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XII. — Médication évacuante

La question de l'emploi des purgatifs dans la goutte a été vivement controversée. Les uns les repoussent absolument, les autres, au contraire, en préconisent l'usage avec ardeur; d'autres les condamnent pendant l'accès aigu, mais les recommandent dans les cas de goutte chronique.

Sydenham est l'adversaire le plus résolu de toute

médication évacuante. « C'est une loi essentielle de la nature, dit-il, que l'humeur goutteuse doitôtre toujours expulsée aux articulations; or les émétiques et les purgatifs ne produisent autre chose que de la faire rentrer dans le sang, d'où elle se jettera peut-être sur quelque viscère; et ainsi le malade, qui était auparavant hors de tout péril, se trouvera en danger de la vie. »

Il n'admet les purgatifs ni au cours, ni à la fm de l'accès, ni dans l'intervalle des attaques.

Si on purge au fort de l'accès, on trouble la nature dans son effort pour éliminer la matière peccante. Si l'on purge à la fm de l'accès, non seulement on ne vient pas à bout d'évacuer les restes de la matière arthritique, mais, en mettant les humeurs en mouvement, on risque de provoquer une nouvelle attaque aussi cruelle que la précédente. Enfm, si on purge dans l'intervalle des accès, on risque moins que dans les deux premiers cas, mais, ajoute Sydenham, « la goutte ne cessera pas de revenir par les mêmes causes que nous avons indiquées plus haut et quand elle ne reviendrait pas d'abord elle ne sera pas guérie pour cela ».

Donc, rien de bon à attendre des purgatifs, d'après Sydenham ; c'est aussi l'avis de Mead et de Boerhave, qui proscrivent les évacuants parce qu'ils troublent le système nerveux et qu'ils s'opposent au rejet de la matière morbifique.

Par contre, Morgagni en recommande l'emploi et mentionne l'observation de deux médecins qui se débarrassaient de leurs accès de goutte au moyen de purgatifs. Hoffmann est du même avis. Pour lui, on ne peut rien espérer si on ne commence par débarrasser les premières voies.

MÉDICATIONS SYMPTOMATIQUES DÛ

Sutton, dans son Traité de la goutte, préconise aussi les drastiques et insiste sur les avantages de ce traitement poursuivi avec activité. Scudamore n'est pas moins explicite. Évacuer les intestins des accumulations solides, exciter les sécrétions vasculaires et les évacuations qui s'ensuivent dans la totalité du canal intestinal, solliciter l'expulsion de la bile viciée et expulser les matières acides et le mucus malsain auxquels ont donné naissance les désordres d'une digestion mauvaise, tels sont les différents effets qu'on doit chercher à produire dans un traitement rationnel de la goutte.

Il conseille pour cela le calomel joint à la poudre antimoniale, l'extrait composé de coloquinte et un peu de savon; le remède doit être répété toutes les nuits ou toutes les deux nuits. Il administrait aussi dans la même intention une potion composée de magnésie, de sulfate de magnésie et d'extrait acétique de colchique.

Gairdner, qui compte parmi les partisans des purgatifs, repousse les sels neutres. Il préfère le séné, la rhubarbe, l'aloès, le jalap, la scammonée. Il admet cependant, dans certains cas, les sels à acides végétaux, parce qu'ils auraient l'avantage d'agir en même temps comme diurétiques.

Garrod n'est nullement opposé à l'emploi des évacuants. « Administrés avec modération, dit-il, les purçratifs sont d'une utilité incontestable dans bon nombre de cas de goutte aiguë et, en particulier, lorsqu'il existe de la constipation, des signes de rétention biliaire ou de congestion hépatique. »

Quand le foie est affecté, il donne, le soir, de petites doses d'une préparation mercurielle, calomel ou pilules

bleues, auxquelles on peut associer la coloquinte. Le lendemain matin, le malade prend une dose de médecine noire. Chez d'autres, il conseille, tantôt l'extrait acétique de colchique ajouté aux pilules de coloquinte, tantôt les mercuriaux combinés aux préparations de colchique.

Barthez revient a l'opinion de S3'-denham quand il s'agit de la goutte aiguë. D'après lui les purgatifs faibles, donnés pendant l'accès de goutte simple, régulière, même sur son déclin, peuvent rendre la goutte anormale ou la faire remonter; les purgatifs forts ont, naturellement, un effet analogue encore plus marqué.

Mais, dans les attaques de goutte irrégulièrement prolongées, les purgatifs employés avec modération lui semblent d'une certaine utilité, à condition que les sujets ne soient pas affaiblis par l'âge ou par quelque autre circonstance. Enfin, il pense que des purgatifs appropriés, tels que la i^hubarbe ou la magnésie, peuvent être utiles, dans les intervalles des accès de goutte, pour éloigner le retour de ces accès.

Nous pensons qu'il ne faut pas s'effrayer de l'action des purgatifs dans le cours de l'attaque de goutte ; mais il ne faut pas non plus compter sur ces remèdes pour modifier heureusement l'accès.

Si les symptômes d'embarras gastrique sont très accusés, si la bouche est mauvaise et amère, s'il existe des nausées, de la constipation, il ne faut pas reculer devant l'emploi d'un éméto-cathartique.

Si, d'autre part, le foie est tuméfié, douloureux, qu'on observe une teinte jaune de la face et des conjonctives, l'emploi des mercuriaux, du calomel à petites doses ou des pilules bleues est indiqué; la scammonée.l'eau-de-vie

MÉDICATIONS SYMPTOMATIQUES

allemande pourront être aussi prescrites en pareil cas.

Ce qui est plus important, c'est, dans l'intervalle des accès, de maintenir la liberté du ventre et d'empêcher la constipation qui est la tendance habituelle des goutteux. A cet effet, les laxatifs comme la rhubarbe, le soufre, la crème de tartre, le cascara-sagrada, sont les médicaments auxquels nous avons recours.

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