XVII. — Médication tonique
L'utilité de la médication tonique dans la goutte, soit dans la convalescence de l'attaque aiguë, soit dans la goutte chronique, alors que l'organisme s'afl'aiblit, que les globules rouges diminuent, qu'un véritable état anémique et cachectique s'établit, a été reconnue par tous les médecins. Les martiaux, les toniques stomachiques, le quinquina, l'arsenic, tels sont les médicaments habituellement employés.
Garrod considère les préparations ferrugineuses comme le plus souvent contre-indiquées parce que, employées sans discernement, elles peuvent provoquer des accès de goutte. Il reconnaît cependant leur avantage dans les cas compliqués d'atonie des organes et d'appauvrissement du sang.
Pour notre part, nous préférons nous exposer à déterminer des attaques de goutte franche, plutôt que de
TRAITEMENT DE h\ GOU'I'TE
laisser, par une débilitalion progressive et générale, s'établir les accidents graves de la goutte viscérale. Aussi n'hésitons-nous jamais à prescrire le fer toutes les fois que des attaques longues et répétées onl déterminé un état anémique avec affaiblissement de toutes les fonctions.
Gullen conseille l'oxyde de fer à haute dose, Garrod emploie de préférence le fer réduit par l'hydrogène ou le carbonate de fer dissous dans l'eau par un excès d'acide carbonique.
La meilleure manière d'administrer le fer dans la goutte nous parait être l'usage des eaux naturelles ferrugineuses, celles d'Orezza, de Bussang en particulier. Quand on ne peut recourir à ces eaux nous donnons le tartrate ferrico-potassique ou l'albuminate de fer de Laprade.
On a essayé de trouver dans les sels de manganèse un succédané au fer. Haig a constaté que le manganèse augmente l'excrétion de l'acide urique. Duckworth admet que les sels de manganèsepeuvent être utiles dans la goutte chronique, à la dose de 15 à 50 centigrammes de sulfate ou de peroxyde de manganèse. — Nous ne voyons guère l'utilité de recourir à ce succédané qui n'a pas l'action certaine du fer sur la reconstitution du sang.
. Quand on ne croira pas devoir prescrire les préparations ferrugineuses, c'est à l'arsenic qu'il faut s'adresser. Son action comme tonique nerveux est bien établie. Chez les neurasthéniques goutteux, chez ceux dont le cœur est lésé ou affaibli, il peut être substitué au fer avec avantage.
Les stomachiques étaient regardés par les anciens
\ MÉDICATIONS SYiMPTOMATIQUES o.'
comme de véritables préservatifs de la goutte. On en a la prouve dans la composition de la poudre de l'ortland, qui n'était, comme nous l'avons vu, qu'un mélange de plantes amères. Barthez conseille surtout la racine de gentiane et le quassia, qui pour lui et Quarin, peuvent être considérés comme des spécifiques anti goutteux. Mais ces auteurs sont d'accord pour recommander de ne pas prolonger indéfiniment l'usage des amers; l'abus serait surtout nuisible chez les sujets bilieux. D'après Brunner, l'usage habituel des amers ruine à la longue l'appétit, affaiblit les organes, et rend même les attaques de goutte plus fréquentes et plus fâcheuses chez les goutteux dont la sensibilité est extrême et qui sont fort agités par les veilles ou les moindres excès de boisson.
Nous prescrivons volontiers la teinture ou le vin de Colombo, les gouttes amères de Baumé,' et surtout les préparations de noix vomique ou même la strychnine.
Le quinquina a été aussi préconisé comme spécifique de la goutte; il y a là, comme pDur les amers, une exagération évidente. Le quinquina doit être donné comme tonique dans les mêmes circonstances que les stomachiques ou le fer. Il agit comme reconstituant général, mais nullement comme anti goutteux.
On peut en dire autant de la kola, qui dans ces derniers temps a acquis une certaine vogue.
L'alcaloïde du quinquina, le sulfate de quinine, trouve aussi son emploi dans les mêmes conditions (Gaurod). Trousseau et Becquerel le donnaient pendant l'accès aigu de goutte, associé au colchique et à la digitale.
