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XV. — médîcatîon topique

La médecine des anciens n'était pas moins prodigue de remèdes externes que de médicaments internes contre les douleurs et les déformations de la goutte.

On trouvera dans la Médecine pratique de Rivière une longue liste de ces différents topiques, émoJiients et calmants.

De tout temps, pourtant, on a connu et signalé les dangers des applications locales dans le traitement de la goutte articulaire, et si Pline cite le cas d'un goutteux qui guérissait son accès en plongeant ses jambes jusqu'au-dessus des genoux dans un tas de blé, il rapporte aussi l'histoire d'Agrippa, lequel, étant cruellement tourmentç de la goutte aux pieds, perdit tout sentiment et tout mouvement des extrémités inférieures en mettant ses jambes dans du vinaigre chaud au plus fort de l'accès.

On peut diviser en quatre groupes les moyens locaux préconisés contre la goutte aiguë : topiques émollients et calmants, topiques irritants, topiques froids, topiques chauds, en y ajoutant un cinquième groupe pour les topiques employés contre la goutte chronique.

1° Topiques calmants. — Le cataplasme tient le premier rang parmi les applications émollientes. Sj^denham employait un cataplasme faitdepain blanc et de safran bouilli dans du lait auquel on ajoutait une petite quantité d'huile de roses. Barthez conseille la pulpe de raves cuites appliquée toute chaude, ouun cataplasme préparé avec les feuilles de jusquiame, la graine de lin et du lait.

D'après Amatus Lusitanus, le meilleur topique calmant est le lait sortant de la mamelle d'une chèvre et qu'onfaitcouler au-dessusde l'articulation douloureuse. Barthez recommande encore d'appliquer sur la partie souffrante une vessie à demi pleine de lait tiède auquel on aura ajouté une dose convenable de laudanum liquide.

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Le calaplasnie. aussi bien que les divers Uni mon ts calmants à la belladone, à l'atropine, au chloroforme, etc., sont parfaitement inoffensifs, au point de vue des accidents métastatiques que certains redoutent de leur emploi. Mais il ne faut pas en abuser, et tous les auteurs ont indiqué que l'usage trop prolongé des émollients est ordinairement suivi de la raideur des jointures, qu'il y laisse un état de faiblesse et de sensibilité parfois permanent. Baglivi les rend même responsables de la formation des tophus et les accuse d'en favoriser le développement.

Les applications opiacées ne seraient pas aussi innocentes que les autres liniments calmants, si l'on en juge par le fait que rapporte Barthez. Un de ses amis, souffrant cruellement de la goutte, appliqua sur le pied affecté de la thériaque qui calma sur-le-champ la douleur, mais deux heures après, le malade fat pris d'une suffocation avec perte de connaissance, des suites de laquelle il aurait péri, dit Barthez, si l'on n'eût rappelé la goutte aux extrémités par des moyens convenables; Nous devons dire que nous restons très sceptique au sujet de l'interprétation et de la filiation de ces accidents dits métastatiques, que les anciens observaientsi souvent et que nous n'avons jamais pu constater par nous-méme.

2° Topiques irritants. — Les deux principaux sont le moxa et le vésicatoire. Hippocrate faisait brûler du lin cru sur les points douloureux. Les Chinois, d'après Kempfer, font de même brûler un moxa fait avec une espèce d'armoise, à la surface des parties affectées de douleur goutteuse. Cette pratique du moxa a été fort recommandée par W. Temple contre les douleurs de la goutte ou de la sciatique.

C'est une pratique abandonnée, et le vésicatoire est beaucoup plus usité. Todd etCîarrod sont d'accord pour le recommander de petites dimensions, ne dépassant pas le diamètre d'une pièce de cinq francs par exemple. Todd emploie les vésicatoires dans les accès de goutte aiguë avec inflammation vive. Garrod dit qu'ils sont surtout utiles dans la goutte asthénique quand l'indammation tend à se fixer sur les jointures, et à y produire des épanchements. 11 les repousse absolument dans la goutte ancienne, surtout quand il existe des dépôts tophacés volumineux.

