‹ Traitement de la leucoplasie par le 606Chapitre 7 sur 29 · CO · texte numérisé non relu

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et, il faut entendre par là aussi bien le tabac à fumer que le tabac à chiquer. Îl est une autre cause. d'irritation fréquente: c'est le mauvais état de la dentition, soit que l’on se trouve en présence de: dents cariées, ou d’un dentier ne réalisant pas les conditions que l’on doit en exiger. Nous ne pouvons mieux faire que citer sur ce point particulier MM. Besnier et Doyon: « L'état de la dentition devra être amélioré dans les limites les plus complètes que peut réaliser l’art du dentiste. Les pièces dentaires devront être aussi peu nocives que possible, tenues avec une proprelé méticuleuse, nettoyées après chaque prise d’aliments, ôtées toutes les fois qu’elles ne sont pas absolument indispensables. Les soins de la bouche, nécessaires à chacun, sont chez les leucokératosiques une mesure d'urgence immédiate. »

L’irritation qu’engendrent le tabac ou une mauvaise dentition peut aussi reconnaître pour cause les aliments eux-mêmes. Le leucoplasique devra éviter les aliments de haut goût, trop épicés, les salades, les sauces compliquées, les aliments trop chauds ou trop froids, les acides, les mets sucrés. Il devra s'abstenir de vin et d’aicoo!. Outre ce régime alimentaire que le malade doit suivre d’une façon stricte, la plupart des auteurs réclament de lui un bon fonctionnement de l'estomac et de l'intestin, une digestion parfaite, des selles normales et régulières, & il peut y avoir intérêt à employer les préparations aloétiques chez les sujets qui ont le système veineux lingual très développé » (Brocq). :

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Enfin notons comme autre cause d'irritation l'usage professionnel de cértains instruments, la canne à souffler le verre par exemple, et la prohibition de préparations dentifrices irritantes.

Nous devons à présent faire un rapide inventaire des médications qui furent et qui sont employées localement dans la leucoplasie. Elles sont légion, mais avant d’énumérer les principales, nous croyons utile de rappeler que «le traitement local sera surtout un traitement d'abstention » (Milian).

En premier lieu, nous voyons recommandés les bains de bouche avec des solutions faibles et légères : borate de soude à 53/1000, salicylate de soude à 1/1000, bicarbonate de soude à 1/500, acide borique à 1/100, la décoction de feuilles de coca à 2/1000 ; la décoction de racine de guimauve, la décoction de baies d’airelles ou myrtilles, la décoction de morelle, la décoction de riz, l’infusion d'orge, l'infusion de graines de lin. Ces médicaments sont prescrits également en pulvérisations, en-gargarismes. Le gargarisme à l’eau oxygénée à 12 volumes, coupée de trois ou quatre parties d’eau,est souvent prescrit.

Pour remplacer ces bains de bouches, pulvérisations, gargarismes, que certains malades n’ont pas toujours la facilité d'employer, nous voyons les mêmes médicaments ordonnés sous forme de pastilles et de comprimés: pastilles de sublimé, recommandées par Hallopeau, pastilles de chlorate de potasse, pastilles de bicarbonate de soude, de borate de soude. Aux pastilles on a fait le reproche

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de contenir trop de sucre, cause d’irritation, oud'être aromatistes avec des substances irritantes comme la menthe. Quant aux comprimés qui ne contiennent pas de sucre ils sont irritants par le médicament lui-même trop concentré.

On peut également employer pour ies gargarismes, bains de bouche et pulvérisations, les eaux alcalines naturelles. C’est ainsi que nous voyons fréquemment recommandées les eaux de Vals, de Vichy, de Chailes (Savoie), de Royat, de La Bourboule. Mais il

. est une eau qui jouit d’une répulation tout à fait

spéciale, c'est l’eau de Saint-Christau (Basses-P yrénées) source des Arceaux. Celte eau sulfatée cuprique peut être employée sur place ou à domicile. Notons qu’on peut l'employer également en traitement interne, plusieurs verres par jour. |

Si nous envisageons les topiques proprement dits, nous n’avons que l'embarras du choix. C’est, contre la sécheresse de la langue, l'emploi en onctions des préparations suivantes : pommades au bicarbonate de soude, à l’acide borique, au xéroforme, au dermatol, au salol, au baume du Pérou, à la crurine, à l’aristol ; c’est la crème de lanoline ; ce sont les glycérolés additionnés de substances médicamenteuses (borate de soude, iodol, acide salicylique) ; c’est l'huile de cade ou de bouleau employée en badigeonnages ou frictions avec le doigt. Pour décaper les plaques nous voyons conseiller le bichromate de potasse au cinquantième (Gaucher, Watraszenski), l'acide lac-

tique (Joseph), la papaïotine (Schwimmer) recom-

mandable surtout dans les lésions douloureuses avec ulcérations et fissures. Nous voyons aussi employer contre l’élément douleur la cocaïne en solution de 5 à ro 0/0. Rosenberg recommande l’iodure de potassium à 1/10, Lassar le baume du Pérou pur.