D'après les expériences de Ranke, la quinine dimi-
nuerait la quantité d'acide urique excrétée. Bien que les analyses de Garrod ne confirment pas absolument cette manière de voir, on peut admettre que le sulfate de quinine agit pour une part dans la goutte en diminuant la formation de l'acide urique. Mais, à notre avis, c'est surtout comme tonique, à la manière du quinquina, qu'il doit être prescrit chez les goutteux affaiblis et sur la voie de la cachexie.
LES EAUX MINÉRALES DANS LA GOUTTE
Les goutteux forment la clientèle ordinaire des stations thermales. Les manifestations de la goutte étant innombrables, il serait difficile en effet de citer une eau qui, à un moment ou l'autre de l'évolution de la maladie, ne puisse leur convenir. Si l'on considère en outre que dans l'action d'une eau thermale il faut encore faire la part d'un certain nombre de conditions extrinsèques, le repos d'esprit, le changement de milieu et d'habitudes, l'influence de l'air et du climat, on reconnaîtra qu'il est psu de stations dont le goutteux ne puisse retirer quelque bénéfice.
Il est incontestable cependant qu'une eau minérale prescrite mal à propos peut être nuisible, et que dans la prescription d'un traitement thermal aussi bien que dans le choix d'une station, il importe d'obéir à des règles et à des indications aussi précises dans certains cas que pour l'administration d'un médicament.
Sans doute quand il s'agit de goutteux peu gravement atteints, ou encore dans cette période que nous avons appelée prémonitoire, on peut ne pas se montrer trop sévère et laisser au malade une certaine latitude
dans le choix d'une station dont les distractions et les plaisirs lui paraîtront plus conformes à ses goûts.
Mais quand la goutte est à sa période d'état, et surtout quand elle est arrivée à sa phase chronique avec tendance à la cachexie commençante, il n'y a pas cà tenir compte de ces considérations extra-médicales. Le médecin doit être seul juge de l'opportunité de telle ou telle cure minérale, et, dans le choix de cette cure, il doit savoir qu'une indication mal interprétée, une décision prise à la légère, peuvent avoir pour l'avenir de son malade des conséquences plus nuisibles qu'une abstention complète.
IN'on seulement il faut choisir parmi les diverses variétés d'eaux minérales, mais encore la môme cure ne saurait être prescrite indéflniment.
Telle cure qui une année aura donné les meilleurs effets, pourra l'année suivante devenir désastreuse, si l'état général du sujet s'est modifié ou s'il s'est produit des manifestations qui fournissent des indications différentes. Nous avons vu ainsi survenir, à la suite de cures répétées faites à Vichy ou à Carlsbad, des complications graves qui ne se seraient sûrement pas produites si des eaux moins énergiques avaient été conseillées.
Il est d'abord une règle générale à observer, lorsqu'il s'agit de goutteux articulaires, c'est d'attendre que les manifestations articulaires aient cessé pour conseiller une cure minérale. Il est même bon d'attendre qu'un certain temps se soit écoulé depuis l'attaque de goutte, car il est de règle que l'usage des eaux rappelle la fluxion articulaire.
On n'est pas tenu à la même réserve pour la plupart
LES EAUX JIINÉRALES DANS LA GOUTTE
des manifestations viscérales. Nous avons même vu souvent des céphalées, des entérites goutteuses, ne céder qu'à des cures thermales. Toutefois, s'il s'agit de crises néphrétiques, la même conduite ne s'impose que pour les crises articulaires ; il faut attendre la fin de la crise de coliques pour envoyer le malade à quelque station et uepas s'étonner de voir l'accès se reproduire sous l'influence de la cure prescrite. Un fait môme a signaler, c'est qu'une cure d'eau, conseillée pour une manifestation viscérale chez un sujet jusque-là indemne de tout accès de goutte proprement dit, devient parfois le point de départ d'une attaque articulaire qui met ainsi hors de doute la nature goutteuse de la localisation viscérale.
D'autre part les eaux peuvent encore provoquer des accidents qui nécessitent pendant la cure même une certaine surveillance.
Ainsi les eaux sulfatées et bicarbonatées déterminent des troubles gastro-intestinaux, perte d'appétit, diarrhée ou constipation avec ou sans fièvre ; d'autres fois ce sont des phénomènes d'excitation nerveuse, comme ceux qui résultent de l'emploi des eaux chlorurées ou ferrugineuses. Dans ces cas il est nécesssaire d'interrompre plus ou moins longtemps les eaux thermales, de peur de provoquer des complications qui iraient à l'encontre du but proposé. Mais ceci est moins du ressort du médecin ordinaire que du médecin de la station thermale.
