TRAIT EMENT
stationnairos ou même évoluent ». Et, il ajoute : « ces cas justifient l'opinion de quelques personnes qui disent (juela créosote est un trompe-l'œil ».
Guiter ne conseille l'usage des injections créosotées à haute dose que dans « la tuberculose à forme torpide » où elles feraient merveille. Mais tout fait merveille chez de tels malades, fl n'a obtenu aucun bon résultat chez les tuberculeux congestifs, et c'est cependant sur ceux-là que les médications nouvelles devraient agir, car c'est contre eux que l'arsenal de la thérapeutique actuelle est désarmé. Or les injections de créosote, non seulement ne leur sont pas favorables, mais elles leur sont nuisibles : nous venons de citer deux cas aggravés par cette méthode. Burlureaux rapporte qu'il a observé des poussées eongestives et même une pneumonie grave. Guiter a souvent constaté, après les injections chez les phtisiques fébricitants, une augmentation de la fièvre et de la respiration soufflante, de petites hérnoptysies, une angoisse extrême, une faiblesse alarmante. « Ces réactions formidables, dit-il, déjouent quelquefois toutes les précautions prises; elles éclatent avec brusquerie, alors que l'augmentation des doses a été très légère, que les premières avaient été assez bien tolérées... Ces assauts
répétés ne tardent pas à aggraver rapidement les lésions, à diminuer la résistance d'organismesaffaiblisetàprécipiterledénouement. »
Guiter ajoute que, môme dans les cas les plus favorables, le nombre des bacilles ne lui a pas paru sensiblement influencé par la médication.
Gimbertet ses imitateurs se servent d'une solution au 15^ de créosote dans l'huile d'olive; ils erfiploient divers appareils plus ou moins compliqués qui permettent à la solution huileuse d'être injectée très lentement; mais il est impossible de soumettre ces appareils à une stérilisation sérieuse. Aussi Guiter préfère-t-il avec raison une seringue contenant de 2 à 4 centimètres cubes, construite selon le modèle de Straus ou de Roux, possédant un pistonde moelle de sureau, pouvant être placée dans l'eau bouillante avant et après chaque injection, et munie d'une canule-aiguille en platine iridié selon le modèle de Debove. Ces aiguilles peuvent se stériliser au rouge sur une flamme. Il est bien entendu que la solution et le flacon qui la contient doivent avoir été portés dans un autoclave à 120°, et que la peau du malade a été stérilisée avec du savon et une solution de sublimé au SOO". Le malade peut parfaitement se faire lui-même chaque jour deux injections sous-cutanées d'huile créosotée, et absorber ainsi 30 à
40 centigrammes de créosote, ce qui est une doee très suffisante pour aider un traitement hygiénique sévère.
Peter n'admet aussi que les petites doses de créosote dans le traitement de la phtisie pulmonaire par les injections sous-cutanées. Il craint avec juste raison les réactions, les congestions autour des foyers tuberculeux. « Sans doute, dit-il, vous verrez parfois, sous l'influence de fortes doses de créosote, l'expectoration diminuer, les bruits pulmonaires disparaître, mais il n'y a là qu'une amélioration apparente, et si cette médication peut quelquefois donner des résultats chez des malades atteints de formes torpides, chez la plupart elle expose à des dangers dont je connais plusieurs exemples malheureux. »
Peter a observé dans son service deux cas de congestion et d'hémoptysie chez des malades absorbant 2 grammes de créosote introduits sous la peau; Ferrand a observé des cas analogues à l'hôpital Laënnec; nous signalerons aussi le fait suivant qu'Ernest Besnicr a observé en 1891 : Une femme atteinte de tuberculose pulmonaire, en apparence torpide, a été prise subitement, au début de la 12" injection, d'une quinte de toux et d'une légère congestion de la face, accompagnée d'un mauvais goût dans la bouche; à la fin
de la journée elle présentait les signes d'une congestion intense des deux poumons qui persista pendant deux jours, laissant à sa suite un point de pneumonie au sommet gauche, avec état général très grave et hypothermie ininterrompue; au 4« jour on trouvait dans tout le poumon gauche des signes de pneumonie. Burlureaux avoue « qu'il ne connaît pas de médicament plus difficile à manier que la créosote, dont les degrés de tolérance soient aussi nomhreux et aussi variahles chez le même individu ».
Dujardin-Bcaumetz n'injecte que 1 gramme de créosote tous les 2 jours, parce qu'avec de plus fortes doses on peut provoquer des congestions pulmonaires et des crachements de sang. Il a vu que les grandes doses produisent quelquefois la perte de l'appétit. Lereboullet a fait aussi la même observation. Il ne faut pas croire, en elfet, que la créosote injectée sous la peau ne provoque pas les mêmes accidents digestifs que la créosote introduite dans l'estomac. Ce n'est pas la présence de la créosote dans l'estomac qui produit ces troubles fonctionnels, c'est sa présence dansle sang, quelle que soit la voie d'introduction. Dujardin-Beaumelz n'a jamais constaté de guérison par la méthode des injections : il la contre-indique complètement dans les formes
fébriles et congcstives avec hémoplysics. Il ne la conseille que dans les formes lentes et apyrétiqucs. Constantin Paul est aussi de cet avis et ne lui accorde pas une grande valeur. « Dansles tuberculoses peu avancées à marche torpidc, dit-il, on voit survenir le déclin des poussées. Mais ces oscillations, qui constituent la marche habituelle de la phtisie, ne permettent pas de conclure que de nouvelles poussées ne surviendront pas, comme d'ordinaire, plus graves et moins curables. » Nous voyons donc que les injections sous-cutanées de créosote à hautes doses ne sont pas appelées à révolutionner la thérapeutique de la phtisie pulmonaire, comme quelques médecins ont paru le croire. Du reste, la guérison apparente obtenue rapidement par un médicament est comme un paravent qui cache la maladie. La guérison obtenue lentement par l'hygiène est seule solide. En outre la voie sous cutanée est mauvaise quand on veut obtenir un effet continu et permanent. L'absorption et l'élimination du médicament se font trop rapidement. Il faut réserver la voie souscutanée lorsqu'on veut instantanément remédier à un accident brusque : douleur, oppression, angoisse cardiaque. Aux accidents lents on doit opposer une médication dont l'action est lente.