Nous trouvons enfin l’acide chromiqne en solution à 1 o/o, l'acide trichloracétique pur, l'iodoforme, le chlorate de potasse, les solutions d’alun, d'acide

tannique, de chlorure de sodium, de bicyanure de mercure, le protonitrate acide de mercure. Le bleu de méthylène au 1/20 aurait donné d'excellents résultats à R.Jocqs dans un cas de plaque lisse de la langue chez un syphilitique.

Mais, nous ne saurions trop répéter qu'il faut être prudent dans l'emploi de toutes ces préparations car toute irrilation d’une leucoplasie est dangereuse. Rappelons qu'il faut avant tout éviter les caustiques ; le crayon de nitrate d'argent en particulier, en raison de la facilité avec laquelle le public l'emploie, est un danger pour les leucoplasiques.

sù Enfin les progrès de la science ont permis d’employer plus récemment les ayents physiques et naturels. C’est ainsi que nous voyons la galvanisation, après badigeonnage au nitrate d’argent à 15 o/o, employée par Ravitch. La photothérapie est employée par Bissérié; Châtelain l’utilise également (lumière bleue). Saalfed à New-York auraît retiré de très bons effets des applications d'air liquide.

Marcou, Wilkinson auraient eu des résultats temporaires par les courants de haute fréquence combi-

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nés aux rayons X. La radiothérapie simple est conseillée par Sabouraud. Energiquement poussée, « elle compte à son actif quelques guérisons et un très grand nombre d’insuccès » (Darier). Le radium enfin est recommandé par Gaucher, Danlos, Dominici, Haret. D’après Dominici, « ce traitement de choix de la leucoplasie consiste dans l'utilisation du rayonnement ultra-pénétrant obtenu en filtrant à travers un ou deux millimètres de plomb les rayons provenant de toiles radifères carrées de deux centimètres de côté, supportant un centigramme de sulfate de radium pur. Les applications sont de douze heures au total pour une série (comportant six applications de deux heures de durée chacune). On interrompt pendant un mois, après quoi on reprend une deuxième série. » | Il nous reste à examiner dans l’histoire thérapeutique de la leucoplasie le traitement chirurgical. Il y a, en eflet, dans la leucoplasie un danger contre lequel les différents traitements énumérés plus haut sont absolument impuissants. C’est la transformation épithéliomateuse. Pour certains auteurs, il faut considérer comme suspeete toute lésion leucopla- ‘sique où la transformation de la muqueuse en épiderme corné est définitivement effeciuée. Pour d'autres (Brocq) « il faut cliniquement soupçonner l'épithélioma : 1° quand on verra une plaque jusque là lisse et unie se papillomatiser ; 2° quand on verra une‘plaque jusque là mince et souple s’épaissir et présenter. une induration ‘profonde comme noueuse ;

3° quand on verra une fissure ou une ulcération persister fort longtemps, s'étendre et surtout s’entourer d’un noyau induré. » Les irradiations à l'oreille, les douleurs plus vives, les petits ganglions sousmaxillaires roulant sous le doigt seront également un symptôme malheureusement trop tardif de transformation néoplasique. On s’est même demandé s’il ne serait pas logique de ne pas attendre la transformation précancéreuse pour intervenir chirurgicalement. Pour Milian (rapport au Congrès international de Lisbonne, 1906) cette conduite est tout à fait logique si elle réalise les conditions suivantes: «1° l’extirpation ne doit s'adresser qu’à des plaques de leucoplasie irréductibles, c’est-à-dire à des organes ayant subi un traitement mercuriel prolongé où aucune lésion ne rétrocède plus ; 2 elle ne doit pas consister seulement en décortication mais

en une exérèse complète de la plaque avec le derme

sclérosé sous-jacent : si on enlève seulement l'épithélium on laisse a sa place le derme enflammé audessus duquel se régénère avec une nouvelle vigueur l’'épithélium kératinisé. »