Les vésicatoires ne nous ont jamais paru donner que de mauvais résultats dans la goutte aiguë. Ils ne diminuent ni la douleur ni la durée de l'accès. Ils provoquent parfois une suppuration très difficile à tarir. Nous n'y avons recours que lorsque la fluxion articulaire s'accompagne d'une hydarthrose considérable, comme cela s'observe assez souvent aux genoux.

Les badigeonnages de teinture d'iode que recommandent quelques-uns ne produisent pas de meilleurs effets dans l'accès aigu. Ils ne calment nullement l'intensité de la fluxion goutteuse et ils nous ont paru plutôt augmenter la douleur que la diminuer;

3° Topiques froids. — Les applications froides comptent un certain nombre de partisans, parmi lesquels on peut ranger Ilippocrate et Galien, qui s'accordent à dire que l'eau froide versée abondamment sur les tumeurs goutteuses des articulations y soulage la douleur en y produisant un engourdissement modéré.

Martianus prétend de même que les topiques froids, en fortifiant la partie affectée, aident la coction et l'expulsion de l'humeur goutteuse, qu'en retenant ce

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que cette humeur a de plus fluide et l'empêchant de la dissiper ils préviennent la formation des tophus.

Pechlin rapporte qu'un goutteux se délivra de ses douleurs en frottant ses pieds avec de la neige et en marchant ensuite dans la neige. Musgrave a vu aussi que rimmersion des pieds dans l'eau froide, quoique très souvent pernicieuse dans l'attaque de goutte, a eu chez plusieurs personnes l'effet de la dissiper très promptement.

Enfin Loubet a éprouvé sur lui-môme les bons effets de l eau froide. Dans une attaque de goutte, en proie à de grandes souffrances, il se détermina à mettre les pieds et les jambes dans l'eau froide où il les laissa jusqu'cà ce que l'eau fût dégourdie.

Après s être fait essuyer, il se mit au lit et s'endormit profondément. S'étant réveillé avec une transpiration abondante qui dura plus de quinze heures, il se trouva guéri et marcha le lendemain sans éprouver la moindre douleur.

Malgré ces quelques faits favorables, nous croyons qu'on ne devra guère être tenté de recourir à l'emploi des topiques froids et qu'on imitera sagement la prudence de Loubet qui, en dépit de l'heureux résultat constaté sur lui-même, n'osa jamais plus employer ce moyen dans d'autres occasions.

L'appréciation suivante deScudamore doit être tenue pour exacte et jugeant sainement la question. « En vérité, dit-il, d'après tout ce que j'ai pu acquérir de la pratique d'appliquer l'eau froide, le soulagement n'est jamais si certain que le danger, et je puis énumérer beaucoup de cas où les malades ont été alarmés à temps par un spasme subit à l'estomac et au diaphragme;

et des exemples attestés de danger peuvent être rapportés en grand nombre. Quelques morts subites ont été aussi certainement la conséquence de ces applications. La sensation immédiate de soulageiTient est souvent suivie d'engourdissement, d'une augmentation de gonflement et de malaises plus persistants dans les parties musculaires et tendineuses. »

40 Topiques chauds. — La chaleur compte plus de partisans que le froid. On l'a utilisée sous forme de pédiluves, de bains de vapeur, de fomentations, d'enveloppement dans la ouate ou la laine.

Les bains de pied dans l'eau tiède ou médiocrement chaude peuvent être fort utiles, d'après Barthez, dans les violentes douleurs de la goutte ; Tissot recommande aussi ce moyen. Mais Scudamore déclare que les pédiluves chaudes sont inadmissibles lorsqu'il existe des phénomènes inflammatoires. Il cite le cas d'une dame qui, la quatrième nuit du paroxysme, prit un bain de pieds chaud ; l'un des pieds fut très enflammé et très enflé au bout de dix minutes d'immersion et presque aussitôt la goutte quitta le pied pour se porter dans la même nuit sur les genoux, les coudes et les poignets ; dans le cours de cet accès qui fut d'une longueur inusitée, la goutte ne revint plus au pied. Scudamore conseille, si l'on veut entretenir la propreté et la douceur des parties affectées, de préférence à l'immersion dans l'eau chaude l'usage répété d'une éponge imbibée d'eau tiède.

