XIX. — Kmix clilorurées
Contrairement aux bicarbonates et sulfates alcalins et calcaires, dont l'action sur le travail nutritif est surtout modératrice, les chlorures alcalins activent ce travail et augmentent la formation de l'urée. Les expériences de Boussingault, de Barrai, de Voit ont démontré le fait chez les animaux.
Boussingault, le premier, a noté qu'en ajoutant du sel à la nourriture des bœufs on constate une augmentation notable du poids de ces animaux, et Barrai a vu que des moutons, soumis à une alimentation salée, non seulement augmentent de poids, mais rendent plus d'urée. Bischopp et Kempp ont noté les mêmes résultats chez le chien et chez l'homme, et d'après Weiske l'augmentation de l'urée est en raison directe de la quantité de chlorure de sodium ingéré.
LKS EAUX MINÉRALES DANS LA GOUTTE
Salkowski a soutenu, il est vrai, que cette azoturie était le fait du lavage de l'économie par l'ingestion de quantités d'eau plus grandes qu'entraîne l'usage du chlorure de sodium. Mais les expériences de Voit répondent à cette explication, en démontrant que des animaux soumis à l'usage du chlorure de sodium et privés d'eau, n'en excrètent pas moins de l'urée en excès, preuve décisive d'une action directe du sel sur la nutrition cellulaire.
Les expériences de Neubauer et deBraun sur les eaux de Wiesbaden, de Dietz, sur les eaux de Hombourg, de Beneke,sur les eauxde Nauheim, conduisent aux mêmes conclusions. Neubauer et Braun ont vu que, prises en bains ou en boissons, les eaux chlorurées de Wiesbaden font immédiatement monter le chiffre de l'urée. Pour l'acide urique les résultats sont contradictoires. D'après Braun, l'acide urique excrété augmente. D'après Neubauer et Roth, il diminue. Beneke a constaté de même cette diminution avec les eaux de Nauheim. Pour ce dernierauteur, qui regarde lagoutte comme une maladie par nutrition retardée, les eaux chlorurées sont les véritables eaux à prescrire aux goutteux.
Nous ne reviendrons pas sur la discussion de la théorie de Beneke, que nous avons combattue dans notre Traité de la goutte, et sur l'erreur manifeste qu'il y a à faire de la goutte considérée dans son essence une maladie par ralentissement de la nutrition.
Que la nutrition des goutteux soit affaiblie à la longue, quand la maladie a épuisé le terrain sur lequel elle évolue, nous en tombons d'accord; mais il n'y a là rien de propre à la goutte, et cette conséquence lui est commune avec toutes les maladies de longue durée.
TUAITKMIINT DK ].K GOUT'J'K
Mais tant que la goutte est à l'état aigu et aclil', tant que l'on constate dans les urines un excès simultané d'urée et d'acide uiique, on ne saurait admettre un ralentissement des échanges nutritifs; il y a, au contraire, travail exagéré des cellules et suractivité de la nutrition.
Conseiller à ce moment les eaux chlorurées, ce serait aggraver le vice dystrophique goutteux, ce serait exposer le malade soit à des crises articulaires intenses, soit à des congestions viscérales dangereuses. Les eaux alcalines conviennent seules à cette période.
Par contre, il arrive un moment où l'activité cellulaire des goutteux faiblit; non seulement elle n'est plus exagérée, mais elle ne se trouve même plus à la hauteur des besoins de l'organisme. C'est alors que les globules rouges diminuent dans le liquide sanguin, que non seulement l'urée mais même l'acide urique tombent au-dessous de l'excrétion normale. Soit par le fait d'attaques articulaires incessantes, soit par suite de troubles digestifs permanents, de complications Aàscérales multiples, le goutteux, devenu un malade chronique, aperdu sa vitalité première, son énergie nutritive; ses forces se perdent en môme temps que ses tissus se détériorent.
