CHAPITRE IX
Sommaire : Inhalation d'acide sulfureux et d'acide snltiiydrique. — Eaux minérales sulfureuses : Eaux- Bonnes, Cauterets, Allevard, Saint-IIonoré, etc. — Lavements d'acide sulfhydrique et d'acide carbonique.
En 1883, Kircher prétendit que les ouvriers employés dans les usines où se dégage de Yacide sulfureux ne sont jamais phtisiques. Aussitôt Rombro et Popotî en Russie, de Renzi et Cantani à Naples, Cullimore à Londres, essayèrent les inhalations sulfureuses et obtinrent de bons eiïets sur les phtisiques. En 1887, Solland, de Cherbourg, et Auriol, de Bellegarde-du-Gard, publièrent des cas de phtisie guéris par ce procédé. Puis Dujardin- Beaumelz expérimenta ces inhalations avec ses deux élèves Deschiens et Daricx ; il constata que quelques malades étaient améliorés, mais que les bacilles ne disparaissaient pas dans les crachats. Pendant les 3 ou 4 premiers jours l'expectoration est très abondante et très liquide ; puis au bout de 4 à 5 jours, elle diminue et les crachats deviennent blancs. La grande facilité de l'expectoration est sur-
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louLremarquahlc.Nouscroyonspouvoirexpliquor celte heureuse action en la rapprochant des expériences de François Franck qui a démontre que, chez les animaux, les inhalations d'acide sulfureux provoquentun resserrement actif dcspctitcsbronches et un spasme du tissu pulmonaire, par action réflexe agissant sur les muscles de Reissessen. Par ce mécanisme, les alvéoles et les hronches sont facilement vidées, et les malades, débarrassés de leurs produits putrides, voient leur oppression etleurs sueurs diminuer, l'appétit, le sommeil et le poids du corps augmenter. Mais cette médication est sans effet sur les phtisiques épuisés par la fièvre et la diarrhée. J3ujardin-Beaumetz a remarqué que ces inhalations no provoquent pas d'hémoptysies, et qu'elles sont d'autant mieux supportées que les malades ont des lésions plus étendues.
On commence par faire hrnler dans une chambre S grammes de soufre par mètre cube, et on augmente tous les jours la dose jusqu'à 20 grammes. On fait dégager le gaz deux heures avantd'introduire le malade dans la pièce où il doit rester pendant quatre heures. Comme les patients éprouvent des éternuements, du larmoîment, des quintes de toux, de la séclieresse de la gorge, Auriol a conseillé d'atténuer ces symptômes pénibles
en mêlant à la fleur de soufre un peu de benjoin et de poudre d'opium.
De Renzi et Cantani ont fait subir avec succès aux phtisiques des inhalations àliydrogène sulfuré ou acide sulfhydrique, essayées autrefois par Kortum. Quelques auteurs ont prétendu que ce gaz détruisait les bacilles tuberculeux et que les eaux sulfureuses devaient leur action à cet agent bactéricide. Voyons donc si ces eaux peuvent guérir la phtisie pulmonaire.
La France possède la plus belle gamme d'eaux sulfureuses du monde entier. Mais la source qui a été partout recommandée aux phtisiques, est celle d'Eaux-Bonnes, dans les Basses-Pyrénées. Cette station est située à 725 mètres au-dessus de la mer; elle est assez peu confortablement installée et n'offre aux malades pour toute promenade qu'une petite route, appelée promenade horizontale. Son eau, qui contient 2 centigrammes de sulfure de sodium par litre, a été par les uns accusée de tous les malheurs et parles autres 'gratifiée de tous les bienfaits. Quand on demandait à Pidoux comment une eau, contenant si peu de soufre, pouvait être si active, il répondait : « Les principes qui forment les éléments d'une cauminorale y sont dynamisés d'une manière spéciale, et ont, dans cette I. 8*
syiillioso naturelle, des forccsqiio leur enlève presque complètement l'analyse. » Voilà une chimie qui frise singulièrement l'Iioméopathiel Aussi, quoique je me refuse àcomprendre comment quelques cuillerées à café d'une eau contenant 2 centigrammes de sulfure de sodium par litre, peuvent produire alternativement la mort ou la guérison des phtisiques, tout comme la lymphe de Koch, nous allons exposer les vues Imaginatives de Pidoux à cet égard.
