‹ Traitement de la phtisie pulmonaireChapitre 2 sur 25 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Sommaire : La phtisie est curable. — Mécanisme de sa guérison dans ses diCférentes formes et à ses différentes périodes.

Le médecin qui dirige le traitement des tuberculeux doit être profondément persuadé que la phtisie pulmonaire est curable. Laënnec croyait déjà à sa curabilité ; aujourd'hui les cliniciens du monde entier ont vérifié cette assertion.

On commença à ne plus essayer de nier la guérison possible des phtisiques, quand Nalalis Guillot à Bicôtre, Beau à la Salpôtrière montrèrent que, dans les autopsies des vieillards, on rencontrait souvent des cicatrices de petites ou de grosses cavernes pulmonaires. Ces faits furent confirmés par tous les médecins qui passèrent dans ces deux hospices. Tout récemment encore, des faits semblables furent constates à Paris par Vibert qui trouva 17 fois des tubercules guéris, fibreux ou crétacés, sur 131 autopsies faites à la Morgue chez des individus morts de mort violente; et à New- York par Loomis

qui rcnconlra sur 703 autopsies 71 fois dos lésions de tuberculose guérie chez des sujets morts d'aiïoctions étrangères à la phtisie pulmonaire.

Laënnec, PidouxJlcnriGuuncau dcMussy, Herard, Gornil et Ilanot, Charcot, Jaccoud, Peter, Grancher en France, Williams père et fils, Walshe, Ransome en Angleterre, Brehmer, Wolf, Dettweiler, Von Ziemmsen, en Allemagne, ont rapporté de nombreux cas de guérison de phtisie pulmonaire. Tout récemment le regretté Lcudet, de Rouen, disait à l'Académie de médecine, qu'il avait soigné 19 phtisiques, qui tous étaient guéris depuis plus de 10 ans; plusieurs s'étaient mariés, et leurs enfants étaient indemnes de tuberculose; les signes physiques des anciennes lésions pulmonaires avaient disparu et ne permettaient de soupçonner qu'une induration pulmonaire. J'ai aussi soigné et suivi depuis une dizaine d'années plusieurs phtisiques complètement guéris, (jui ont repris leurs occupations, se sont mariés et ont eu des enfants bien portants. Je puis même dire que le phlisicpie, guéri depuis dix ans, que je connais le mieux, c'est moimême. Aussi m'ost-il permis de proclamer iiautement que la guéi'ison de la tuberculose est possible, et oserai-je donner quelques

conseils personnels sur la mmiièrc do diriger le traitement des phtisiques, puisque j'ai bien réussi dans mon métier de malade.

Toutes les formes de phtisie pulmonaire sont suérissables. Je soigne en ce moment deux phtisiques dont la maladie a commencé il y a 3 ans par cette forme redoutable que Landouzy a appelée en 1882 « fièvre bacillaire prétuberculeuse à forme typhoïde ». Chez ces deux malades, des médecins fort expérimentés avaient afOrméle diagnostic de fièvre typhoïde, quand des hémoptysies successives vinrent les éclairer sur la véritable nature du mal. En ce moment ces malades ont une phtisie à marche lente, ils ont subi victorieusement plusieurs poussées tuberculeuses fébriles et, grâce à un traitement approprié, ils marchent vers la guérison définitive.

Quant à la phtisie aiguë ou subaiguë, c'està-dire rapide, c'est une phtisie ordinaire, évoluant en quelques semaines, au lieu de durer quelques années. Sa marche rend tout traitement impuissant, si l'on n'a pas le bonheur de pouvoir provoquer une accalmie pendant laquelle les médicaments et l'hygiène arrivent à point pour exciter les bonnes dispositions de l'organisme. Mais tant que la lièvre est intense et se rapproclie du type continu, les chances de guérison sont très

TR-AITEMEKT

faibles, comme l'a fort bien fait remarquer Debove.