C'est alors, mais alors seulement, que l'assertion de Beneke devient vraie avec son corollaire thérapeutique. C'est alors que la déchéance organique doit être combattue par des moyens reconstituants et excitants, et parmi ces moyens l'emploi des eaux chlorurées devient un des meilleurs, en raison de leur action excitante sur la vitalité et le fonctionnement cellulaires.
C'est donc chez les goutteux asthéniques et anémi-
LES EAUX MINÉRALES DAXb LA GOU'ITE
ques, à attaques répétées et traînantes, dont le système nerveux est détendu, dont les fonctions sont languissantes, dont la nutrition épuisée se traduit par la pauvreté de l'urine en urée et en matériaux organiques, que les eaux chlorurées trouvent leur indication directe et primordiale.
Il existe de nombreuses sources de ce genre, aussi bien en France qu'à l'étranger. Les unes sont athermales ou peu thermales, comme les eaux de Hombourg, de Kissingen, de Salies-de-Béarn , de Kreuznach, de Cheltenhamet de Leamington. Les autres sont chaudes, comme celles de Wiesbaden, de Nauheim, de Salins- Moutiers, de Baden, de Bourbonne, de Bourbon-Lancy, d e Bou r b 0 n-l' Ar cha m b au 1 1 .
Les chlorurées sodiques de ITombourg, et en particulier la source Elisabeth, sont légèrement laxatives et diurétiques, mais surtout excitantes. L'excitation circulatoire peut même déterminer un véritable état fébrile avec courbature, agitation nocturne, et élévation de la température. Le réveil des accès de goutte aiguë n'est pas rare en pareil cas.
Aussi, dans la goutte sthénique, aussi bien que lorsqu'il existe des complications cardiaques ou cérébrales, l'emploi de ces eaux est-il dangereux. Elles conviennent au contraire essentiellement aux goutteux atoniques, soit que l'atonie soit la conséquence progressive d'une longue évolution de la maladie, soit que d'emblée la goutte ait pris le caractère asthénique chez des sujets lymphatiques ou à circulation veineuse languissante. En pareil cas, le goutteux trouve dans les eaux salées, un reconstituant efficace pour l'amélioration des fonctions digestives, l'augmentation de la sécrétion urinaire
TRAITKMION'J' DK LA GOU'I"!']':
et sudorale, le réveil d'une circulation défectueuse, la stimulation générale de la nutrition.
On prescrira, avec avantage, llombourg contre l'atonie gastro-intestinale, les hémorroïdes, qui se développent si souvent avec l'engorgement chronique du foie chez les malades atteints de goutte ancienne. L'hypocondrie, conséquence habituelle de cet état abdominal, se dissipe fréquemment sous l'influence d'une cure de ce genre.
Les eaux de Kissingen agissent dans le même sens tonique et excitant. Elles conviennent surtout aux tempéraments lymphatiques, moins bien aux goutteux bilieux et nerveux, très peu aux sanguins.
C'est surtout contre les manifestations abdominales de la goutte chronique qu'elles sont indiquées. Nous les avons toujours prescrites avec succès dans la goutte avancée, chez les sujets débilités et anémiés.
Il n'est pas rai^e de voir la cure provoquer le réveil des douleurs articulaires et même une véritable attaque de goutte. Il n'y a pas lieu de s'effrayer de ces manifestations, qui sont pour nous l'indice d'une amélioration de l'état général.
Les poussées congestives vers le cerveau et les poumons sont moins fréquentes avec les eaux de Kissingen qu'avec celles de Hombourg ou de Nauheim. Aussi, doit-on choisir de préférence Kissingen quand on a lieu de craindre ou de soupçonner des congestions de ce genre.
La goutte à tendance congestive doit être aussi formellement exclue de Salies-de-Béarn et de Kreuznach, qui conviennent au contraire fort bien aux goutteux atoniques, lymphatiques, avec engorgement persistant et œdémateux des articulations.
LES EAUX MINÉRALES DANS LA GOUTTE iUJ
Ghàtel-Guyon, en France, représente à peu près l'équivalent de Ilombourg. 11 répond aux mêmes indications et se prescrit surtout chez les goutteux atteints d'atonie gastro-intestinale.
