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CHAPITRE XIII

Sommaire : Iode; iodures alcalins; iodoforme; iodure de fer. — Biiodothymol ou aristol. — Sublimé corrosif; biiodurede mercure; calomel; thymol acétate de mercure; frictions mercuricUes. — Aniline. — Acide phénique. — Acide phénylpropionique. — Résorcine. — Pétrole. — Naphtaline. — Naphtol camphré.

Les inhalations de vapeurs tViode ont été autrefois très usitées dans le traitement de la phtisie pulmonaire. Pidoux raconte qu'en 1848, il fut cliargé de remplacer Piorry dans son service de la Pitié. « Je trouvai, dit-il, sur la table de nuit de tous les phtisiques, un bocal au fond duquel on avait placé des parcelles d'iode métallique, exhalant des vapeurs et une odeur très prononcée de ce métalloïde. Les malades devaient aspirer souvent dans la journée ces vapeurs qui s'exhalaient d'ailleurs constamment auprès d'eux. Ils toussaient continuellement, n'y tenaient plus. Quelques-uns avaient des crachats sanglants et généralement une expectoration pituiteuse qui exigeait des efforts cruels. Ils me supplièrent de les délivrer de ce surcroît de mal. Je le fis, lorsque après une semaine d'observa-

DE LA PHTISIE PULMONAIRE IbJ

tion, je me fus convaincu que ce traitement, employé depuis loni^tcmps déjà, n'avait fait qu'exciter les poumons en pure perte. » Les vapeurs d'iode, comme celles d'acide fluorhydrique , ne sont favorables que dans le traitement du rhume de cerveau.

Noël Gueneau de Mussy et Grancher ont donné chaque jour à quelques tuberculeux 20 gouttes de teinture cViode dans du vin sucré ou de l'eau-de-vie. J'ai fait la même prescription à deux phtisiques qui avaient des adénites cervicales; elle a été bien supportée, mais je ne puis pas dire que j'en ai obtenu des résultats appréciables.

Plusieurs médecins, entre autres Peper, de Pensylvanie, et Reverley Robinson, de New-York, ont fait des injections intra-pulmonaires de teinture d'iode diluée, chez des phtisiques porteurs de cavernes ; chaque injection était suivie do quintes de toux et de douleurs thoraciques, quelquefois même d'une légère hémoptysie. Ces injections n'ont procuré aucun résultat heureux.

Viodure de potassium a été souvent prescrit aux phtisiques. Germain Sée le recommande dans la tuberculose chronique apyrétique; il le considère avec raison comme un des meilleurs médicaments expectorants. Il rend les sécrétions fluides et a une réelle action anti-

dyspnéiquc.G.Séepenseaussi qu'en facilitant Icxpectoration, il expulse les bacilles contenus dans les alvéoles pulmonaires. Il donne 18^,50 à 2 grammes d'iodure de potassium par jour, avec S centigrammes d'extrait thébaïque. En 1887, Lépine recommanda l'usage de l'iodure de potassium dans la phtisie aiguë, et aussi chez les malades qui ont des poussées tuberculeuses fébriles. En 1888, Stuecker employa l'iodure de potassium dans les formes fibreuses de la phtisie; il en condamne l'emploi chez les phtisiques qui crachent abondamment, ou chez ceux qui crachent du sang-. Landouzy a bien voulu me faire examiner une dame phtisique qui avait étéfortgravement atteinte et que l'usage prolongé de l'iodure de potassium avait énormément améliorée; je puis d'autant plus affirmer l'amélioration de cette malade, que deux ans auparavant je l'avais soignée, à un moment où elle avait une fonte purulente de la moitié d'un poumon : quand je l'ai auscultée sur l'invitation de Landouzy, elle n'avait plus que de la submatité et de la rudesse avec faible amplitude de la respiration, c'est-à-dire des signes de cicatrices. J'ai donné moi-même souvent l'iodure de potassium aux phtisiques, et je crois être certain que ce médicament, ou ses congénères les iodures de sodium et

