance à la réfrigération, le premier Les pro- bain sera donné à 22° ; puis peu à peu les suiiouvoutêtre vants scrout abaisses de 1° chaque fois, de telle loins froids. ^Qj,^^ qu'après une période de 24 heures la température de 18° soit atteinte. On voit donc.
et je ne saurais trop insister sur ce poiiit, qu'il ne faut pas s'enfermer dans une formule étroite, et dire : « Le bain aura toujours, quoi qu'il advienne, une température fixe. »
Ce qui doit guider le médecin, le vrai clinicien, c'est l'état général. Il n'est donc pas vrai de nous dépeindre comme de véritables et « parfaits garçons de bain » appréciant uniquement la température de l'eau. C'est l'état du système nerveux, du pouls — cette clef de la maladie, — aussi bien que de la température fébrile qui nous guideront. En ce qui concerne cette dernière, on peut dire que toutes les fois que la réfrigération obtenue après le bain n'atteindra pas les environs de 1°, c'est qu'elle sera insuffisante, qu'en con- Cestiatcm-
. - , pdraturo tlu
séquence il y aura lieu à abaisser la tempera- maiacic, son
ture de l'eau, pour la ramener aux environs
de 15°, sans parler de la durée du bain, qui va fraîcheur du
' ^ bain et sa
nous occuper. duLxo. ,
Au résumé, ce n'est pas la température du malade avant le bain qui doit indiquer Celle de l'eau à employer, mais seulement le plus ou moins de degré de résistance à la réfrigé-
ration constatée après le bain qui doit guider pour le suivant.
Durée, du bain. — Il en va de môme pour la Durée. longueur que doit avoir le bain. Avoir la montre à la main, comme je le vois faire généralement, est encore une mauvaise méthode : c'est toujours la résistance fébrile qui doit fournir la mesure. Pour donner aux médecins un point de repère facile, je dis : Quand le malade est pris d'un grand frisson, le bain commence à produire l'effet cherché. Au bout
Appai'ition de combien de temps éclate ce frisson? Entre u fussoa. ^ ^0 niinute en général. Il est bien en-
tendu qu'il n'est pas question ici du frissonnement général qu'éprouve tout individu au moment où il se plonge dans un bain froid et qui cède presque immédiatement, mais bien du véritable frisson, que souvent on devra pro- Duràe longer quelques minutes. La durée moyenne
2" t"i5"nihi. oscille donc entre 1 0 et 1 S minutes pour un bain à 18° donné au commencement de la maladie; car lorsque cette dernière touche à sa fin, la réfrigération est beaucoup plus facile, et partant la durée du bain pourra être très abaissée.
MÉDICATION HYDROTIIÉRAPIQUE. 139
L'aphorisme de Glénard est parfaitement vrai '. plus le frisson est long ^ plus le refroidissement est prononcé. J'aurai l'occasion, dans les pages qui suivent, alors que je traiterai de la conduite à tenir dans les cas graves, de montrer que c'est une formule minima que le bain froid à 18° toutes les 3 heures; que, dans ce que je propose d'appeler la médication intensive de la fièvre typhoïde, l'évaluation de la température n'est qu'un des facteurs les moins importants à mon avis, et en tous cas fort au-dessous de l'appréciation de l'état de l'appareil cardiaque. En conclusion, ce chiffre de 39° ne doit pas être considéré comme une règle fixe.
Ces différents paragraphes peuvent se résumer ainsi : Chaque 3 heures, si le malade a 39° rectal, le baigner durant un quart d'heure dans l'eau à 18°. Voilà la formule générale, que dans un nombre considérable de cas le médecin pourra faire afficher au lit du malade, lorsqu'il se défiera de la mémoire d^ l'entourage et plus encore de son jugement..
Technique de la thermométrie. — Il est non.
moins impoiiant que le médecin donne de précises indications sur la manière de prendre les températures aux personnes qui soignent le malade, et c'est pour ce motif que je n'hésite pas à consacrer ce court chapitre à la façon de procéder.