Nous ne saurions passer en revue toutes les eaux qui peuvent être conseillées contre la goutte. Nous voulons nous borner à tracer les grandes lignes générales du traitement hydro-minéral de cette affection, en indi-
quant les points principaux qui doivent servir de guide dans le choix des principales stations.
Sans revenir sur les détails dans lesquels nous sommes entré dans notre Traité de la rjoutte, nous nous contenterons de rappeler les faits suivants.
Comme toute maladie chronique, la goutte parcourt dans son évolution trois phases successives : une phase de préparation, une période d'état, et une période de déclin ou de cachexie. Les deux premières phases sont caractérisées d'après nous par une suractivité de la nutrition cellulaire, qui a pour conséquence une formation anormale et exagérée d'urée, d'acide urique et de tous les produits de désassimilation. La troisième, qui survient plus ou moins vite, est la conséquence naturelle de cet excès de travail organique; elle est caractérisée par l'usure générale des tissus, par l'anémie sanguine et l'atonie fonctionnelle.
C'est surtout dans le maniement des eaux minérales que ces divisions doivent être surtout présentes à l'esprit, et elles doivent servir de hase aux indications du traitement thermal.
Aux deux premières périodes conviennent les eaux qui exercent une action modératrice sur le trophisme cellulaire; à la troisième seule doivent être réservées les eaux qui excitent et activent au contraire le travail de nutrition organique.
Ce sont là pour nous les deux indications fondamentales et opposées qui doivent dominer l'emploi du traitement hydro-minéral; on trouvera ensuite dans la prédominance de certaines localisations goutteuses les raisons qui décideront le choix du médecin pour les diverses stations qui ressortissent
LES EAUX MINÉRALES DANS LA GOUTTE 95
à l'une ou l'autre de ces deux grandes indications.
A ce point de vue, nous divisons les eaux minérales en deux groupes principaux :
1^' Les eaux alcalines, bicarbonatées et sulfatées sadiques ou calcaires, qui répondent à la première indication;
2° Les eaux chlorurées, ferrugineuses et sulfureuses qui répondent à la seconde.
XVIIL — Eaux, minérales alcalines.
Tout ce que nous avons dit des alcalins, de leur mode d'action, et de leur mode d'emploi dans la goutte peut s'appliquer et s'applique surtout aux eaux minérales alcalines, bicarbonatées ou sulfatées.
Sans parler de leur action locale pour ainsi dire sur l'estomac, sur le foie, sur le pancréas, ces eaux ont, au point de vue spécial qui nous occupe, trois actions générales de premier ordre :
1° Une action modératrice sur la nutrition cellulaire;
2° Une action alcalinisante sur le sang ;
S*" Une action éliminatrice sur l'acide urique.
En modérant la suractivité fonctionnelle des cellules, elles entravent la formation excessive de l'acide urique.
En surchargeant le sang de bases alcalines, elles neutralisent l'influence nocive de l'acide urique qui, de l'état d'urate acide ou debiurate de soude, cause réelle de l'accès de goutte, passe à l'état d'urate neutre inoffensif.
En transformant le biurate en urate neutre plus
soluble, elles facilitent l'élimination rénale do l'acide uriqiic accumulé dans les tissus.
Cette triple action concordante explique et justifie l'efficacité unanimement reconnue des eaux alcalines dans le traitement des phases actives de la goutte.
Elle fournit en même temps la contre-indication de ces mômes eaux et la raison des dangers qu'entraîne leur abus ou leur emploi à la période de déclin ou de cachexie de la maladie.
A. — Bicarbonatées sodiques et calcaires.
La première et la reine des eaux bicarbonatées sodiques est Vichy. Ses indications sont bien nettes et faciles à préciser.
Elle convient essentiellement aux deux .premières phases de la diathèse goutteuse, alors que la suractivité cellulaire existe dans toute sa plénitude et que les urines présentent les caractères que nous avons donnés comme critérium de l'hypernutrition goutteuse. Toutes les fois qu'on se trouve en présence d'un goutteux dont les urines sont d'une densité élevée et contiennent en excès de l'urée et de l'acide urique, que les manifestations soient articulaires ou viscérales, on ne doit pas hésiter à prescrire une cure à Vichy.