d'ammonium, sont de merveilleux médicaments pour favoriser l'expulsion des détritus pulmonaires. Je n'oublierai jamais un tuberculeux, qui fut tout à coup atteint d'une bronchite pseudo-membraneuse fébrile. Il rejetait avec la plus grande peine des matières fibrineuses, semblables à du corail blanc; il étouffait et demandait la mort à grands cris. Je lui prescrivis 2 grammes d'iodure de potassium par jour ; ce fut un véritable changement à vue : en 24 heures il respirait facilement, crachait abondamment ses productions pseudo-membraneuses et en 15 jours il était complètement guéri de cet accident. Mais depuis 3 ans je ne prescris plus l'iodure de potassium aux phtisiques, parce que j'ai eu le malheur de provoquer de violentes liémoptysies chez deux tuberculeux ainsi traités, qui n'avaient jamais craché le sang auparavant. Cet admirable médicament est trop difficile à manier chez les malades atteints de tuberculose pulmonaire, car rien ne peut fau-e prévoir les accidents formidables qu'il est capable de provoquer.

En 1887, Cavagnis prétendit que l'iodure de potassium est un spécifique de la tuberculose. Il introduisit pendant 50 jours 3 centigrammes d'iodure de potassium dans l'estomac de 2 cobayes, puis les inocula sous la

peau avec des crachats tuberculeux; il leur donna encore de l'iodure pendant les 35 jours suivants, les laissa sans traitement pendant 34 jours et les sacrifia, ils étaient sains. Ces expériences n'ont pas été confirmées.

L'iof/o/brm(? fut donné pour la première fois aux phtisiques par Moleschott en 1878. Puis, en 1879 Semmola, de Naples, annonça au Congrès d'Amsterdam qu'il avait obtenu des résultats très favorables en donnant aux phtisiques 40 à 50 centigrammes d'iodoforme chaque jour, par doses fractionnées. Il prétendit avoir produit la diminution de la toux quinteuse par l'action anesthésiante du médicament, la diminution de la fièvre par la désinfection des matières putrides accumulées au niveau des points ramollis ; en même temps l'état local et l'état général étaient améliorés. Germain Sée a simplement constaté, qu'à la dose de 30 à 40 centigrammes, l'iodoforme calme les douleurs des phtisiques. Drasche, Schnitzler, Kowalski à Vienne n'ont obtenu que des résultats douteux. Ransome, en \ 884, donnaà21 phtisiques 25 centigrammes d'iodoforme par jour, il prétend avoir obtenu une amélioration dans la moitié des cas. Généralement on mélange la coumarine à Fiodoforme pour lui enlever son

odeur pénétrante et désagréable. On formule ainsi la masse pilulaire :

Jodoforme l gr-

Extrait de laitue 1 gr.

Couniarine 0 gr. 10.

pour 20 pilules; en prendre 4 à 8 par jour.

J'ai ordonne l'iodoforme àun grandnombre de phtisiques, et je n'ai jamais constaté le moindre effet heureux chez eux; plusieurs fois ce médicament a provoqué des troubles gastriques qui m'ont obligé d'en arrêter l'usage.

Kùssner et Fraenkel ont pratiqué des Ma/alions d'iodoforme. Ils prétendent avoir ainsi atténué la toux et arrêté la fièvre hectique. Sormani a fait respirer des vapeurs d'iodoforme dans de l'air comprimé avec l'appareil de Waldenburg. Rummo a employé en inhalations un mélange de 25 grammes d'essence de térébenthine et de 1 gramme d'iodoforme. Davezac, de Bordeaux, a fait inhaler avec un flacon laveur ordinaire un mélange composé de :

lodoforme of,

Essence de térébenthine 30 —

Huile d'arachides 1^0

Essence de bergamote 2—50.

Acide thjmique 2—50.

Un grand nombre de médecins ont injecté

SOUS la peau de l'iocloformc dissous dans l'huile ou la vaseline liquide. En 1882, Fraenkel fit des injections intra-pulmonaires d'une solution huileuse d'iodoforme à o 0/0; en 1890, Spilmann employa une solution alcoolique au quart. Les résultats ne furent pas encourageants. Shinglcton Smith a employé en 1883 les injections intra-pulmonaires d'éther iodoformé.