Utilité du II faut avoir un bon thermomètre, et de pré-
tlicrmomè- „ , . » .,
tro à maxi léreuce a maxima : le motif en est facile à
ma
fournir, puisque de cette sorte, si l'on se trouve dans un milieu peu instruit, le médecin ou quelque personne assez éduquée pourra lire une température fidèle et donner en conséquence les instructions nécessaires sur la durée, la température, en un mot l'opportunité d'un bain. Dans la clientèle de ville, où l'on a si fréquemment affaire à des femmes, à des jeunes filles dont la pudeur s'alarmerait, les malades ou quelque femme de service pourront prendre les températures, que le médecin n'aura plus qu'à interpréter.
Donc, avoir un bon thermomètre, voilà le point capital, et j'ajoute qu'il sera bon de le Vérification vérifier de temps à autre, en comparant les temratures.*^ pératurcs qu'il marque avec celles que donnera
mo-
MÉDICATION IIYDIIOTIIÉIUPIQUE. 141
par exemple le thermomètre du « docteur » , afin de ne pas voir un traitement suspendu avant le temps sous le faux prétexte que le thermomètre ne marque plus les températures requises.
Les températures seront toujours prises dans ^^j^jj--'^^^ le rectum. — Chacun sait le pourquoi. Fidé- ^^Lv lité, rapidité, tels sont les deux caractères qu'il y a lieu à opposer aux températures axillaires, qui, à l'encontre, sont toujours suspectes et n'exigent pas moins d'un quart d'heure de durée, d'attitude bien gardée, pour être valables, alors qu'en 4 ou 5 minutes on a la température du malade, quand celle-ci est recherchée par la thermométrie rectale.
C'est ici le lieu de rappeler que Fiedler et Hartenstein, dans leurs études comparatives sur les températures axillaires et rectales, ont montré que la température rectale est plus élevée que dans l'aisselle après le bain, tandis que, 30 minutes après le bain, la température, durant trois quarts d'heure, est au contraire plus haute dans l'aisselle.
Fréquence des températures à prendre. — C'est un des reproches qu'on a faits à la mé-
NoniiMo thode, à savoir ; le nombre considérable de
(les toiiii)é- A ' I
ratures quo- tempcralures qu'il faut relever chez un môme tidionuos. jj^^j^^jg ^^^^^^^ 24 heures.
La critique est de peu de valeur, et au petit ennui qui est imposé, durant SO à 80 minutes par jour au malade, ne pourrions-nous pas opposer les avantages indéniables qui résultent de ces explorations répétées? Le médecin est ainsi Nécessité sans cesse tenu au courant de la chaleur fé-
clinique d'à- ,
voir do ù-ô- brile, pour peu qu il consente à construire un pL"tuiï.'"" graphiques dont nous parlerons plus
bas; il assiste d'heure en heure presque aux péripéties de la lutte contre la fièvre : il a ainsi un llambeau pour l'éclairer dans sa marche; les tâtonnements lui deviennent inconnus; il modère ou augmente ses moyens d'action, et va ainsi plein de sécurité vers le but proposé : la guérison.
Fréquence des bains. — En règle générale, c'est la température du malade qui la réglera, et le lecteur trouvera plus bas les indications précises tirées de la thermométrie ; mais je répète obstinément que ce serait une grave erreur d'avoir les yeux toujours fixés sur la
MÉDICATION HYDROTHÉHAPIQUE. m
températiircpour régler la fréquence dôs bains aussi bien que leur durée ou leur température.
Sans doute,c'est un élément capital dé jugement, mais ce nest pas le seul. Tel malade peu fébrile, mais adynamisé, devra être baigné souvent avec de l'eau très froide, tandis qùè tel autre, très pyrctique, pourra l'être plus rarement et moins rigoureusement.' Dans le schéma que je décris, n'ayant en vue que leà cas simples, je me range très volontiers à la formule adoptée par Brand et par toute l'Ecole de Lyon : Baigner le malade toutes les S heures, jour et nuit, chaque fois que sa température atteint 39° ou les dépasse. Brand a trop bien justifié la nécessité absolue du traitement nocturne pour que je ne lui cède pas la parole quand il dit que, sous prétexte de ne pas trou- sous aucun
^ •11' prcîtexte los
blcr le repos du malade, on supprime lés Jsams
baias ne doi-
de la nuit : « Peut-on appeler repos, écrit-il, ^J^^^^J',;; l'agitation, l'insomnie, l'accablement de la ""it. fièvre, les soubresauts des tendons? C'est confondre la stupeur avec le repos véritable. Le vrai moment de repos est celui qui suit le bain froid. Douze bains par joui* ne suffisent pas à
combattre l'effet fâcheux de la suppression des bains de la nuit. »
Moi-môme j'ai insisté à la Société médicale des hôpitaux sur cette inéluctable nécessité, sous peine de compromettre le succès de la médication, et j'ai pu dire, non sans raison je crois, à un de mes contradicteurs, que suspendre la moitié du temps le bain froid ce serait agir à l'instar d'un chirurgien qui ferait une antisepsie minutieuse le jour et l'abandonnerait la nuit.