La goutte régulière articulaire à déterminations franches et nettement fluxionnaires, comme l'a dit Durand Fardel, est la vraie indication des eaux de Vichy. Elles sont surtout à conseiller quand, avec ces accès de goutte franche, coïncident des signes de catarrhe gastrique, de dyspepsie acide, quand les fonc-
LES EAUX MINÉRALES DANS LA GOUTTE
lions du foie et celles des organes digestifs sont particulièrement affectées.
A la période prémonitoire ou k la période d'état, du moment qu'elle existe chez des sujets forts, vigoureux, présentant tous les caractères apparents et réels de l'hypernutrition, la diathèse goutteuse est justiciable de Vichy.
Mais il n'en est plus de même dans la forme chronique de la goutte, et surtout à la période de déclin, quand l'organisme est affaibli secondairement ou d'une manière précoce.
Si Ch. Petit signale la cessation des douleurs subaiguës qui persistent plus ou moins longtemps à la suite d'une crise articulaire, si l'on voit parfois disparaître l'œdème qui accompagne d'ordinaire ces douleurs persistantes, de pareils effets sont plutôt l'exception. Les résultats sont encore plus incertains quand il existe des contractures anciennes des membres, des ankyloses plus ou moins complètes, des atrophies paralytiques. Dans tous ces cas, Vichy est à proscrire; c'est aux eaux chlorurées ou sulfureuses qu'il faut recourir.
Mais si l'effet d'une cure à Vichy est seulement problématique dans les cas de ce genre, il devient dangereux quand la goutte chronique se complique de manifestations viscérales. Certaines de ces manifestations, comme une affection cardiaque, contre-indiquent non seulement Vichy, mais toute cure minérale un peu active. D'autres, comme une lésion rénale ou hépatique, se trouveront mieux d'une eau bicarbonatée ou sulfatée calcaire faible.
Mais d'une manière générale, toute lésion viscérale «érieuse, pulmonaire, cardiaque ou rénale, chez un
'l'RAITEMENT DK LA GOUTI'E
goutteux atonique OU affaibli, doit faire proscrire Vichy au même titre que toutes les eaux bicarbonatées ou sulfatées sodiques fortes.
Les eaux de Vais ont une composition et une action à peu près sennblables à celles de Vichy, et leurs indications sont sensiblement les mêmes. Leur minéralisation en bicarbonate de soude est très riche, mais la thermalité plus élevée de Vichy lui assure une action plus énergique. Aussi doit-on réserver les eaux de Vais pour les goutteux qui ont à craindre une excitation trop prononcée, pour ceux qui, tout en présentant les signes de la vigueur et de la force, n'offrent pas cependant, à l'analyse des urines, les caractères d'une hypernutrition extrême. Gomme pour Vichy néanmoins, on aura recours à Vais chez ces sujets quand il s'agira de dyspepsie acide à combattre, de troubles hépatiques à modifier, d'urines sédimenteuses à éclaircir, de gravelleurique
à prévenir.
Lorsque la diathèse goutteuse commence à perdre de son intensité et que l'hypernutrition cellulaire fait place à un état d'épuisement, ce que dénote la teneur moindre de l'urine en urée et en acide uiique, quand les fluxions articulaires diminuent d'acuité et que des localisations viscérales tendent à apparaître, en même temps que s'accusent quelques symptômes d'anémie, il ne faut plus songer à envoyer les goutteux à Vichy ou à Vais.
Les bicarbonatées sodiques sont encore permises, mais il faut alors prescrire des sources moins minéralisées, les sodiques faibles comme celles d'Ems, de Bilin, de Neunahr, ou mieux les bicarbonatées mixtes de Royat, Saint-Nectaire, ou les bicarbonatées calcaires, comme les eaux de Fougues, d'Évian, de Buxton.
LES EAUX MINÉRALES DANS LA GOUTTE
Royat et Saint-Nectaire, qui sont des bicarbonatées mixtes, chlorurées et ferrugineuses, conviennent surtout dans les cas où la goutte, bien qu'ayant encore des recrudescences aiguës, a déjà perdu de son acuité, chez les goutteux à constitution délicate, dont la santé générale est déjà altérée, dont les accès sont plutôt douloureux que fluxionnaires (Durand-Fardel), mobiles, alternant avec des névralgies, des troubles dyspeptiques, de l'entérite muqueuse ou membraneuse, la sciatique, l'asthme. Roj^at trouve encore son indication dans les cas de goutte à manifestations cutanées, acné, pityriasis, psoriasis, eczéma sec.