L'iodoforme n'a aucune action curative sur la tuberculose pulmonaire, tandis qu'il a une action éminemment curative sur la tuberculose des articulations et sur les abcès froids. Dès 1881, Mosetig-MoorhofFetMikulicz l'employèrent avec le plus grand succès. Puis Billroth, Verneuil, Reclus, Verchère, Bruns, Krause, Frentzel, Max Schûller, Winiwarter, Senn, Testa, Arens guérirent de nombreux cas d'abcès froids, de tumeurs blanches du genou et de la hanche, en injectant dans les foyers tuberculeux des solutions de glycérine, d'huile ou d'éther iodoformé à 10 pour 100. Jamais on ne constata le moindre accident sérieux; seul Frentzel a observé, qu'à la suite d'injections de 4 ào g-rammes d'iodoforme la température du corps subit une élévation momentanée.

L'expérimentation va nous montrer pourquoi l'iodoforme ne guérit pas la tuberculose

pulmonaire et pourquoi il guérit les tuberculoses chirurgicales.

D'une part, en 1887, Rovsing, clans le laboratoire de Salomonsen, à Copenhague, a vu que si on mélange du tissu tuberculeux avec de l'iodoforme, que si on inocule une parcelle de cette masse dans la chambre antérieure de l'œil du lapin, on ne voit survenir aucun retard dans l'évolution de la tuberculose locale et de la tuberculose générale. Tilanus, Liibbert, et tout récemment Troje et Tangl, ont vérilié ces expériences. D'autre part, von Ruyter et Behring ont vu que si on mélange du pus et de riodoformc, cette substance est décomposée; le même résultat est obtenu si on place l'iodoforme avec un mélange de sérum et de staphylocoques ou de streptocoques pyogènes ; la même décomposition est produite si on mélange l'iodoforme avec les ptomaïnes extraites des cultures de microbes pyogènes. Ces expériences démontrent qu'en présence du pus ou de ses éléments, l'iodoforme se transforme en des produits divers, probablement en iode et en acides iodique et iodhydriquc. Ces produits de décomposition sont beaucoup plus actifs que l'iodoforme lui-même, et l'on peut admettre qu'ils ne peuvent pas naître autour des granulations tuberculeuses pulmonaires

non purulentes, ou même dans un magma purulent parce qu'il est toujours mélangé de mucus. Enfin Troje et Tangl ont vu que si on mélange des cultures tuberculeuses avec de l'iodoforme, ou si on place ces cultures dans des vapeurs d'iodoforme, les bacilles ne sont tués qu'après un contact de 50 jours. Ce contact continuel et prolongé ne pourrait être obtenu que par des injections interstitielles fréquemment répétées, eiïectuées avec de fortes doses d'iodoforme, et une telle méthode est impraticable dans le poumon.

L'iodure de fer a été prescrit à quelques phtisiques par Noël Gueneau de Mussy, Hérard et Cornil, Hanot, Bucquoy . Nous ne craignons pas de l'ordonner à un certain nombre de tuberculeux lymphatiques, à la dose de 20 à 25 centigrammes par jour. Gallard conseillait le carbonate de fer à la dose de 40 centigrammes par jour; quand cette préparation étaitmalsupportée par l'estomac, il l'associait au bicarbonate de soude, ou la remplaçait par l'eau d'Orezza.

Je n'ai pas vu d'accident survenir pendant l'usage de l'iodure de fer par un grand nombre de tuberculeux, et je n"ai pas vérifié les craintes exprimées par Trousseau, Blache, Pidoux, Germain Sée, qui condamnent en bloc toutes les préparations ferrugineuses, leur

imputant l'apparition dos hémoptysies et de la fièvre.

