‹ Traitement de la goutteChapitre 13 sur 37 · XIII. — s^uctorificfues et diurétiques · texte numérisé non relu

XIII. — s^uctorificfues et diurétiques

Sydenham condamne les sudorifiques au même titre que les purgatifs. « Le célèbre aphorisme d'IIippocrate, déclare-t-il, où il est dit qu'on ne doit purger que les matières qui ont subi une coction suffisante et non pas celles qui sont encore crues, est aussi vrai quand il s'agit de provoquer la sueur que quand il s'agit de purger. »

« Dans la goutte, ajoute-t-il, c'est moins l'office du médecin que l'ouvrage de la nature de procurer la sueur. »

La plupart des autres auteurs conseillent, au contraire, l'emploi des diaphorétiques. Gheyne et Quarin prescrivaient les fleurs de soufre qui ont, en outre, l'avantage de maintenir le ventre libre. Prévotius recommande la décoction de gaïac; Werhlof, la décoction de racines d'aristoloche ; Huneelaver a vu la décoction de racines de genévrier réussir dans les affections goutteuses froides et tenaces. Thonerus dit avoir guéri par l'usage de la décoction de bois de sassafras un cas

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de goutte vague articulaire qui tenait le malade au lit depuis quatre mois.

Barthez pense que les diaphorétiques sont nuisibles dans l'attaque de goutte régulière, où l'on a lieu de craindre, dit-il, qu'ils ne portent la goutte à l'intérieur du corps. Mais il les juge très indiqués dans les cas de goutte accompagnée « d'une acrimonie manifeste des humeurs », quand elle succède à la rentrée des dartres ou autres maladies de la peau. Il conseille dans ces cas le soufre et la décoction de racines et de bois sudorifiques, les racines de patience et de salsepareille. « Cependant, ajoute Barthez, il faut éviter avec soin que les sueurs ne soient pas trop excitées chez les goutteux dont la constitution est usée et qui sont sujets, dans leurs attaques de goutte prolongée, à de l'abattement des forces et à de la diarrhée. »

(iarrod est partisan de l'emploi de l'acétate d'ammoniaque, dont il facilite l'action par l'ingestion d'une grande quantité de liquides.

L'emploi des sudorifiques nous semble, sinon dangereux, au moins inutile. Il est indispensable de maintenir le libre fonctionnement des sécrétions cutanées chez les goutteux à l'aide d'excitants externes, de frictions sèches, d'un exercice modéré; mais nous ne voyons pas la nécessité d'exagérer la production de la sueur par des médicaments qui doivent avoir pour conséquence forcée une diminution toujours défavorable de la sécrétion urinaire.

La voie rénale est en effet la voie naturelle pour l'excrétion de la matière goutteuse, comme disaient les anciens. Ace titre, les diurétiques nous paraissent bien mieux indiqués que les sudorifiques.

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Autrefois, on employait surtout la décoction de bourgeons de sapins, de tiges de douce-anière, de racines de bardane, etc. Galien ordonnait aux goutteux la décoction de racines de persil dans le vin. Aujou)-d'bui, on a plutôt recours aux sels de potasse, acétate, tartrate, citrate, azotate, bicarbonate, administrés à petites doses.

On peut y ajouter le lait, dont l'utilité dans la goutte a été diversement appréciée par les auteurs. Déjà Pline et Celse le recommandaient dans les maladies articulaires. Hoffmann déclare que le lait d'ânesse est le spécifique de la goutte.

Mais ici encore il faut citer Sydenham; car nul n'a mieux indiqué en même temps les avantages et les inconvénients de la diète lactée chez les goutteux. « Depuis vingt ans, dit Sydenham, on s'est mis dans l'usage de prescrire le lait aux goutteux pour toute nourriture, en y ajoutant seulement une fois le jour un peu de pain. Le lait se prend cru ou cuit. Ce régime a mieux fait que tout le reste à la plupart d'entre eux, tant qu'ils s'y sont tenus régulièrement; mais dès qu'ils s'en sont écartés le moins du monde pour retourner aux aliments ordinaires, quelque légers et salutaires qu'ils fussent d'ailleurs, la goutte est revenue avec plus de fureur que jamais; car le tempérament ayant été affaibli par la diète lactée, il se trouve encore moins en état qu'auparavant de résister à la maladie, qui en est devenue plus longue, plus violente et plus dangereuse. L'avantage passager que retirent du lait ceux qui s'en accommodent, vient de ce qu'il adoucit le sang et en tempère l'àcreté, et surtout de ce qu'étant une nourriture très légère, il empêche le bouillonnement des

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humeurs que produit l'accès de goutte. Mais d'un autre côté, le laitue convient pas à tout le monde; et pour ce qui est de ceux à qui il convient, il ne les exempte de la goutte que durant le temps qu'ils en usent pour toute nourriture, et non au delà. Car, comme il ne remédie pas à la cause antécédente et primordiale de la maladie, qui est la faiblesse de digestion, et qu'il l'augmente au contraire, il devient plus nuisible à cet égard qu'il n'est utile par sa qualité d'adoucir l'àcreté des humeurs. »

Werhlof repousse aussi la diète lactée, quand la goutte est régulière et qu'on jouit d'une bonne santé dans l'intervalle des accès. Mais cette diète, d'après lui, peut être salutaire quand les accès sont irréguliers et très prolongés. Zimmermann croit que le lait est contreindiqué chez les goutteux qui ont de la tendance à un état spasmodique ou languissant de l'estomac.

Barthez n'est pas non plus très favorable à la diète lactée. Pour lui, la plus commune des contre-indications est une altération des forces ou des fonctions de l'estomac, analogue à celle qu'on observe chez les hypocondriaques. Dans ce cas, le lait, étant mal digéré, fatigue et affaiblit les organes digestifs où il cause des distensions flatueuses. D'après le même auteur, ce régime, chez beaucoup de goutteux, empêcherait le développement des attaques régulières de goutte et produirait fréquemment des déterminations viscérales.

Garrod semble peu enthousiaste de l'emploi du lait dans la goutte. Voici d'ailleurs tout ce qu'il en dit : « Le régime lacté a rendu de grands services dans plusieurs cas, surtout chez des individus jeunes et forts; chez d'autres, au contraire, il a complètement échoué, et chez les vieillards il pourrait être nuisible. »

MÉDICATIONS SYMPTOMATIQUES /i

Nous aurons à revenir plus loin, à propos du régime ' des goutteux, sur l'utilité du lait. Disons, dès à présent, que la goutte ne saurait contre-indiquer l'emploi du laitcommemédicanient diurétique, quandlesindications de celte médication sont nettement posées, et que nous n'hésitons pas à le prescrire comme tel aux goutteux cardiaques, albuminuriques ou atteints de congestion hépatique. Mais la diète lactée ne peut pas être préconisée comme alimentation exclusive des goutteux à aucun moment de la maladie, ni regardée comme un mode de traitement de la goutte.

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