‹ Traitement de la goutteChapitre 14 sur 37 · XIV. — a^es calmants et l'opium · texte numérisé non relu

XIV. — a^es calmants et l'opium

Le colchique, nous l'avons dit, est le véritable calmant de l'accès de goutte. Mais l'action du colchique n'étant pas immédiate, il peut se présenter des cas oiî l'acuité des souffrances, l'agitation nerveuse excessive, l'insomnie, réclament l'emploi de moyens adjuvants. Les préparations opiacées, la belladone, la jusquiame, le chloral, le bromure de potassium, l'antipyrine, trouvent en pareil cas leur indication.

Est-il permis d'en user sans crainte et sans inconvénient?

Aucune objection ne s'élève contre l'emploi de la belladone et de la jusc[uiame. Le chloral est très utile et procure souvent un calme des plus rapides (Moleschott). Nous le prescrivons volontiers comme calmant à la dose de 3 à 4 grammes. Le bromure de potassium donne aussi de bons effets dans les cas d'agitation inces-

sanle, empêchant tout sommeil. L'antipyrine ne présente pas d'inconvénients et, à la dose de 3 à 4 grammes par jour, elle modère l'intensité des douleurs.

Mais c'est sur l'emploi des véritables narcotiques, les préparations opiacées et en particulier la morphine, que portent les discussions. De tout temps, l'emploi de l'opium dans la goutte a été généralement désapprouvé, depuis Alexandre de Tralles, qui le condamne formellement, jusqu'à Sydenham, qui ne permet une dose de son laudanum que lorsque la douleur est devenue intolérable.

« Les narcotiques, dit CuUen, diminuent sûrement les douleurs, mais quand on les donne au commencement du paroxysme, ils les font revenir avec plus de violence. » Garrod est du même avis ; à moins que les douleurs ne soient excessives, ou qu'il n'y ait lieu de craindre quelque complication du côté du système nerveux, il rejette l'emploi des opiacés et recourt de préférence à d'autres moyens.

Mais d'autres auteurs n'hésitent pas à recommander les opiacés, Gheyne, Wurner, Barthez et surtout Scudamore. Celui-ci vante surtout les gouttes noires; quant à la quantité, elle doit être, d'après lui, proportionnée à l'intensité de la douleur et il fait à ce propos cette remarque essentiellement juste, que la douleur modifie d'une manière si puissante l'influence de l'opium sur le système nerveux, qu'il peut être administré aux doses les plus hardies sans le moindre inconvénient, quand la douleur est extrême. Scudamore conseille aussi les poudres de Dower et de James.

Il faut néanmoins, dit-on généralement, tenir compte du fait signalé par ïodd, c'est-à-dire de l'intolérance

MÉDICATIONS SYMPTOMATIQUES 'O

pour l'opium des sujets atteints de lésions profondes des reins, lésions si communes chez les goutteux. L'existence du petit rein contracté serait une contre-indication à l'emploi des préparations opiacées; même à. doses très faibles, elles peuvent avoir des résultats inattendus et amener des accidents comateux inquiétants.

Depuis des années que nous employons la morphine chez les albuminuriques, nous n'avons jamais, même chez des individus atteints d'atrophie rénale à la période ultime, observé d'accidents de ce genre. Mais en admettant la restriction de Todd, qui ne s'applique d'ailleurs qu'à la goutte déjà ancienne, bien qu'à notre avis il n'y ait pas lieu de s'en préoccuper outre mesure, nous ne voyons aucune raison valable chez un goutteux jeune, non albuminurique, de laisser le malade livré aux tortures d'une douleur que nous ne saurions considérer, avec Sydenham, « comme le remède désagréable de la nature et une sécurité pour la vie ». S'il existe surtout en même temps une agitation nerveuse générale, de l'insomnie, si les remèdes ordinaires ne suffisent pas, nous n'hésitons pas à faire une injection sous-cutanée de chlorhydrate de morphine, qui calmera l'excitation nerveuse et les phénomènes douloureux ; nous n'avons jamais vu la moindre perturbation dans le processus goutteux proprement dit résulter de cette pratique.

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