Le buodolhymol ou arislol est composé de quatre parties d'iode pour une de thymol. Ce corps solide a été appliqué au traitement du lupus et des ulcères tuberculeux par Eichhoff et par Brocq en 1890. Nadaud, de La Rochefoucauld.^ a pratiqué chez les phtisiques des injections sous-cutanées d'aristol. Il se sert d'une solution de 1 gramme d'aristol dans 100 grammes d'huile d'amandes douces stérihsée. Il injecte le premier jour 1" de la solution, le 2« jour 2'=S le 5« jour S^c. H a ainsi traité 23 malades pendant 25 à 30 jours : dans sept cas, l'amélioration a été telle qu'on pouvait croire à une guérison complète ; dans 5 cas une rechute est survenue après la cessation du traitement mais, après une seconde série d'injections, la guérison s'est maintenue: 3 phtisiques porteurs de grandes cavernes n'ont pas été influencés ; 2 malades sont morts et les 6 derniers sont seulement améliorés. Ces résultats sont superbes ; malheureusement ils n'ont pas été confirmés par Dujardin-Beaumetz, qui se contente de dire : « Nous avons observé que quelques malades éprouvaient un bénéfice du traitement, comme avec les injections des autres substances antiseptiques. » Aussi est-

il prudent de reproduire ce passage si judicieux du rapport présenté par Hérard à l'Académie de médecine : « Pour passer dans le domaine de la pratique, les faits qui servent de base au mémoire de Nadaud ont besoin d'être contrôlés par d'autres expérimentateurs. Ce n'est que lorsque les observations auront été nombreuses, accompagnées de détails minutieux, qui seuls en permettent la juste appréciation, lorsque surtout il se sera écoulé un temps suffisant, non pas seulement des mois, mais des années, après la cessation du traitement, que l'on pourra juger définitivement de la valeur de la médication par l'aristol. »

L'histoire des applications des composés mercuriels au traitement de la tuberculose pulmonaire, est une longue suite de déceptions. S'il est un antiseptique puissant et ufiiversel, c'est bien le sublimé corrosif. Ce corps a été prescrit sous toutes les formes auxphtisiques, et on n'a obtenu aucunrésultat durable. Le sublimé tue les microbes dans les cultures de laboratoire, et partout en dehors de l'organisme vivant; il les tue encore à la surface du corps ou dans les cavités peu profondes comme le vagin ou la bouche. Mais dans le poumon on n'obtient plus les merveilleux effets toujours produits sur les plaies ou

la muqueuse vaginale. Avant d'arriver aux alvéoles, soit en passant par le sang, soit en passant par la trachée, les antiseptiques se modifient, ou bien ils ne restent pas assez longtemps ou contact des points infectés. Le poumon est un mauvais milieu d'expérience pour l'antisepsie locale; on ne peut pas panser cet organe.

En 1883 Hiller fit dans le service de Leyden, à Berlin, des injections sous-cutanées de a milligrammes et des injections intra-pulmonaires de 2 milligrammes de sublimé; il n'obtint aucun résultat. Gougenhein pratiqua aussi des injections intra-pulmonaires, à travers le premier espace intercostal, de 1 à 2 milligrammes de sublimé dans les cas d'infiltration, de ramollissement ou d'excavation. Ces injections sont complètement abandonnées.

En 1884, Miquel et Rueiï essayèrent les inhalations d'une solution de :

Biiodure de mercure i gramme.

lodure de potassium 1 —

Eau 1 litre.

qui était introduite dans les poumons par un pulvérisateur à vapeur. Ils ont constaté une diminution de la toux, de l'expectoration, des bacilles, l'atténuation des symptômes généraux et locaux. Je dois dire que j'ai conseillé ces pulvérisations à une dizaine de malades

et qu'aucun d'eux n'a éié favorablement influence.

D'autres médecins ont employé les inhalations de pondre de calomel, espérant que ce corps insoluble se transformerait dans l'organisme en sublimé soluble, à l'état naissant. On a fortement abusé de ce fameux « état naissant » en tliérapeutique; c'est tomber dans l'enfance de l'art que de supposer des propriétés merveilleuses à une substance qui se forme au moment oii elle doit agir. Est-ce que par hasard les propriétés antiseptiques du sublimé tiendraient à son jeune âge, et ne seraient plus l'apanage de son âge mûr? Ce sont là des applications enfantines de la chimie à la médecine, et indignes de ces deux sciences.