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En 1885, Lépine et Truc ont pratiqué des injections intra-pulmonaires de créosote dissoute dans l'alcool à 90°; ils employaient des solutions cà 2 ou 4 0/0 et en injectaient chaque fois 1 à 2«'' ; ils n'ont obtenu que de médiocres résultats. Rosenbusch en 1888, Spilmann, de Nancy, en 1890 ont injecté 5 à 6 centimètres cubes d'une solution huileuse ou alcoolique de créosote à 3 ou 4 0/0; ils n'ont pas été plus heureux. En 1890, Dor a essayé, dans le service de Garel, à l'hôpital de la Croix-Rousse de Lyon, les injeclions intra-trachéales dliuile créosotée chez les phtisiques ; il pratiquait 2 fois par jour une injection de 2 grammes d'une solution créosotique à 20 010. L'injection se fait avec une seringue à long tube; on doit pousser le piston rapidement au moment où les cordes vocales sont écartées par l'inspiration. Les résultats obtenus ne sont pas spécialement encourageants.
Le gdiacoU un des éléments constitutifs de la créosote, a été souvent employé depuis six ans dans le traitement de la phtisie pulmonaire. Il a la même action que la créosote. Introduit par la voie stomacale, il produit de bons effets à la dose quotidienne de 30 à 60 centigrammes en pilules; il excite l'appétit et augmente quelquefois l'acidité du
TUA ITEMKXT
SUC gastrique chez les phtisiques. Il a été surtout recommandé en Allemagne par Max Sciiullcr qui l'associe à l'iodoforme. Cette association a été adoptée en France par Labadie-Lagrave, et surtout par Picot, de Bordeaux. Ce professeur se sert d'une solution contenant :
Huile d'olive stérilisée. 100 centimètres cubes.
Gaïacol 5 grammes.
lodoforme 1 —
11 injecte 2 à 3 centimètres cubes de cette solution, c'est-à-dire 10 à 15 centigrammes de gaïacol par jour. Ce sont là des doses bien faibles, et cependant Picot prétend avoir obtenu ainsi la diminution de la toux et de l'expectoration, le dessèchement du poumon, quelquefois même la cessation de la fièvre et des sueurs et. l'augmentation du poids du corps. Dujardin-Beaumetz, Bucquoy, Robertson, Weillet Diamantberger, Rubinstein ont obtenu des résultats analogues. Il est vraiment intéressant de constater que les injections de très faibles doses procurent d'aussi bons résultats'temporaires que les injections de très fortes doses, et qu'il est absolument inutile de se livrer à des exagérations thérapeutiques, dangereuses pour la vie des malades. Picot prétend avoir ainsi trois fois trans-
DE LA PHTISIE PULMONAIRE r^lO
formé la tuberculose rapide en tuberculose cbrouique. Je n'ai pas été aussi heureux que lui ; j'ai suivi pendant deux mois une jeune phtisique fébrile qui recevait chaque jour2 ou 3 centimètres cubes de la solution de Picot ; 3 ou 4 heures après chaque injection sa température baissait d'un degré, puis remontait à 39» ou 39°, 5, et je n'ai observé chez elle aucune amélioration. Le gaïacol, comme la créosote, n'est qu'un adjuvant du traitement hygiénique de la phtisie.
Tout récemment Beugnies-Gorbeau a recommandé les injections sous-cutanées de gaïacol à haute dose. Chaque jour il injecte de lî?f,50 à 2«'-,S0 de cette substance. Il prétend avoir obtenu ainsi deux fois un arrêt « insolite » de l'évolution tuberculeuse. Mais de tels événements insolites surviennent pendant le cours de tous les traitements. Ce n'est pas avec deux fails, ce n'est pas avec 10 faits, c'est avec 100 faits observés pendant 5 ou 6 ans, que l'on peut imposer une nouvelle méthode de traitement des phtisiques.
Walzer, d'Aix-la-Chapelle, a proposé l'emploi du benzoïl-gaiacol, combinaison cristalline d'acide benzoïque et de gaïacol ; 90 centigrammes de cette substance équivalent à oO centigrammes de gaïacol. Il prescrit ce
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médicamonl en cachets. Son seul avantage est de n'avoir ni goût, ni odeur. Mais comme il se décompose dans l'estomac en acide benzoïque et gaïacol, le goût de cette substance arrive rapidement dans la bouciic des malades.
Haas conseille l'usage du s///mco/, ou éthcr cinnamique du gaïacol, qui est aussi insipide.
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