Parmi les bicarbonatées sodiques faibles, on peut citer les eaux allemandes d'Ems, de Neunahr, de Bilin, de Fachingen, de Soulzmatt. Ces trois dernières, qui sont froides, sont surtout utilisées pour l'exportation.
Les eaux d'Ems et de Neunahr sont chaudes. Ems est surtout utile aux goutteux atteints de manifestations bronchiques, intestinales et génito-urinaires. Dans les cas analogues, en particulier chez les goutteux bronchitiques et emphysémateux, nous conseillons de préférence la Bourboule et le Mont-Dore. Neunahr est plutôt vanté en Allemagne contre la goutte anormale et atonique, quand il existe des signes de faiblesse générale, d'épuisement précoce. Royat répond en somme à la plupart des indications d'Ems ou de Neunahr.
Nous préférons d'ailleurs les bicarbonatées calcaires dans les cas qui contre-indiquent l'usage des sodiques fortes, Evian par exemple ou Fougues.
Chez les goutteux affaiblis, àuricémie atténuée, quand les localisations articulaires ou viscérales sont peu prononcées, erratiques ou vagues, congestives ou névral-
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giques, Evian nous a donné d'excellents résultats. Dans les mêmes conditions, les eaux d'Evian sont aussi très utiles quand il existe des troubles dyspeptiques avec congestion de foie. Nous les avons encore prescrites avec succès dans les cas de gravelle urique avec ou sans catarrhe vésical, compliquée ou non de pyélite.
Les eaux de Wildungen, en Allemagne, qui renferment aussi, outre une petite quantitéde bicarbonate de soude, d'assez fortes proportions de magnésie et de chaux, peuvent être aussi conseillées chez les goutteux atteints de coliques néphrétiques, de pyélite, de cystite.
Mais contre les troubles gastro-intestinaux, et en particulier contre la dyspepsie acide des goutteux, quand Vichy et Vais sont contre-indiqués, nulle eau minérale n'est supérieure à celle de Fougues.
L'emploi de ces eaux peut être continué longtemps sans aucun des inconvénients qui suivent l'usage trop prolongé des eaux sodiques fortes. C'est là ce qui, à notre avis, les rend si précieuses dans les cas de goutte k tendance subaiguë et chronique et qui s'accompagnent déjà d'une anémie plus ou moins marquée.
On trouve en Angleterre des eaux qui possèdent des propriétés fort analogues à celles de Fougues; ce sont les eaux de Buxton, que nous avons eu l'occasion d'étudier autrefois sur place. C'est surtout sous forme de bains qu'on les utilise, contre les manifestations articulaires de la goutte subaiguë, contre les douleurs névralgiques, la sciatique. Mais elles ont aussi, prises en boissons, une action très efficace contre la dyspepsie èt la congestion des organes abdominaux.
LES EAUX MINÉRALES DANS TA GOUTTE
B, — Sulfatées sadiques et calcaires.
Ces eaux forment un deuxième groupe parmi les eaux alcalines, dont l'action générale est, comme les bicarbonatées, modératrice du travail cellulaire. Elles diminuent Tintensité des échanges azotés et font baisser le chiffre de l'urée et de l'acide urique.
Elles ont donc les mêmes indications que les bicarbonatées dans le traitement des phases actives de la goutte. Mais comme celles-ci aussi, et pour les mêmes raisons, elles deviennent dangereuses à la période de déclin de la maladie. Leur emploi doit se graduer de la même manière; les sulfatées sodiquesfortes, comme Garlsbad etMarienbad, ne conviennent qu'aux goutteux vigoureux, à la période de début ou en pleine période d'état. Dès que la goutte passe l'état subaigu et que l'anémie s'accuse, il ne faut s'adresser qu'aux sulfatées calcaires. Plus tard, sulfatées ou bicarbonatées, les eaux alcalines doivent être proscrites et remplacées par les chlorurées.
Les indications particulières des sulfatées sodiques sont les troubles gastro-intestinaux et hépatiques que les anciens décrivaient sous le nom de pléthore abdominale.
