XXX. — Ooiitte nerveuse et musculaire
Les manifestations nerveuses de la goutte sont Innombrables. On peut dire que, du fait même de la maladie, le goutteux est un névropathe. En dépit de cette susceptibilité nerveuse, il ne faut pas cependant rapporter aveuglément à l'action directe de l'acide urique tous les accidents cérébraux ou médullaires qui peuvent survenir chez un goutteux; on s'exposerait ainsi à de graves mécomptes. Sans parler des hémiplégies et des apoplexies dues à l'hémorragie ou au ramollissement cérébral, qui ne se rattachent qu'indirectement à la goutte jpar l'intermédiaire de l'artériosclérose, des accidents nerveux, tantôt légers, tantôt redoutables, relèvent souvent non de l'uricémie, mais de l'urémie, conséquence de l'atrophie goutteuse des reins. Le pronostic et le traitement sont bien différents dans ces cas, et, avant d'instituer une médication antigoutteuse, il importe de s'assurer par un examen attentif des urines et du cœur qu'il n'existe aucun signe de néphrite ancienne dont ces accidents pourraient être le résultat.
Cette double élimination faite de phénomènes nerveux attribuables à l'artério-sclérose ou à l'urémie lente, il reste encore une foule de symptômes névropatliiqucs, proprement goutteux, qui peuvent se rencontrer soit dans les phases actives de la diathèse, soit, de préférence, dans la goutte ancienne et asthénique.
11 nous paraît inutile de passer en revue toutes ces manifestations nerveuses, dont beaucoup, comme la migraine, l'hystérie, l'épilepsie dite goutteuse, etc., ne reconnaissent d'autre traitement que les médications habituelles de ces névroses. Nous signalerons seulement celles qu'en dehors des médicaments symptomatiques ordinaires un traitement propre, spécifique, en quelque sorte, réussit parfois à modifier ou à guérir.
Parmi celles-ci, il faut indiquer en première ligne la céphalalgie goutteuse, bien distincte de la migraine par sa ténacité, sa continuité entrecoupée de rémissions parfois périodiques, son siège souvent occipital ou sous- occipital. Un des caractères les plus intéressants ■de cette céphalée est de résister à tous les traitements dirigés contre le symptôme ; elle cède, au contraire, •dès qu'on s'adresse à la cause réelle. Le colchique est «on véritable spécifique. Nous avons constaté maintes fois cette action d'élection du colchique, même chez des sujets qui n'avaient aucune manifestation articulaire ou viscérale de la goutte, sauf l'excès d'acide urique dans l'urine, et nous n'avons pas hésité, d'après ce seul effet du traitement, h affirmer la nature goutteuse de l'affection, affirmation que démontrait vraie, après un temps plus ou moins long, l'apparition d'un accès au gros orteil.
Bien que le délire goutteux soit rare, nous avons de
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môme, dans un cas de ce genre, conseillé le colchique avec un succès complet.
Le colchique, par contre, paraît sans action sur les névralgies si fréquentes chez les goutteux, et dont la plus commune est la sciatique. Dans lasciatique aigue, dans les névralgies du plexus brachial, on peut essayer le salicylate de soude, mais il ne donne aussi que des résultats inconstants et incomplets. Il faut se borner au traitement symptomatique ordinaire, révulsifs, calmants, électricité, pulvérisations dechlorure deméthyle.
Dans les formes chroniques, dans les sciatiques névrites, qui se développent chez les vieux goutteux, associées d'ordinaire aux déformations articulaires et aux tophus, de même que dans les névrites goutteuses avec impotence du membre et atrophie musculaire, les douleurs résistent avec une ténacité désespérante à tous les moyens calmants ou autres. On a dans ces cas un utile adjuvant dans la médication hydro-minérale. Nous avons vu des sciatiques rebelles céder à une cure d'eau sulfatée calcaire, comme Vittel ou Gapvern. Mais ce sont les eaux douées d'une haute thermalité qu'U faut surtout prescrire contre ces manifestations douloureuses, soit les chlorurées sodiques chaudes, comme Bourbonne, Bourbon-Lancy, etc.; soit les eaux dites indifférentes comme Néris, Plombières, Ragatz; soit enfin les eaux sulfureuses d'Aix-les-Bains ou d'Aix-la- Chapelle.