La phtisie des diabétiques est généralement considérée comme incurable quoiqu'elle ne soit presque jamais accompagnée de grande fièvre. Nous avons cependant observé un diabétique qui a eu, il y a 5 ans, une poussée tuberculeuse dans la moitié d'un poumon, avec crachats bacillaires, qui est resté diabétique, et semble jusqu'à ce jour complètement guéri de sa tuberculose. Mais hélas ! à côté de cet unique fait favorable, que (le tristes morts nous avons eu à enregistrer!

C'est dans la phtisie commune que les succès thérapeutiques sont fréquents, lorsque le traitement est bien dirigé. Quand la tuberculose pulmonaire débute, et quand elle débute lentement, je ne crains pas d'affirmer ((u'elle doit être guérie, si le malade est bien dirigé, et si ses ressources pécuniaires lui permettent de mener une existence oisive et confortable. Quand les tubercules sont ramollis, même quand les cavernules ou les cavernes sont formées, le tuberculeux est encore très guérissable s'il n'a qu'une petite fièvre vespérale et si son appareil digestif fonctionne bien; généralcmimt ce tube digestif fonctionne bien, si on lui donne de bons

aliments et fort pou de remèdes. Il faut être pénétre de ces faits, et convaincu de leur vérité, quand on est en face d'un phtisique. On doit le diriger dans la lutte contre la maladie, cet ennemi qui est toujours aux aguets pour profiter des moindres fautes commises par le tuberculeux. Si le médecin ne croit pas à la guérison forcée de son patient, ce doute paralysera les ressources de son esprit ou de sa volonté, et en lui faisant perdre son espérance, l'empêchera de donner sans cesse un nouveau courage au phtisique. Il doit être le chef qui excite le soldat au moment des fatigues et des dangers.

Dans la directioQ générale du traitement, il importe de savoir que les poussées aiguës de tuberculose, survenant dans le cours delà phtisie commune, doivent se traiter comme la phtisie aiguë, comme toutes les maladies aiguës. Le traitement est alors assez simple. Mais il est beaucoup plus compliqué pendant les périodes d'accalmie, parce qu'à ce moment, on est en présence d'un malade; qui a toutes les fausses apparences de la santé. Il se croit guéri, et pendant ce temps, le mal, loin do désarmer, se préparc sourdement pour une attaque prochaine.

En efi'et, les études anatomo-pathologiques

démontrent qu'il n'existe pas de dillcrenccs essentielles entre la phtisie aiguë et la phtisie chronique. Dans la phtisie aiguë, les poussées tuberculeuses se succèdent les unes aux autres sans rémission. Aucune relâche n'est accordée à l'organisme pour sa défense, et les deux poumons sont rapidement envahis.

Dans la phtisie lente, les poussées tuberculeuses sont séparées les unes des autres par des rémissions plus ou moins longues. Mais tandis que dans la première, les lésions sont toutes dégénéraiivcs, dans la seconde, les lésions sont tantôt dégénéralives, tantôt cicatricielles, c'est-à-dire tantôt casécuses, tantôt fibreuses. C'est pourquoi le médecin peut tant au moment des accalmies, car il peut permettre à l'organisme de faire du tissu fibreux, qui est le tissu de guérisou, et de ne pas faire de la désorganisation caséeusc, qui est un détritus mort.

Le mécanisme du la guérison de la nd)erculose pulmonaire fut considérablement éclairé par les rechorchos anatomo-pathologiques de Grancher et de Gharcot. En I87J, Grancher démontra que le tubercule est « une néoplasie libro-caséeuse », qu'il a autant de tendance à se caséifier, c'est-à-dire à se ramollir et à s'ulcérer, qu'à devenir fibreux, c'est-à-dire à se cicatriser.