Les bains locaux de vapeur d'eau chaude qu'on retient sous une couverture suspendue au-dessus des jointures atteintes, sont recommandés par Barthez, Barry, etc. Ces bains de vapeur sont suivis d'une transpiration

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locale abondante et d'une augmentation de gonflement des parties douloureuses, ce qui modère la douleur. Percy conseille de préparer le bain avec une décoction de fleurs de foin à laquelle on ajoute du soufre.

Les bains de vapeur proprement dits, tels qu'on les obtient en échauffant l'air au moyen de la combustion de l'alcool, donnent lieu aussi à une transpiration abondante et peuvent être utiles dans quelques cas.

Trousseau conseille les fumigations de tabac, non il est vrai pendant les accès, mais dans l'intervalle des attaques pour en prévenir le retour. Tous les huit jours, à partir du moment où l'accès est passé, le malade expose les articulations qui ont été prises à la fumée de feuilles de tabac brûlées sur un réchaud. La chaleur doit être vive; cette fumée est reçue dans de gros bas ou dans des couvertures de laine dont on enveloppe les membres affectés.

Enfin, la plupart des auteurs se contentent pendant l'accès de maintenir les jointures enflammées enveloppées dans de la ouate ou de la flanelle recouverte d'une toile cirée ou de taffetas gommé. C'est la seule application admise parCullen, « Il n'est, dit-il, aucune application externe faite sur les parties affectées pendant le paroxysme qui soit entièrement exempte de danger, et la pratique commune de recommander uniquement au malade la patience et l'usage de la flanelle est très bien fondée. »

Toutefois Scudamore aurait retiré de bons effets du moyen suivant qu'il a employé avec succès dans plus de cent trente cas de goutte. 11 se sert d'un mélange composé d'une partie d'alcool et de trois parties de mixture camphrée, et additionné d'une suffisante quan-

tité d'eau chaude pour obtenir la tiédeur convenable. Ce mélange est appliqué sur les jointures au moyen de compresses en six ou huit doubles, maintenues constamment humides. Dans aucun cas l'usage de cette lotion ne paraît avoir eu de tendance à produire la rétrocession ;

50 Topiques résolutifs. — Innombrables sont les topiques vantés contre la goutte articulaire chronique et en particulier contre les tophus. Nous nous bornerons à en indiquer quelques-uns qui sont parfois aussi extraordinaires qu'inutiles.

Van Swieten faisait des onctions avec l'huile de térébenthine ; Fournier et Laugier ont conseillé diverses applications dont la base est le sel de tartre dissous dans un véhicule approprié. D'autres préfèrent des fomentations, avec une dissolution de carbonate de soude; ceux-ci emploient l'acide phosphorique dilué dans l'eau; ceux-là le baume de soufre antimonié d'Hoffmann.

Quarin se servait des cataplasmes de savon cuit auquel on ajoutait du camphre, Liger de savon combiné avec le beurre de cacao mis en pâte, qu'on peut adapter aux bas et aux gants. Galien conseillait l'usage de la poudre d'écaillés d'huîtres calcinées, ou l'application de fromage devenu âcre et fétide qu'il regardait comme spécifique pour dissoudre les tophus, etc.

Scudamore, se fondant sur la solubilité de l'acide urique dans une solution de potasse, préconise un mélange de parties égales de cette solution potassique et de lait d'amandes récemment préparé, dont on frictionne la partie malade deux à trois fois par jour. Il dit que dans trois cas de tophus récents, les concrétions, qui

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étaient visibles à travers la peau, ne tardèrent pas sous l'influence de cette médication h disparaître complètement.

11 nous resterait à parler du massage et de l'électricité. Comme dans toute affection articulaire, le massage est très utile pour rendre l'élasticité aux jointures raidies par une attaque de goutte prolongée et pour combattre l'atrophie musculaire qui accompagne l'arthrite goutteuse. Pour noire compte, nous y avons souvent recours avec avantage, surtout dans les cas où il persiste un épanchement articulaire plus ou moins tenace ou de l'œdème péri-articulaire.