Autrefois Bordeu avait constaté que les plaies d'arquehuse étaient améliorées aux Eaux-Bonnes; alors on pensa que les plaies pulmonaires seraient aussi heureusement influencées; que ces eaux agiraientpar irritation substitutive, changeant en une affection aiguë, c'est-à-dire susceptible d'une solution favorable, une maladie chronique dans laquelle l'effort médicateur de la nature est inférieur au mal qu'il doit vaincre. Voici les propres paroles de Pidoux : « J'ai parlé des effets irritants de l'Eau-Bonne, véritablement pathogénétiques, qui paraissent se substituer plus ou moins franchement à l'irritation tuberculeuse dont le tissu pulmonaire est frappé. Ce n'est point une vue de l'esprit. Ces effets, on les constate positivement pendant et après les cures. Nul doute qu'une congestion Iher-
maie plus ou moins vivo no s'opcro sur les points déjà alfeclcs de bronchite et de pneunomie tuberculeuses, qu'on ne voie cette sphère de fluxion subinllanmiatoire s'étendre et s'aviver. Ces effets pathogénétiquos de l'eau miuéraledurent quelquefois long temps encore après la cessation de la cure. Les malades regrettent d'avoir pris les eaux; le médecin lui-même commence à craindre que leur action n'ait fait que s'ajouter à celle de la maladie pour la précipiter, lorsque après plusieurs semaines et plusieurs mois de cette exaspération artificielle, une réaction en sens inverse s'opère enfin graduellement. » Ainsi voilà un malade qui, pendant qu'il prenait par petites doses fractionnées G à 8 centigrammes de sulfure de sodium en 25 jours (Pidoux recommande d'arriver graduellement à deux demi-verres par jour), aura vu son état s'aggraver; puis il verra petit à petit ces 8 centigrammes de sulfure de sodium faire sur son poumon une cure merveilleuse à trois mois de distance. Cet emmagasinement de quelques centigrammes de soufre produit des effets si extraordinaires que la science me parait être incapable de les expliquer!
j\lais supposons que les 8 centigrammes de sulfure de sodium n'existent pas, ne pourrait-on pas expHquer tout différemment
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ces altcnjuLives d'aggravation et d'amélioration cliez les malades? Un phtisique arrive de Paris aux Eaux-Bonnes; il est fatigué par un long voyage effectué en chemin de fer, puis en voiture. Si, au lieu de se reposer, il va se promener pour jouir du paysage nouveau, do l'air de la montagne qui paraît si agréahle quand on sort de l'atmosphère impure des grandes villes; s'il se fatigue dans des excursions faites avec des gens bien portants, « la congestion thermale, » se fait sentir. Mais bien souvent je la vois aussi à Cannes, cette congestion thermale, et je ne crois jias que les eaux de Cannes soient thermales. Puis le malade rentre aggravé chez lui; là, son médecin lui impose le repos, il s'améliore et ce fameux effet bienfaisant, postérieur à la cure d'eau, se fait sentir. Ainsi s'explique tout cet appareil merveilleux.
Les accidents qui surviennent pendant la cure des Eaux-Bonnes sont fréquents et le professeur Petern'a pas craint de les dévoiler. « Ce que je dis n'est pas l'expression isolée d'une opinion personnelle, mais l'écho très amoindri de confidences émues. Plus d'un médecin pourrait citer tel cas qui l'a effrayé et l'a conduit à renoncer à l'usage des eaux sulfureuses, dans la crainte d'éprouver la répétition d'accidents dont il a été rendu