C'est au traitement de ces troubles que conviennent surtout les eaux de Garlsbad. Seegen en conseille l'usage aux goutteux à l'apparence vigoureuse, présentant de l'embonpoint et chez lesquels la diathèse ne s'est pas encore traduite par des manifestations viscérales graves. On prescrira Carlsbad aux sujets atteints d'a,tonie gastro-intestinale, avec dyspepsie flatulente, dilatation stomacale, constipation opiniâtre, ou alter-
rUM TKMK.N l' DE LA (lOUTTE
iiîilives de conslipalion et de diarrhée. On y enverra aussi ceux qui soul'frenL de ces états congestifs du foie avec hémorroïdes fluentes, si souvent associés aux troubles dyspeptiques « goutteux hémorroïdaires et bilieux », gros mangeurs et grands buveurs, chez lesquels la goutte semble surtout en rapport avec des excès de table et de bonne chère.
Mais on ne doit pas oublier que l'énergie même de ces eaux doit engager à les manier avec prudence, à ne les prescrire qu'à bon escient et à en surveiller l'action. Données d'une façon abusive ou inopportune, elles provoqueraient facilement comme les eaux de Vichy des accidents d'anémie et d'épuisement en dépassant le but proposé. Ces accidents se caractérisent par la pâleur du teint, la décoloration des muqueuses, la mollesse des chairs, la fatigue et l'essoufflement au moindre exercice, la sensibilité au froid.
Les goutteux en voie de cachexie, ou atteints de lésions organiques graves, doivent s'abstenir de Carlsbad au même titre que de Vichy.
Bien que plus richement minéralisées que les eaux de Carlsbad, les eaux de Marienbad doiventà leur athermalité une action médicatrice moins puissante. Elles se prescrivent à peu près dans les mêmes conditions que Carlsbad; on leur donnera la préférence quand on n'aura pas besoin d'une action thérapeutique aussi énergique.
Comme les eaux de Carlsbad, elles conviennent aux goutteux gros mangeurs, ayant un certain embonpoint, et présentant les signes du catarrhe gastro-intestinal avec congestion hépatique et hémorroïdes. Mais bien que leur influence dépressive soit moindre, elles
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doivent être interdites dans les périodes avancées de la goutte.
Nous ne possédons pas en France de sources sulfatées sodiques et magnésiennes analogues à celles deCarlsbad et de Marienbad. Mais nous sommes très riches en sulfatées calcaires, dont l'utilité dans le traitement de la goutte, surtout subaiguë et chronique, n'est pas moins ^ande.
D'après les recherches que nous avons faites sur le mode d'action de l'eau de Vittel, les sulfatées calcaires agissent dans le même sens que les bicarbonatées sodiques et diminuent l'excrétion et sans doute aussi la formation de l'urée et de l'acide urique. Mais leur action directe sur les phénomènes de la nutrition intime est beaucoup moins énergique que celle des bicarbonatées. Aussi doivent-elles être prescrites de préférence à ces dernières, quand la goutte a déjà perdu de son acuité et entre dans la période où la débilitation et l'anémie générale sont surtout à craindre. Elles sont de même préférables, lorsque la goutte, bien que de date encore récente, porte sur des sujets peu vigoureux, primitivement affaiblis, chez les goutteux qui présentent de bonne heure les signes de ce que nous avons appelé la ■cachexie précoce.
Les principales de ces eaux sont : Contrexéville, "Vittel et Capvern ; on peut y joindre Martigny et Aulus.
Contrexéville est surtout prescrit dans les cas de goutte compliquée de lithiase urinaire et de coliques néphrétiques. Mais ces eaux sont encore utiles dans la goutte ancienne avec dépôts tophacés et dans les cas de pléthore veineuse abdominale avec troubles hépatiques et intestinaux, constipation atonique, hémorroïdes.
Il en est de môme de Vittel et de Capvern qui reconnaissent les mêmes indications et donnent les mêmes résultats au point de vue de la régularisation des fonctions cellulaires, sans exposer le malade aux inconvénients des sodiques fortes.
Les eaux de Bath, en Angleterre, rentrent dans le même groupe. Elles diffèrent des sulfatées calcaires françaises par leur thermalité, qui est assez élevée, 43 à 47° centigrades. Aussi ne s'emploient-elles pas seulement en boissons, mais aussi en bains et en douches, et sontelles contre-indiquées dans les cas de complications cérébrales ou cardiaques.