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IX. — Sels de soiide et de potasse

Chacune de ces bases a ses partisans. En Angleterre et en Allemagne ce sont les sels à base de potasse, carbonate, acétate et citrate, qui sont le plus ordinairement employés. Pour nous, sauf l'iodure de potassium, nous donnons la préférence aux sels de soude, et plus spécialement au bicarbonate.

Les raisons qui font préférer aux médecins anglais la potasse à la soucie sont que les sels de potasse ont des propriétés diurétiques plus prononcées et une action dissolvante sur l'acide urique plus énergique. Les sels de potasse, dit Garrod, exercent surtout leur action sur les reins et déterminent une diurèse abondante; les sels de soude agissent plus sur le foie que les sels de potasse, mais moins sur les reins. D'autre part l'acide urique devient plus soluble dans le sang et dans l'urine sous l'influence des sels de potasse que sous l'influence des sels correspondants de soude. Enfln, si de petits fragments de cartilage articulaire incrustés d'urate de soude provenant de sujets goutteux sont plongés, les uns dans une solution de carbonate de soude, les autres dans une solution de carbonate de potasse, au bout d'un certain temps ceux-ci se seront dépouillés de l'urate de soude et auront repris les caractères de l'état normal, tandis que ceuxlà n'auront encore subi aucune modification appréciable.

En Allemagne, Beneke, qui est un des plus ardents défenseurs des sels de potasse, invoque d'autres arguments. Pour lui les sels de soude ne donnent que des résultats instables parce qu'ils n'agissent que sur les liquides et qu'ils ne déterminent qu'une alcalinité passagère du sang, tandis que les sels de potasse s'assimilent aux globules rouges et se fixent de préférence sur les tissus dont ils modifient la constitution.

Pour ce qui est de l'alcalinisation du sang, nous ferons remarquer que la soude ne paraît le céder en rien îi la potasse, et que l'alcalinité persiste d'ordinaire

MÉDICAMENTS SPÉCIFIQUES DE l.A GOUTTE

fort longtemps après l'administration pendant quelques jours seulement de très faibles doses de bicarbonate de soude. Quant à la fixation de la potasse par les tissus, nous ne croyons guère a la possibilité de pousser bien loin cette assimilation, et en tout cas nous en voyons plus facilement les dangers que les avantages. Il y a longtemps que les expériences de Gultmann ont démontré que les sels de potasse agissent d'une manière nuisible sur le cœur, dont ils ralentissent et affaiblissent les battements, et sur la moelle dont ils amoindrissent l'excitabilité réflexe, tandis que les sels •de soude ne produisent rien de semblable.

Les arguments de Garrod sont plus sérieux. Mais si les propriétés diurétiques et dissolvantes des sels de soude sont moindres que celles de sels de potasse, elles existent cependant à un degré encore assez satisfaisant. Les expériences de Chevalier, de Petit, de Bérard à propos de l'action. des eaux de Vichy sur les graviers et les calculs d'acide urique le prouvent nettement.

La supériorité à cet égard des sels de potasse nous paraît compensée par ce fait que la toxicité de ces sels est bien plus grande que celle des composés sodiques. Cl. Bernard a montré la parfaite innocuité du carbonate de soude injecté dans les veines ; il a vu aussi que des quantités considérables de sels de soude peuvent être mélangées pendantplusieurs mois à la nourriture des animaux sans le moindre inconvénient, tandis que les sels de potasse sont loin d'être supportés à la même dose dans les aliments. De même, des doses très faibles de sels de potasse injectés dans le sang de chiens ou de lapins suffisent pour amener la mort foudroyante.

Enfin, pratiquement, il est certain que les sels de

TRAITEMEN'I' DK LA GOUTTE

potasse sont bien moins facilement tolérés par les malades que les sels de soude; ils provoquent souventdes troubles digestifs et de la diarrhée, et on ne peut ni en continuer longtemps l'usage, ni les donner à fortes doses.

Benèke les prescrit à la dose de SO centigrammes à 1 gramme ; on peut en donner jusqu'à 2 ou 3 grammes par jour ; mais il faut alors en interrompre fréquemment l'usage.

Pour toutes ces raisons, les sels de soude nous paraissent préférables. Nous avons déjà parlé du saiicylate de soude qui a ses indications particulières et qui agit d'ailleurs plutôt par son acide que par sa base. Il en est de même du benzoate de soude, l'acide urique, sous l'influence de l'acide benzoïque, se tranformant en acide hippurique, et l'urate de soude passant dans l'urine à l'état d'hippurate, plus soluble. Quant au silicate de soude qui a été aussi conseillé dans la goutte, il aurait, d'après Ileyfelder, une action plutôt nuisible.

Le sel de soude à employer dans le traitement de la diathèse goutteuse est le bicarbonate, et c'est à lui que s'applique surtout ce que nous venons de dire de l'action des alcalins.

Nos recherches nous ont montré que, si le bicarbonate de soude diminue la formation de l'acide urique, il en facilite aussi l'élimination et par conséquent commence d'abord par en augmenter passagèrement l'excrétion.

L'étude de son action sur les bases de l'urine permet de s'expliquer cette augmentation initiale. Les proportions de potasse, de chaux, de magnésie, ne sont pas influencées par l'administration du bicarbonate de soude, mais la proportion de soude contenue dans l'urine est toujours fortement augmentée.

C'est à cette caugmentation de la soude excrétée qu'est due la cause première de l'élimination urique. La soude ingérée se combine avec l'acide urique qui existe dans le sang des goutteux à l'état d'acide biurique. Elle forme ainsi de l'urate neutre de soude plus diffusible que l'urate acide; de là son élimination plus complète par les reins.

Ainsi s'explique un des modes d'action favorable du bicarbonate de soude dans la goutte. Il prévient les attaques en faisant baisser la quantité d'acide urique contenue dans le sang. Il les prévient encore par son autre mode d'action, action de régulation, de modération sur les phénomènes de dissociation azotée, en diminuant la formation de l'acide urique dans les tissus et en empêchant par suite une nouvelle accumulation de cette substance dans le sang.

C'est à ce double titre que le bicarbonate de soude nous paraît mériter la préférence parmi les alcalins dans le traitement de la diathèse goutteuse.

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