Dochmann a étudié fort sérieusement, et sans présomption théorique, fa médication interne des phtisiques par le calomel, en pilules de 12 milligrammes; ses malades ingéraient ainsi 1 gramme à 1^%40 de calomel par jour pendant 6 jours; puis il suspendait la médication pendant 3 jours et la reprenait. Il n'a pas modifié les lésions tuberculeuses par ce traitement.

Tout récemment, Tranjen a pratiqué dans le service d'Ewald, à Berlin, des injections de i gramme d'une solution de O^'STo do

thymol acélale de mercure dans 10 grammes de paraffine liquide. Il pratiquait ces injections tous les 7 ou 8 jours dans la masse des muscles fessiers; il prétend avoir ainsi amélioré 11 phtisiques.

Kubassow et Strisower traitent les tuberculeux par les friciions mercurielles. Ils emploient 4 grammes de mercure par jour et interrompent les frictions quand la salivation survient. Ils prétendent obtenir ainsi une amélioration de l'étal local et de l'état général, ladinn'nution et même quelquefois la disparition desbacilles dansles crachats. Mais Lassar, de Berlin, a fait remarquer que, chez les tuberculeux syphilitiques, les frictions mercurielles déterminent souvent des hémoptysies et une aggravation manifeste de la tuberculose.

En 1887, Kremiansky, professeur de thérapeutique à Kharkow, déclara qu'il avait guéri deux phtisiques très avancés et fébriles par des inhalations à'huile d'aniline, faites au moyen d'un appareil construit d'après le principe du narghilé. Pietro Bertalero a donné 50 à 60 centigrammes d'aniline par jour à 8 phtisiques parla voie stomacale; il'prétend aussi avoir obtenu des résultats surprenants. On a reconnu que ce mode de traitement n'a aucune efficacité et qu'il provoque une grande faiblesse chez les malades.

TEAITEMENT

Toat récemment Boinet a vu que les produiLs lubcrculcux mélangés à un des nombreux vi(3lets d'aniline, donnaient aux animaux une tuberculose atténuée; et il a obtenu de bons résultats en injectant dans des ganglions tuberculeux une solution de kryslaiviolet. Dernièrement Pctteruti et Mirto ont pratiqué des injections intra-pulmonaircs d'une solution de pyoctanine, ou violet de mélhylo, à 1 pour 500 cbez les pbtisiques. Elles ont été quelquefois suivies d'accidents de néphrite aiguë.

Les injections sous-cutanées d'acide phénique avaient été essayées autrefois par Déclat dans le traitement de la phtisie pulmonaire. Elles furent reprises en 1876, par Schnitzler, de Vienne, sur plus de 100 phtisiques, qui recevaient chaque jour 1 ou 2 grammes d'une solution d'acide phénique à 2 0/0. Ces injections ne produisirent qu'un abaissement momentané de la fièvre. En 1887, Filleau et Léon Petit obtinrent de bons résultats de semblables injections. Mais Dujardin-Beaumetz, avec une solution d'acidephénique dans la glycérine à 2 0/0, observa des phénomènes d'intoxication, du refroidissement et des vomissements; il proscrit les injections phéniquées.

En 1881, Diculafoy a essayé des injections intra-pulmonaires d'acidephénique;iin'aiohlen\i

DE LA PHTISIE PULMONAIRE IHd

que do mauvais résultats; ses malades ont eu des douleurs et leur toux a augmenté. Sokolowski, Fraenkel et Ueverley Robinson n'ont pas obtenu de meilleurs effets.

En Angleterre Burney-Yeo et Théodore Williams ont préconisé les inhalations d'acide pliénique. Rothe recommande de mettre dans 30 grammes d'eau lo à 20 gouttes du mélange suivant :

Acide phénique. ... S grammes.