Température du malade indiquant la nécessité du bain. — Les opinions ont beaucoup varié sur ce point. Brand, au début, pensait qu'une température de 39°, 5 axillaire était celle qui devait être atteinte; Jurgensen admettait môme 40°. Depuis lors, le médecin 39° (Rectal) dc Stcttin a reconnu que sa limite était trop haute, que la lutte contre la fièvre, dans ces conditions était trop inégale, et, adoptant désormais les températures rectales comme les seules dignes de confiance, il a fixé la température de 39° (soit 38°, 5 dans l'aisselle) comme nécessitant un nouveau bain.
MÉDICATION IlYDllOTHÉRAPIQUE. U'6
Les températures sont donc relevées toutes Tomp-î-ales 3 heures (c'est de leur notation que va et apiùs lo dépendre le bain), soit 8 fois avant le bain et 8 autres fois après que le malade a pris son bain; au résumé, 1-6 fois dans les cas simples, en plein traitement; car, à mesure que le malade sautera des bains, il n'y aura plug lieu, bien entendu, qu'à prendre une température 3 heures après. Dans les ças graves, où le médecin a besoin d'avoir des renseignements précis sur la marche de la fièvre entre les bains, force est de prendre des tempéra tures plus fréquentes, toutes les 2 heures par exemple. Le malade devant être baigné à un aussi court intervalle de temps, le nombre des températures peut être ainsi porté à 24, 30, et même plus, par 24 heures. Mais ce n'est jamais que temporairement j quelques jours, souvent quelques heures à peine, qu'on est dans l'obligation de recourir si fréquemment au thermomètre : bientôt on revient à la for-r mule ordinaire, et dès que le malade va mieux, puis bien, le nombre des tenir pératures s'abaisse jusqu'à ne plus fournir
que les indications du matin et du soir.
11 est indilïérent de choisir une heure quelconque pour prendre les températures. J'ai l'habitude, dès que je me trouve en présence d'un malade, de commencer de suite le relevé de sa courbe thermique et d'indiquer par écrit à ceux qui l'entourent les heures précises où d'autres températures doivent être relevées ; mais souvent, pour plus de facilité, il est bon de donner des heures fixes dont le milieu se souviendra volontiers, qu'on pourra môme noter sur une fiche.
Pour les températures à prendre après le bain, il y a grande importance à ne les prendre que 10 minutes au plus tôt après que le malade est sorti de l'eau, le grand frisson étant moins fort à ce moment, le sommeil qu'il serait cruel de troubler n'étant pas encore venu; toutefois il ne faut pas reculer cette limite au delà d'une demi-heure, le maximum de l'abaissement thermique paraissant être atteint dans cette première demiheure qui suit le bain.
Ces explorations répétées déterminent chez
introduction s du tliormomètro.
MÉDICATION HYDROTHÉRAPIQUE. 14T quelques malades un peu de rougeur de la inconvô-
^ ^ , , nients dos
marge de l'anus ; Tripier et Bouveret parlent ^quontos môme « de l'inflammation du rectum et d'abcès à la marge de l'anus ». J'ignore si c'est à la minutie des recommandations que j'adresse toujours et souvent aux personnes chargées de prendre les températures, mais sur plus de 100 000 températures prises chez mes malades depuis 5 ans, je n'ai pas observé une fois un abcès qu'on pût légitimement attribuer au thermomètre. Je viens de le dire, j'ai noté un peu de sensibilité rectale de temps à autre, et j'ai cru toujours devoir rapporter cette dernière au manque de douceur ou à la négligence des infirmiers.