En Angleterre, les eaux de Leamington peuvent soutenir la comparaison avec les différentes eaux chlorurées froides d'Allemagne. Gheltenham, outre de nombreuses sources chlorurées sodiques, possède encore des sources ferrugineuses, ce qui permet, dans les cas de goutte atonique avec anémie générale, de faire marcher de front les deux cures, excitante et reconstituante, chlorurée et ferrugineuse.
Nauheim et Wiesbaden sont les chlorurées chaudes qui jouissent en Allemagne de la plus grande renommée dans le traitement de la goutte chronique.
Les recherches de Beneke l'ont conduit à admettre que Nauheim représente le type des eaux à prescrire dans le traitement des maladies caractérisées par le ralentissement de la nutrition. Sous l'action de ces eaux, l'élimination de l'urée augmente d'un cinquième lorsqu'on les prend en boissons, d'un dixième seulement lorsqu'on les prend en bains. Il y a en même temps excrétion plus active de l'acide carbonique par la peau.
On ne doit pas oublier, cependant, que l'excitation produite par les eaux de Nauheim peut facilement dépasser le but et donner lieu à des fluxions articulaires aiguës. Si elles conviennent aux goutteux atoniques, il ne faut pas cependant que l'affaiblissement soit trop prononcé.
Cette même restriction s'applique aux eaux de Wiesbaden. C'est encore la forme torpide de la goutte,
TiiAirKMKNT DK LA GOUTTK
qui est le plus heureusement modifiée par ces eaux. Mais on doit se méfier d'une stimulation trop vive, qui, pour être utile dans la goutte atonique et dans les cas' de déformation articulaire, n'est pas cependant sans présenter des dangers réels, comme avec les autres chlorurées sodiques.
Cette réserve faite, on emploiera les eaux de Wieshaden pour combattre les ankyloses, les contractures, les déformations qui surviennent à une période avancée de la goutte, dans les cas de névrite goutteuse périphérique, avec paralysie atrophique.
Elles sont aussi utiles contre le catarrhe chronique de l'estomac et de l'intestin. Gergens assure que, lorsque les paroxysmes de la goutte ont cessé d'affecter les jointures pour se jeter sur les organes internes, l'usage graduel et modéré des eaux de Wiesbaden pourra ramener la goutte vers son lieu d'élection.
Ce qui doit, à notre avis, primer toute autreindicatioii de Wiesbaden comme de toute eau chlorurée, c'est l'asthénie des malades, c'est la nécessité de stimuler et de reconstituer les forces de l'organisme. Pendant la cure de Wiesbaden il n'est pas rare de voir se produire une crise articulaire aiguë; mais cette crise passée, la santé générale s'améliore rapidement, et le malade peut se trouver pour longtemps à l'abri de toute nouvelle manifestation goutteuse.
Les eaux de Baden-Baden, bien que moins renommées que celles de Wiesbaden, offrent néanmoins les mêmes avantages aux goutteux affaiblis par la longueur de leurs souffrances ou épuisés par un traitement mal dirigé. Prises sous forme de bains, de douches, de bains de vapeurs, elles modifient heureusement l'état
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des jointures et surtout les douleurs musculaires et nerveuses qui manquent rarement de s'ajouter à la longue aux douleurs articulaires.
En France, nous possédons un certain nombre d'eaux chlorurées chaudes qui ne le cèdent en rien comme efficacité aux eaux allemandes. Les effets des eaux de Bourbonne, de Bourbon-Lancy, de Bourbon-l'Archambault, de Balaruc, dont la thermalité est très élevée et oscille entre 50 et 60 degrés, ne diffèrent pas de ceux de Wiesbaden et de Baden-Baden.
Stimulantes et reconstituantes, elles agissent avec efficacité contre les complications de la goutte chronique, les engorgements articulaires tenaces, les raideurs, les nodosités et les déformations, contre la goutte musculaire vague. On les prescrit aussi utilement chez les sujets atteints de paraplégie, d'hémiplégie ou de paralysies douloureuses partielles.