Les indications de l'électricité sont les mêmes comme traitement des troubles musculaires qui peuvent suivre un accès de gouLte. Mais' elle a été conseillée, en outre, comme moyen direct de modifier l'état de la jointure goutteuse. Sans parler de l'observation rapportée dans le Casper Wochensclirift, 1840, où une douleur goutteuse de l'index qui persistait depuis trois mois, fut guérie en vingt-quatre heures par la décharge électrique d'une torpille achetée au marché, Remak et Benedikt ont préconisé l'emploi des courants continus contre la goutte aiguë. iMais ils sont d'accord pour n'en recommander l'usage que lorsque l'état fébrile est tombé. Benedikt n'emploie même l'électricité que lorsque la ■douleur a cessé, dans les cas d'ankylose ou d'œdème persistant.

Onimus et Legros disent toutefois avoir, dans deux icas de goutte aiguë, calme la douleur et fait disparaître lie gonflement par l'application de courants con- Itinus.

Faut-il admettre, que dans ce cas, le courant agit

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directement en produisant une décomposition chimique de l'urate de soude? Ou l^ien l'action est-elle indirecte, l'électricité réveillant et excitant la vitalité des parties affectées et favorisant ainsi la résorption de l'urate de soude épanché?

Nous avons eu recours souvent à l'électricité pour combattre les tuméfactions chroniques des jointures avec ou sans tophus et dans plusieurs cas nous avons noté, par une mensuration régulière, une diminution marquée du gonflement articulaire.

Nous devons avouer toutefois que, malgré une application continuée avec persévérance, les courants galvaniques ne nous ont pas donné des résultats complètement satisfaisants.

Dans ces derniers temps, une nouvelle application de l'électricité au traitement de la goutte a été imaginée par Edison. Le grand électricien américain a pensé que l'on pourrait faire pénétrer h travers les téguments une substance transportée par le courant électrique, par exemple, du lithium destiné à agir sur les infdtrations goutteuses.

Il a d'abord vérifié que le lithium passe bien par ce moyen dans l'organisme. Un jeune homme de vingt ans servit à l'expérience. Une des mains était plongée iusqu'au poignet dans une solution de chlorure de lithium, l'autre dans une solution de chlorure de sodium. La solution de chlorure de sodium fut mise en communication avec le pôle négatif d'une batterie, tandis que le pôle positif était en rapport avec la solution lithinée. La force du courant étant de 4 milliampères, on fit pendant huit jours une séance quotidienne de deux heures. La lithine fut recueillie dans les urines, puis dosée réguliè-

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renient. Le total de lithium recueilli pendant ces huit jours fut de 35 centigrammes.

L'expérience fut alors répétée chez un goutteux de soixante-dix-sept ans, présentant un gonflement considérable avec tophus des doigts de la main. Le malade pouvait supporter un courant de 20 milliampères. Les séances furent de quatre heures chaque jour, elles furent continuées pendant dix jours. Au bout de ce temps, le gonflement des doigts avait diminué de près de 2 centimètres, la douleur avait cessé et l'état général s'était amélioré.

M. Labatut, de Grenoble, a repris les expériences d'Edison. Il a véiifié comme lui le passage du lithium dans l'urine au moyen d'un courant de 40 milliampères. D'autre part, il a constaté qu'un calcul d'acide urique introduit sous la peau d'un lapin avait perdu un quart de son poids après dix jours d'application intermittente d'un courant de 10 milliampères. Enfin, un goutteux atteint de tophus à la main droite et ne pouvant se servir de cette main fut traité par un courant de 35 milliampères, chaque jour pendant une heure. Au bout de six jours, il y avait une amélioration considérable et le malade pouvait écrire sans difficulté.

Il y a là un nouveau mode d'emploi des courants électriques qui, d'après ces quelques tentatives, mériterait d'être expérimenté avec attention.

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