La même médication thermale convient aux divers symptômes de la goutte musculaire, les crampes, les spasmes et les contractures douloureuses des membres, aussi bien que celles qui se produisent dans les muscles du thorax ou de l'abdomen, les myalgies fixes ou erra-
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tiques, lumbago, pleurodynie, douleurs de la nuque ou du crâne. Les friclions, les massages, les révulsifs, les pointes de feu, rélectricilé peuvent être employés; mais c'est encore dans le traitement hydro-minéral qu'on trouve le meilleur moyen d'apporter quelque soulagement aux souffrances du malade et parfois la guérison.
Ces divers troubles nerveux et musculaires se combinent et s'associent souvent à un état mental particulier et à un épuisement nerveux général, de manière à réaliser l'ensemble morbide décrit depuis Beard sous le nom de neurasthénie. Et la neurasthénie goutteuse aboutit à la longue, presque [fatalement, a l'hypocondrie.
D'abord, les symptômes sont intermittents et passagers,se traduisant par un abattement, unelassitude, un malaise vague, des douleurs dont le malade ne saurait fixer le siège, des plaintes continuelles, des craintes imaginaires d'un danger plus ou moins imminent. Tout ce malaise peut se dissiper à la suite d'une attaque aiguë de goutte, mais il ne tarde pas à revenir, et à s'établir à demeure.
• Tourmenté par des troubles incessants, qui se portent tantôt sur un point, tantôt sur un autre, inquiété par un état vertigineux ^souvent continu, en proie à des accès de céphalalgie ou de névralgie, torturé par des douleurs erratiques dans la nuque, dans les reins, dans les membres, ne dormant pas, mangeant mal, le goutteux finit par devenir un hypocondriaque véritable. Et cette hypocondrie goutteuse n'est pas imaginaire; elle repose sur un fond de souffrances qui ne sont que trop réelles. Mais, multipliées et exagérées par une imagination troublée, ces souffrances deviennent la source
d'idées noires continuelles ; le malade se croit atteint des affections les plus terribles, des lésions les plus incurables; il se voit déjà mort et pense n'avoir plus qu'à préparer sa tombe.
Contre un pareil état nerveux on ne connaît que trop l'impuissance de la thérapeutique. Quand il se rattache nettement et directement à la goutte, on peut cependant espérer le modifier en combattant moins les phénomènes nerveux mêmes que l'état diathésique dont ils relèvent. Toutefois, les antigoutteux agissent parfois directement sur certains de ces troubles né^a^opathiques; la céphalée, le vertige, les douleurs vagues peuvent céder à l'emploi du colchique ou du salicylate de soude. Dans d'autres cas, où prédominent les troubles dyspeptiques ou intestinaux, on pourra obtenir quelque amélioration en traitant plus particulièrement ces troubles digestifs.
Mais, leplus souvent, c'est à l'état général diathésique qu'il faut s'adresser. Sans négliger les différents moyens préconisés contre la neurasthénie, on insistera sur les avantages d'une cure thermale dont on précisera avec soin les indications. Si la goutte est encore à l'état d'activité avec des urines riches en urée et en acide urique, on conseillera les eaux capables de diminuer l'exaltation du travail nutritif, eaux bicarbonatées et sulfatées sodiques ou calcaires. Si, comme cela est plus fréquent, la neurasthénie s'est développée à une période avancée de la goutte, avec anémie générale, urines pâles, pauvres en urée, ce sont les eaux reconstituantes qu'il faut prescrire suivant les règles que nous avons déjà maintes fois formulées, eaux chlorurées sodiques et eaux ferrugineuses.