Lucas-Championnière est d'avis qu'il ne faut pas intervenir chirurgicalement dans les leucoplasies non dégénérées. Pour le D' Perrin de Marseille, dans les leucokératoses graves il faut pratiquer la décortication de la muqueuse au thermo-cautère. Besnier détruit la-muqueuse à l’électro-cautère. D'autres recommandent le simple grattage, raclage ou rugination de la plaque blanche (Schwimmer). Mais la

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véritable intervention chirurgicale consiste dans. l’excision large en surface et en profondeur de la partie malade suivie de la thermo-cautérisation au rouge sombre. Enfin, dans les cas les plus graves, il faut pratiquer l’ablation totale des parties atteintes. Nous reproduisons ici l'opinion de MM. Besnier et Doyon : « Même dans les cas d’épithélioma secondaire avancé, même avec des ganglions indurés, on peut obtenir la guérison véritable quand on a su autant par la perfection de la réunion chirurgicale

que par la sévérité de l’asepsie, se mettre à l'abri de

l'infection mixte secondaire, si rapidement funeste, des ganglions cervicaux. Toute méthode d’exérèse chirurgicale qui ne met pas immédiatement la surface de section à l’abride la suppuration et des contaminations de tout ordre est funeste par elle-même et doit étre rejetée. Quand la récidive se produit on a l'infection mixte, c’est à brève échéance ; si rien ne s’est produit dans l’année qui suit l’opéralion, le succès définitif est à peu près assuré. »

Disons en terminant cette revue rapide des différentes médications de la leucoplasie comiment nous est venue l’idée de notre thèse. En janvier 1911, alors que nous assistions à une consultation du D: Milian à l’hôpital de la Charité, nous avions pu observer un superbe cas de leucoplasie linguale pour lequel des traitements variés n'avaient donné aucun résultat appréciable, Le traitement par le 606, alors à ses débuts, fut appliqué pour ce cas particulier. Nous rapportons d’ailleurs cette observation

R. Guerrin 2

dans le cours de notre travail. Le hasard nous fit

retrouver le malade en question quelques mois plus. tard à la même consultation. Le résultat était si beau, la langue était alors indemne de toute lésion, que si nous n’avions pas eu l’observation sous les yeux et si le malade ne nous avait assuré lui-même de son identité nous aurions cru qu’il y avait erreur de personne. Devant ce résultat thérapeutique nous avons pensé qu'il serait intéressant de pousser plus avant l'étude du traitement de la leucoplasie par le 606. Le: D Milian nous encouragea dans cette voie et nous tenons à le remercier ici de la bienveillance avec laquelle il mit ses registres d'observation à notre disposition et du précieux secours que nous apportèrent ses conseils dictés par une expérience du 606. aussi longue que l'existence du nouveau médicament.

Nous avons intitulé notre travail ; 7raitement de la leucoplasie par le 606. Nous n'avons pas précisé de quelle variété étiologique de leucoplasie il s'agissait. Ce titre, moins précis que certains pourraient le demander, n’est pas trop téméraire si l’on copsidère que pour des auteurs tels que Landouzy et Gaucher la leucoplasie est toujours une affection évoluant sur terrain spécifique. Sée gt Gougerot,d’autre part, dans Va Pratique médico-chirurgicale de 1910, retrouvent de 90 à 95 sujets atteints de syphilis

sur 100 leucoplasiques. Milian, enfin, dans son rap-

port au Congrès de Lisbonne, 1906, signale la fréquence de la syphilis avouée ou reconnue (80 0/0

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des cas) dans les cas de leucoplasie dite idiopathique.

- Quant aux cas qui ne relèveraient pas de la syphilis, s’ils existent, pourquoi ne. pas leur appliquer le 606? Les deux arguments qui suivent le: permettent à notre avis : 1° Nous avons vu dans l’histoire rapide des pages précédentes le traitement arsenical appliqué aux leucoplasiques prédisposés aux dermatoses ; le 606 n'est-il pas le traitement arsenical par excellence ? 2° Pourquoi, d’autre part, en raisonnant par analogie, ne pas appliquer au 606 l'opinion de Darier touchant le traitement mercuriel dans la leucoplasie ? Cet auteur écrit en effet dans son Précis de dermatologie : « Le traitement mercuriel s'applique bien entendu en première ligne aux cas à antécédents syphilitiques mais aussi et avec avantage à ceux d’où la syphilis semble exclue. » Le 606. s’est montré trop souvent dans sa courte carrière égal et supérieur à l’hydrargyre pour ne pas au moins l’essayer indifféremment dans tous les cas de leucoplasie même quand toute trace de spécificité paraît absente.

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