CHAPITRE XV
Sommaire : Huile de foie de morue. — Glycérine. — Résumé du traitement pharmaceutique.
L'huile de foie de morue est un admirable médicament pour les phtisiques quand il est bien toléré par leur estomac, et je puis dire que la moitié des phtisiques non fébriles que j'ai soignés l'ont fort bien supporté. C'est un aliment gras, rendu facilement assimilable par la présence des éléments biliaires et tenanten solution un certain nombre d'agents médicamenteux utiles. Aussi, il terminera, dans cette étude, la liste des médicaments et il ouvrira celle des aliments proposés dans le traitement de la phtisie pulmonaire.
L'huile vendue dans le commerce, sous le nom d'huile de foie de morue, provient des foies de la morue franche ou cabillaud de Terre-Neuve, du dorche ou dorsh de Norvège, du charbonnier ou merlan noir, des raies et des squales. Ce sont des huiles de foies de poissons. Ces foies, après avoir été séparés de leurs annexes et lavés à l'eau de mer,
TKAITKMENT
sont entassés dans des tonneaux de bois ou des caisses de fer perces inférieurement de trous par lesquels s'écoulent le sang et les sérosités. Les foies sont chauffés vers 60°, soit au bain-marie, soit par affusion d'eau bouillante. Il surnage alors une huile jaune pâle. Si les foies n'ont pas été traités immédiatement après leur extraction du corps de l'animal frais, les éléments contenus dans les canaux bilaires se dissolvent dans l'huile qui devient blonde, puis fauve. Le professeur Armand Gautier, avec l'aide de Mourgues et de Pilliet, a parfaitement démontré que ce phénomène, grâce auquel l'huile se charge de ses principes les plus actifs, n'est pas une putréfaction. L'huile surnageante devient acide, tandis que les viscères de poissons putréfiés deviennent alcalins. Elle n'a aucune odeur putride et 100 kilos de cette huile ne contiennent que des quantités indosables de méthylaminc, produit essentiel de la putréfaction. L'huile brune ou noire, douée d'une odeur repoussante, que l'on obtient en faisant bouillir avec de l'eau le résidu des foies qui ont déjà fourni l'huile potable, ne sert qu'à des usages industriels. On peut aider l'écoulement de ces huiles hoj's des foies par une compression graduée. On doit rejeter de la consommation les huiles
qui ont été décolorées, en laissant séjourner les foies dans l'eau de mer, qui leur enlève une partie de leurs principes actifs, et celles qui proviennent des foies mis en contact direct avec la vapeur d'eau qui enlève un srrand nombre de sels à l'Iiuile, entre autres les composés iodés et pliospliorés.
L'huile de foie de morue agit par ses corps gras devenus rapidement assimilables, grâce à leur légère acidité et aux principes biliaires qui rendent leur émulsion et leur digestion extrêmement faciles. Ainsi, en dehors de l'organisme, i'ai constaté que l'huile de foie de morue est la seule huile comestible qui s'émulsionne en présence d'une trace de chlorure de sodium. L'oléine et la margarine de cette huile sont des aliments gras, des aliments calorihques qui fournissent des réserves indispensables aux phtisiques. Mais ces huiles remarquables contiennent aussi de nombreux composés phosphorés; des phosphates, de l'acide phosphoglycérique, des lécithines. Gautier fait remarquer que ce phosphore, sous forme de combinaison organique, entre en cet état dans la constitution des noyaux cellulaires et des cellules du système nerveux. Gautier et Mourgues ont aussi trouvé dans ces huiles des alcaloïdes nombreux : la butylamine, l'amylamine, la
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inoiTliuiiic ol l'acide monliuiquc; ; l(;urs expériences ont démontré que ces substances cxcilcnt l'activité du système nerveux tropliique et augmentent l'appétit.
Gautier et Mourgues font remarquer que ces alcaloïdes si importants ne se rencontrent que dans les huiles colorées. // faudra donc absolument proscrire les huiles blanches. Du reste, depuis les mémorables recherches de de Jongh, tous les cliniciens ont constaté que les huiles fauves sont les plus efficaces. Les huiles pâles ne sont riches qu'en principes inorganiques: les huiles fauves contiennent ces mêmes principes, et, de plus, elles renferment les éléments biliaires et les alcaloïdes dont l'action est considérable sur la digestion, l'assimilation et la nutrition.
Walshe et Williams ont établi depuis longtemps que l'huile de foie de morue augmente rapidement le poids du corps, et dans une proportion qui dépasse celle de l'huile ingérée. J'ai vérifié ce fait sur des lapins ; ces animaux absorbent très facilement grammes d'huile par l'estomac, à l'aide d'un tube de verre recourbé que l'on a introduit dans le fond de leur bouche. J'ai vu 3 lapins qui avaient ainsi reçu 90 grammes d'huile de foie de morue en 30 jours, gagner l'un 690 grammes, l'autre 420 grammes et le dernier 120 grammes;
cet engraissement est bien supérieur à l'engraissement normal d'un lapin de 2 kilos.
L'huile de foie de morue, proposée aux phtisiques par Percival en 1790, a été surtout recommandée par les médecins anglais. Walshe déclara qu'elle produit une amélioration plus réelle et plus prompte dans les symptômes généraux et locaux, que tous les autres agents pharmaceutiques. Jaccoud dit qu'elle est l'agent le plus puissant du traitement pharmaceutique dans les phases apyrétiques. Grancher a vu que son usage produit une augmentation sensible des forces et a une action évidente sur l'évolution de la tuberculose. « J'ai vu assez souvent, dit-il, dans les divers services dont j'ai été chargé, des malades à qui l'huile de foie de morue a fait le plus grand bien, et je pourrais pubher l'observation de quelques-uns d'entre eux, qui, dans des conditions favorables, ont pu, après quelques mois de cette médication, obtenir une guérison temporaire, sorte de trêve du mal qui permet au malade de reprendre la vie commune, avec toutes ses fatigues, pendant plusieurs mois. » Je puis dire que j'ai obtenu de merveilleux résultats de l'huile de foie de morue, chez un certain nombre de malades, parmi lesquels je puis me citer. Cette substance est certainement