Teinture d'iode. . . . l —

Alcool 3 —

Eau 25 -

ThéodoreWilliamsa aussi vanté en 1889 un dérivé du coaltar, Yacide phcmyl-propionique. Il prescrit trois fois par jour 10 à 20 gouttes d'une solution alcoolique de cette substance. Chez la plupart des phtisiques ainsi traités, il constata une augmentation du poids, de l'appétit et des forces ; mais l'expectoration et la toux ne diminuèrent pas. Tachini et Passerini, en 1892, ont conseillé aux phtisiques des inhalations de mono-chlorophénol ; c'est un corps volatil dont les vapeurs sont plus lourdes que l'air. Ces inhalations antiseptiques ont donné de bons résultats à ces auteurs.

En 1880 Leblond et Baudier proposèrent de volatiliser la résorcine sur une capsule mé-

talliquc chaufTée. Ils faisaient aussi ingérer à leurs phlisiquos 50 centigrammes de résorcino par les voies digestives.

Autrefois Walslie, de Londres, recommandait l'emploi (la pétrole brut, dans le traitement de la phtisie pulmonaire, à la dose de 3 ou 4 cuillerées à café dans une infusion aromatique. Il prévient que ce médicament diminue quelquefois l'expectoration si brusquement, qu'ilprovoque dosliémoptysies. En 1878René Blache reconnut que les ouvriers phtisiques d'unraffineur de pétrole traitaientavecsuccès leur maladie en avalant chaque jour deux ou trois cuillerées à café de pétrole brut. Aussi conseillait-il aux phtisiques de prendre quotidiennement quatre capsules contenant chacune 25 centigrammes de cette substance. J'ai soigné un malade qui prenait chaque jour une cuillerée à soupe de pétrole brut; il supportait très bien ce médicament, ce qui ne l'a pas empêché de mourir plus tard de méningite tuberculeuse. Cherbakoff, en 1887, a prétendu que six phtisiques traités par des inhalations depétrolebrut, avaient engraissé; que leur toux avait diminué et que les bacilles de leurs crachats avaient presque disparu. J'ai expérimenté sur les lapins tuberculeux des injections sous-cutanées de pétrole brut, qui m'avait été obligeamment envoyé par

Achille Le Bel, et je n'ai obtenu que des effets désas^^eux.

On a ordonne aux phtisiques la naphtaline à la dose de 1 à 2 grammes par jour; ce médicament, qui a une odeur repoussante, n'a aucune valeur pour les tuberculeux.

Le naphtol camphré est un liquide sirupeux formé de 1 partie de napthol B et de 2 parties de camphre; il ne peut se mélanger à l'eau, mais se mélange facilement à l'huile. Il a été employé avecle plus grand succès en injections interstitielles dans le traitement des adénites et des orchites tuberculeuses par Fernet, Reboul, Nélaton. On injecte 4 à 8 gouttes de naphtol camphré tous les 8 jours dans l'organe malade. En 1889, Fernet fit 41 injections intra-pulmonaires de naphtol camphré chez quatre tuberculeux présentant des points ramollis aux deux sommets pulmonaires. Les injections étaient faites 1 ou 2 fois par semaine à travers le i" ou le 2^ espace intercostal, et chaque fois on injectait 15 centigrammes de naphtol camphré. Mais Fernet constata plusieurs fois de la toux quinteuse avec suffocation et 15 fois de petites hémoptysies sur 41 injections. Chez trois malades, l'expectoration fut diminuée, et les signes physiques furent considérablement modifiés; les râles humides étaient remplacés par des

râles secs, mais on ne constatait pas de modifications dans l'état général. Ces résultats ne sont pas très encourageants, et je crois que l'on n'obtiendra jamais d'heureux effets des iujections antiseptiques intra-pulmonaires. Pour être efficace, ce pansement de poumon devrait être fait chaque jour avec une dose analogue à celle que Ton emploie dans le pansement des plaies superficielles. Or jamais un poumon tuberculeux ne peut supporter une pareille irritation. Aussi nous rejetons absolument les injections intra-pulmonaires, aussi bien celles d'acide phonique, que celles de naphtol camphré, que celles de nitrate d'argent qui furent employées en 1883 par Maragliano.

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