XVI. — Saignée locale et générale
Ce chapitre n'est ici que pour mémoire, car, locale ou générale, la saignée doit être, à notre avis, bannie du traitement de la goutte articulaire.
Telle n'était pas l'opinion des anciens qui, dans la goutte comme dans les autres maladies, usaient et abusaient de la saignée. Rush, Huxham, de Ilaen, Hoffmann, Musgrave en sont nettement partisans. Musgrave disait que "par la saignée on détermine chez les sujets sanguins et pléthoriques la fermentation du sang qui doit produire l'accès de goutte, de même qu'il faut vider un peu les tonneaux qui sont trop pleins de moût pourquelafermentationpuisses'yfaireconvenablement.
Même Sydenham et Gullen, qui ne sont guère partisans d'un traitement actif de la goutte, admettaient la saignée générale. Ils y mettaient cependant quelques réserves. « Si le malade est jeune encore, dit Sydenham, s'il est échauffé par des excès alcooliques, on pourra tenter la saignée au commencement de l'accès. Mais il faut éviter de l'employer constamment dans les accès qui viendront ensuite; autrement, il pourrait arriver que la -outte prît racine même chez déjeunes sujets et que, conséquemment, elle devint non plus un maître mais un tvran. » Gullen dit à peu près de même, que chez les individus jeunes et vigoureux, lorsque la maladie est à son début, on peut essayer par la saignée de modérer l'inflammation; mais il pense comme Sydenham qu'on ne pourrait sans danger en répéter souvent l'emploi.
MÉDICATIONS SYMPTOMATIQUES
Barthez s'exprime encore presque dans les mêmes termes. Les émissions sanguines doivent être employées chez les sujets pléthoriques qui se sont livrés à la bonne chère et aux boissons spiritueuses, mais il ne faut pas abuser de la saignée qui, en affaiblissant trop, « pourrait rendre irréguliers les mouvements de la goutte ».
D'après Scudamore, la saignée générale est entièrement inutile pour enrayer l'action inflammatoire locale et elle n'apporte aucun soulagen^ent à l'accès de la goutte. Elle lui paraît toutefois commandée contre l'état inflammatoire général et dans les cas où il existe une phlegmasie de quelque organe interne.
Malgré sa théorie de la pléthore veineuse, Gairdner est absolument opposé à l'emploi des grandes saignées, sauf quand il existe une inflammation interne. Mais il conseille, à l'exemple de Parry, les petites saignées, de 4 à 6 onces, elles remplacent pour lui avec avantage les purgatifs. Gairdner croit que de pareilles saignées sont plutôt toniques que débilitantes, elles rétablissent le fonctionnement du foie et des reins gêné par une réplétion trop grande. Jointes à un régime convenable, elles pourraient même prévenir les attaques de goutte. « Cependant, ajoute-t-il, c'est un moyen dont il ne faut pas abuser; on doit le rejeter chez les goutteux épuisés, même quand il y aurait évidence de pléthore. »
Todd condamne absolument les émissions sanguines; elles provoquent, d'après lui, la dépression et, par suite, la tendance aux métastases. Une saignée intempestive peut même provoquer un accès de goutte, et Tôdd rapporte l'observation d'un malade qui, à plusieurs reprises, fut pris d'une attaque articulaire après
TRAITEMEN'l' DE LA. GOUTTE
avoir été saigné au Ijras. D'autres exemples avaient, d'ailleurs, été cités par les anciens. Dominique Sala a vu une saignée du bras transporter du pied au bras la douleur goutteuse. Paulmier a vu la saignée du bras produire une goutte remontée.
Enfin, Garrod, qui repousse aussi la saignée, n'admet pas qu'on retire plus de iSO à 200 grammes de sang dans les cas où on croit utile de combattre un état de pléthore trop accusé. « Jamais, dit-il, on ne doit perdre de vue que toute émission sanguine qui dépasserait le but aurait pour effet, presque à coup sûr, d'aggraver la maladie et d'en prolonger la durée. »
Quant aux saignées locales, faites h l'aide de sangsues ou de ventouses scarifiées appliquées sur la jointure affectée, recommandées par Hoffmann, par Barthez, par CuUen, elles sont aujourd'hui proscrites par la plupart des auteurs. Scudamore, Todd, Garrod conseillent de s'en abstenir.
Elles ne produisant d'abord en effet aucun soulagement local.
En deuxième lieu elles peuvent être l'origine de complications érysipélateuses ou phlegmoneuses au point d'application.
Très souvent elles ne font que provoquer le déplacement de l'attaque articulaire qui se porte sur une autre jointure.
D'après Todd elles déterminent en outre, comme conséquence ultérieure, une faiblesse permanente des parties affectées.
Enfin Garrod a rapporté l'histoire de deux goutteux, chez qui les genoux furent rapidement frappés d'ankylose complète après deux ou trois attaques de
MÉDICATIONS SYMPTOMA'I'IQUBS
goutte. Or, dans les deux cas on avait chaque fois combattu l'arthrite par l'application de nombreuses sangsues sur les jointures enflammées.
En somme la saignée locale est nuisible dans la goutte articulaire. La saignée généi'ale est inutile.
Nous n'admettons l'emploi des émissions sanguines locales que dans le cas de goutte musculaire ou névralgique. En pareil cas l'application de ventouses scarifiées au niveau de la nuque, sur la région lombaire, sur les parois thoraciques, au niveau du sciatique, amènent souvent un soulagement rapide.