OBSERVATION I
(Due à l’obligeance de M. le Dr Milian.)
Charles S...,entre à l'hôpital de la Charité le 27 août 1910. À son arrivée salle, Bazin, il présente des syphilides papuleuses généralisées de la face, des membres inférieurs et du tronc. Les nodules qui caractérisent cette éruption sont de la grosseur d’un pois environ. Ce qui nous intéresse plus particulièrement, c’est une leucoplasie intense de la langue et des lèvres. Ses lèvres présentent des érosions multiples et l’on constate au niveau de la langue des plaques blanches presque confluentes. Le malade a, en outre, une laryngite très prononcée et présente une surdité presque complète de l'oreille droite.
L'accident primitif a passé inaperçu et c’est en mai 1910 que le malade a commencé à s'inquiéter à l'apparition des accidents que nous constatons aujourd’hui. Il n’a cependant suivi aucun traitement jusqu'à son entrée salle Bazin, le 27 août. En l'interrogeant bien cependant il nous dit avoir absorbé chaque jour deux cuillerées à soupe d'une potion dépurative depuis la fin de mai. Il aurait interrompu
son traitement à trois reprises ditlérentes pendant une
semaine. Malgré cette préparation, qu'il prit assez régulièrement, jamais il n’a constaté d'amélioration dans son état. C'est pourquoi il s’est décidé à venir à l'hôpital. €
Pendant le premier mois de son séjour à l’hôpital on lui fit sans succès quatre injections intra-fessières d'huile grise.
Le malade qui avait entendu parler de la nouvelle préparation 606 désirait ardemment que ce traitement lui fût appliqué. Sur ses instances une injection intra-musculaire bi-lombaire de 606 lui fut faite le 28 septembre.
Il éprouva peu ou pas de douleurs immédiates mais présenta de l’insomnie pendant cinq jours etaccusa une constipation intense. Température 38°8 le soir de l'injection.
Goctobre. — La douleur au lieu de l'injection persiste encore, mais supportable. Dés le » oetobre il entend parfaitement de l’oreiile droite.
& octobre. — Sa voix est devenue à peu près normale. Le 6 octobre, les papules se sont affaissées sur toute la surface du corps mais la pigmentation persiste. Jusqu'à cette date on ne constate aucun changement en ce qui concerne sa leucoplasie, Maïs quand le malade est examiné à nouveau le 8 octobre ses lèvres qui, l'avant-veille encore présentaient de nombreuses érosions avec leucoplasie, sont complètement cicatrisées. Les taches blanches constatées au niveau de la langue sont presque entièrement disparues.
La réaction de Wassermann très positive le ra septembre, reste très positive Le 18 octobre quand le malade quitte l'hôpital.
OBSERVATION II (Due à l'obligeance de M. le D'Milian.) : 1.
À..., artiste dramatique, âgé de cinquante ans, a contracté la syphilis à l’âge de vingt-trois ans. A la suite d’un chancre scrotal diagnostiqué et traité par le D' Portalier le malade eut quelques plaques muqueuses dans la bouche. Il prit des Pilules pendant trois années et cessa son traitement jusqu'à 1904. C'est en 1904 que sa leucoplasie commença. Malgré trois séries dé 10 piqüres de benzoate de mercure faites par le D’ Lacapère « le blanc n'a fait qu'augmenter » dit le malade. Il vient donc consulter pour sa leucoplasie le 20 octobre 1910. La pointe de la langue et læ partie postérolatérale droite présentent une véritable carapace de leucoplasie. Il existe, tout à fait en arrière à droite, une saillie blanche de la dimension d'une grosse lentille, hyperkératosique. Ïl ÿ a trois points analogues vers la pointe de la Tangue mais plus petits. Sur le dos de la langue en arrière et à gauche la muqueuse est dépapillée, lisse, un peu opaline.
On observe sur la face interne de la joue gauche une traînée blanchâtre en Y qui occupe toute la muqueuse visible entre les dents, à part un demi centimètre en haut et en bas à la partie postérieure, lorsque la bouche est ouverte au
maximum. À la joue droite lésion minime, à peine appré-
- ciable. À la lèvre inférieure carapacé moins épaisse que sùr
la langue mais totale, Il n’y à rien à la lèvre supérieure ni au
pharynx.
So —
Aucune ulcération bucco-linguale.
Le malade a ses réflexes rotuliens et achilléens. Ses pupilles réagissent normalement. A l'auscultation du cœur on trouve un bruit râpeux méso-systolique dans la région préauriculaire droite. Le deuxième bruit aortique est clangoreux. Une radiographie faite le 22 octobre décèle une grosse aortite chronique sans ectasie. Les urines sont normales.
Une injection intra-musculaire lombaire de 606 est faite le 24 octobre. On injecte 53 centigrammes. Le 31 octobre la Jleucoplasie a diminué de moitié comme épaisseur et comme étendue.
Le malade trouve que sa langue est devenue plus souple.
14 novembre. — On fait une nouvelle injection, intra-veineuse cette fois, de 4o centigrammes.
2 décembre. — Une autre injection intra-veineuse de 4o centigrammes est pratiquée et dès ce jour le malade, qui n'est pas revenu depuis, est satisfait car il nous dit que son mal « diminue tous les jours ». Notons que sa réaction de Wassermann, négative le 21 octobre, est encore négative le
14 novembre et le 2 décembre.
OBSERVATION III (Due à l’obligeance de M. le D‘ Milian.)
Louis L..., jardinier,quarante-six ans, a eu son chancre. il y a cinq ans. Il vient consulter le 25 octobre 1910. On sent encore dans le sillon balano-préputial,près du frein à gauche,
l'induration, vestige de l’accident primitif,
Les lésions qu'il présente au niveau de la langue se sont développées depuis six mois. En avant du V lingual il présente de vastes ulcérations entourées d’un infiltrat scléro-gommeux qui donne à toute la langue un aspect mamelonné extraordinaire. A la périphérie, et jusque vers la pointe, leucoplasie opaline légère. Sur le côté droit de la langue ulcération de la dimension d'une pièce de un franc dont le bord postérieur est saillant. Les réflexes sont normaux. Pas de signe d’Argyll-Robertson. Rien au cœur. Urines normales. La réaction de Wassermann le 25 octobre est très positive. On fait une première injection de 606 intramusculaire bi-lombaire de 9 centigrammes le 28 octobre.
& novembre 1910. — La plupart des ulcérations sont cicatrisées. L’infiltration s’affaisse, la rougeur diminue. Le malade peut manger depuis quatre jours. La leucoplasie demeure stationnaire.
19 novembre. — La guérison est presque complète. Toutes les ulcérations sont cicatrisées. La leucoplasie est à peu près guérie en totalité. Il en reste encore trois bandes légères. Teint frais, mine excellente. On pratique une nouvelle injection, intra-veineuse, de 50 centigrammes.
9 décembre. — État stationnaire. Le Wassermann, pratiqué à nouveau le 16 décembre, est négatif. A cette date, nouvelle injection intra-veineuse de 606 de 5o centi-
— grammes.
| 24, décembre. — Il ne reste que l’infiltration linguale, mais elle a diminué considérablement depuis le début du
traitement. La leucoplasie n’existe plus.
e RE