XXVIII. — Goutte gastro-intestinale
La dyspepsie, et en particulier la dyspepsie acide et flatulente, est une des manifestations les plus fréquentes de la diathèse goutteuse. Elle est parfois la seule pendant de longues années. Nous l'avons notée dans la moitié au moins des cas chez nos malades.
Elle s'accompagne le plus souvent d'un état granuleux de la muqueuse pharyngée avec dilatation variqueuse des vaisseaux et sécrétion d'un mucus visqueux et adhérent, dont l'expuition provoque une toux rebelle et des efforts de vomissements très pénibles.
Parfois, cette dyspepsie s'exagère sous forme de gastralgie, gastralgie qui peut dans certains cas prendre un caractère d'intensité extrême, cardialgie goutteuse des anciens, avec douleurs violentes à l'estomac, vomissements incessants, refroidissement périphérique, tendance à la syncope.
Les accès qui revêtent une pareille gravité sont évidemment rares; ils sont le plus souvent causés par l'abus de quelque aliment indigeste, mais pourraient être dus parfois a une véritable attaque de goutte stomacale, précédant une crise articulaire ou alternant avec elle.
Dans ce dernier cas, on devra essayer de rappeler sur la jointure la fluxion goutteuse au moyen de sinapismes, de cataplasmes sinapisés, de bains de pieds chauds. On combattra en même temps les vomissements par les moyens ordinaires, la glace, la potion de Rivière, les boissons gazeuses, et la douleur par le laudanum, les gouttes noires anglaises et môme les injections de morphine.
Le plus souvent, les remèdes habituels de la gastralgie suffisent, suppression de tout aliment épicé, de toute boisson excitante, café, thé, vin rouge, administration de sirop ou de perles d'éther, de pilules d'extrait thébaïque, de sous-nitrate de bismuth.
Le traitement de la dyspepsie doit être surtout hydro-minéral. Sans négliger le régime et l'interdiction des aliments qui exagèrent l'acidité gastrique ou la formation des gaz, c'est dans les eaux alcalines qu'on trouve le meilleur moyen de combattre simultanément la dyspepsie et la diathèse qui l'entretient.
Dans la dyspepsie prémonitoire, chez les goutteux vigoureux, dont la goutte est encore jeune, c'est Vichy et Vais qui donnent les meilleurs résultats. Une cure annuelle dans ces stations est nettement indiquée. Dans l'intervalle, on fera prendre ces eaux aux repas ou en dehors des repas, de temps à autre, pendant trois semaines à un mois.
Ou bien on prescrira le bicarbonate de soude soit à faible, soit à forte dose suivant les indications. Nous donnons souvent dans ces conditions un mélange de sulfate de magnésie, de bicarbonate de soude et de crème de tartre par parties égales, à la dose de Og%50 chaque matin, pendant quinze jours ou un mois.
TRAITEMENT DE LA GOUTTE VISCÉRALE IbJ
Quand la dyspepsie est tardive, apparaissant dans la goutte déjà ancienne, chez des goutteux qui commencent a s'affaiblir, il faut renoncer à Vais ou à Vichy et employer des eaux plus faibles, les bicarbonatées mixtes de Royat, de Saint-Nectaire, les bicarbonatées calcaires de Fougues, ou bien les sulfatées calcaires de Contrexéville, de Vittel, de Capvern, d'Aulus.
Il n'est pas rare de voir une dilatation plus ou moins marquée de l'estomac coexister avec la dyspepsie chronique des goutteux.
Le traitement alcalin doit être aidé dans ces cas des moyens destinés à combattre l'atonie paralytique de la tunique musculaire, la noix vomique par exemple, la strychnine, les gouttes amères de Baumé. Nous employons souvent aussi dans ces mêmes cas les lavages de l'estomac avec une solution de bicarbonate ou de salicylate de soude ou une solution boriquée.
Il faut se défier des troubles gastriques qui surviennent dans la goutte ancienne; l'anorexie avec vomissements pituiteux, langue chargée et épaisse, digestions lentes, n'est souvent à cette période que le prodrome d'une urémie gastro-intestinale en rapport avec la désorganisation goutteuse du rein. Le traitement doit être dirigé alors contre la lésion rénale si on ne veut pas être surpris par les accidents redoutables de l'urémie gastrique aiguë ou de l'urémie nerveuse.
Eu règle générale, les troubles dyspeptiques proprement dits existent rarement sans troubles intestinaux. L'atonie gastro-intestinale est l'état habituel du tube digestif du goutteux dyspeptique. Et tout en traitant les phénomènes gastriques, il faut avoir soin de remédier à la constipation concomitante par des
TnAITEMEN'J' DE LA GOUTTE
Icaxatifs ou par des purgatifs salins pris à petites closes. Un verre d'eau de Carlsbad ou de Montmirail tous les deux jours, le matin à jeun, est un bon moyen de maintenir le ventre libre.
Mais l'intestin peut être atteint isolément, le goutteux conservant un appétit régulier et des digestions gastriques normales.
La goutte intestinale se traduit alors soit par des crises douloureuses, coliques venteuses, entéralgie avec flatulence et constipation, soit par des diarrhées catarrhales avec selles molles et liquides, soit par de l'entérite muco-membraneuse, avec selles muqueuses, mélangées de fausses membranes, de scybalcs et même de sang. L'existence d'hémorroïdes fluentes, de congestions hémorroïdaires avec douleurs et épreintes, flux hémorragique plus ou moins abondant, est de règle en pareil cas. De même, chez ces goutteux, le foie est souvent congestionné, sensible à la percussion, une teinte jaunâtre de la peau et des conjonctives accompagne les crises intestinales. C'est à cet ensemble que les anciens donnaient le nom de phlétore veineuse abdominale.
Ici encore c'est du traitement hydro-minéral que ces goutteux sont justiciables. Vichy et Vais sont encore indiqués dans les cas de congestion hépatique. Mais ce sont les eaux sulfatées sodiques et magnésiennes de Carlsbad et de Marienbad qui produisent les meilleurs effets chez les goutteux hémorroïdaires, dont la circulation abdominale se fait mal, dont le foie reste engorgé et torpide. Hombourg et Chatelguyon sont surtout indiqués dans l'atonie intestinale avec colite muco-membraneuse.
La nature goutteuse de ces troubles intestinaux est souvent révélée par la manière dont ils réagissent au traitement. Nous avons vu des diarrhées catarrhales avec selles liquides, vainement combattues pendant des mois par le bismuth, les opiacés, un régime sévère, céder en quelques jours à l'usage des eaux de Vittel ou de Capvern, prises sur place ou à la source, et ne plus se reproduire.
Nous avons vu de même des constipations goutteuses opiniâtres ne céder qu'à l'emploi des eaux de Vichy ; mais le résultat ici est moins parfait et il faut aider l'action de Vichy par l'emploi des purgatifs salins légers et en particulier des sels de Caiisbad. Quand l'action de Vichy est incomplète, la cure de Garlsbad ou de Marienbad se trouve indiquée.
Chez les goutteux sujets à ces manifestations intestinales, nous interdisons l'usage de l'eau ordinaire aux repas, et nous conseillons comme boisson pour couper le vin certaines eaux sulfatées calciques. comme Vittel et Aulus. Nous avons vu ainsi se régulariser naturellement les garde-robes autrefois difficiles et se dissiper le météorisme et le ballonnement habituel du ventre.