Les précautions à prendre sont les suivantes :
La cuvette du thermomètre doit être petite, Qualités né
ccssaires. à
ronde, c'est-à-dire absolument mousse. Chaque
un bon ther-
fois qu'une température va être relevée, le thermomètre est retiré de la solution antiseptique dans laquelle il doit constàmment séjourner; il est essuyé avec un tampon d'ouateaseptique, puis graissé avec de la vaseline
mùtro.
stérilisée. L'introduction en doit être Irèa Manière Unie, Ivès doucc, ct s'opércr sans frottement,
d'introcluiro /-\ j i
lo thcrmo- Uuand la cuvette a disparu derrière le sphincter, il est maintenu 3 minutes par la personne qui prend la température : en ne l'abandonnant pas, on évite ainsi ces pressions qui, minimes mais très répétées, amènent probablement les inllammations dont je parlais plus haut. Quand le malade est agité, une pareille technique s'impose, puisque le thermomètre serait facilement brisé lors d'un mouvement brusque; chez les enfants, si souvent indociles, il faut procéder de môme.
Le thermomètre est alors retiré, la température marquée sur une feuille ad hoc; on essuie l'instrument; d'un coup sec on fait redescendre la colonne thermométrique s'il est à maxima, puis on le replonge dans la solution.
En procédant ainsi, on peut avoir la sécurité et aussi la confiauce que les températures prises sont fidèles.
Je ne saurais trop recommander aux médecins de prendre eux-mêmes, et à l'impro-
MÉDICATION IIYDROTIIÉRAPIQUE. 149
viste, quelques températures, pour vérifier ^^t^^,^ celles qu'on leur montre. Quelquefois ce sont ratures, des gardes-malades paresseuses, ou s'entendant avec les malades à qui les bains déplaisent, qui notent une température inférieure de quelques dixièmes de degré à celle qui devrait être atteinte pour la prise d'un bain. Cette supercherie démasquée une fois, il y a chance qu'elle se renouvelle peu durant le traitement.
A la campagne, il ne faut pas se dissimuler que le médecin sera le plus souvent dans l'impossibilité d'avoir des températures aussi fréquentes. Outre qu'à cause des distances il ^Procédé
, pour les md-
ne voit son malade que rarement, il ne peut decins de se fier au milieu illettré, qui, règle générale, ne saura pas lire un thermomètre. C'est pour ceux-ci que Brand a donné le signe précieux de la rougeur de la joue, qui, quoi qu'on en ait dit, est de grande valeur.
Aussi le praticien appelé à exercer dans des milieux semblables, et suffisamment éclairé sur la marche habituelle d'une fièvre typhoïde traitée par les bains froids, pourra
campague.
iril) TRAITEMENT DE LA 1<'1ÈVRE TYPHOÏDE.
fournir des indications encore suffisamment précises pour permettre la cure régulière du malade.
Est-il appelé au début, il pourra prescrire durant 4 à 3 jours la formule habituelle : 8 bains dans les 24 heures; vers le 6" jour du traitement, il supprimera un ou deux des bains du matin; s'il est au contraire appelé plus tard et que la fièvre soit intense, l'état grave, il maintiendra et accentuera le traitement méthodique, quitte à le modifier à sa première visite.
Feuilles de température. — Il est nécessaire que chaque malade soit pourvu de deux feuilles de température : sur l'une seront transcrites les températures avant le bain, sur l'autre, celles recueillies après. De la comparaison, de la juxtaposition de ces deux graphiques, résultera pour le médecin une précieuse source de renseignements, et ces feuilles seront toujours faciles à établir une fois qu'on aura familiarisé un infirmier avec la façon de les construire. Dans la pratique hospitalière et de la ville, dans les milieux
instruits, je préfère la feuille unique avec les deux tracés superposés, auxquels je fais touiours adjoindre la courbe des urines et, orandoné-
J «• . . 1 cossito tle
lorsque cela est possible, les variations de juger ladiul'urée. C'est dire la nécessité, à mon sens, de recueillir tous les jours toutes les urines. Le bocal destiné à cela, et qu'on graduera aussi sommairement qu'on voudra, fournira au médecin des indications pronostiques supérieures à celles du thermomètre, égales au moins à celles du cœur. Aussi dirais-je volontiers sous forme aphoristique, en paraphrasant la phrase de Liebermeister : « Si le pouls lo pronostic
est dans
est la clef du pronostic, la diurèse est l'étalon ladimùsc. de la guérison : tout malade qui urine beaucoup guérit. »