La fibro-formation ou sclérose peut succéder à la caséification, soit en produisant lacicatrisation des ulcérations tuberculeuses, soit en provoquant l'cnkystement des foyers, caséeux qui se transforment en masses inertes, indifférentes pour l'économie. Ces masses sclérosées se manifestent par de la submatité, de la faiblesse respiratoire. Lorsque ces signes d'induration apparaissent lentement, après avoir succédé à des râles bumides et à une respiration soufflante, ils sont d'un pronostic favorable. Ce sont les indices de la réparation, de la formation d'une sorte de cal pulmonaire.

Le tubercule peut aussi devenir fibi'cux d'emblée sans passer parla caséification; la zone embryonnaire péripliérique et la partie centrale subissent l'évolution fibreuse ; dans ce cas on a affaire à une sclérose pulmonaire, ou phtisie fibreuse, caractérisée par des bouffées de râles mobiles, des hémoptysies quelquefois très graves, de la dyspnée et peu de fièvre au moment des poussées, et la conservation d'un bon état général ; c'est la forme la plus curable ; elle est essentiellement tributaire des révulsifs répétés.

Lorsque la partie centrale du tubercule s'estcaséifiée,la zonepéripbérique des cellules embryonnaires- peut disparaître, pour faire

IG

place à un Lissii dcnso, composé do lamelles libreuses, dans rinLervallc desquelles ou dis- Liuguc à peine quehjues éléments cellulaii'cs, qucl(|ues cellules géantes; et comme des vaisseaux se sont développés dans cette zone, elle échappe à la caséification. Cette sclérose périphérique enkyste la partie centrale et caséidée du tubercule, qui se transforme en uïi mastic plus ou moins calcaire, ou en un véritable calcul, qui peut s'éliminer parles crachats après quelques efl'orts de touxquinleuse. Pendant que ce travail s'opère, il y aurait, d'après le professeur Renaut, de Lyon, lutte entre deux tendances inflammatoires opposées dans leurs effets : l'inflammation spécifique qui tend toujours à reparaître et à caséifior les tissus, et l'inllammation non spécifique causée par l'irritation des tissus par les bacilles n'agissant que comme corps étrangers, origine de la fibro-formation. Comment peut-on exciter la dernière et combattre la première?

Il faut d'abord savoir que les substances sécrétées par les bacilles vivants et les snbstances (contenues dans les cadavres des bacilles morts sont également nuisibles. Yirchow a vu que l'extrait des cultures de bacilles tuberculeux, que la tuberculinc de Koch, détermine autour des tubercules une exagé-

DR LA PHTIf5TE PULMONAIRE

ration de la zone embryonnaire, et non pas du tissu fibreux; d'autre part, Kocb a vu que les cadavres de bacilles tués provoquent la suppuration. On peut donc penser que lorsque les bacilles d'un tubercule meurent, ils forment du caséum. Mais s'ils ne sont pas digérés par ce caséum, ils sont entraînés ailleurs et peuvent former de nouveaux tubercules. Car Straus et Gamaleïa à Paris, Prudden à New- York viennent de démontrer que l'injection intra-veineuse de bacilles morts peut déterminer la formation de tubercules, comme le fait l'injection de bacilles vivants. Aussi ne faut-il pas croire, com»me le prétend Hunter, de Londres, que les substances provenant du bacille mort produisent la transformation fibreuse des tissus.

Ces faits si importants montrent qu'il serait inutile de chercber à tueries bacilles tuberculeux, même si l'on pouvait obtenir ce résultat problématique, puisque les bacilles morts forment tantôt du pus, tantôt du tubercule, et répandent toujours des poisons dans l'organisme, La physiologie et l'anatomie pathologique nous montrent qu'il faut d'abord modérer l'inflammation produite par l'évolution bacillaire autour des tubercules; c'est la révulsion qui se ciiarge de ce rôle. Puis il faut neutraliser l'influerice des poisons formés

par les l)a(:ill(\s vivanifs, ou cnnsorvcs dans los cadavres des bacilles morts. Ce rôle est rempli par la bonne liygiènc, l'aération, la sui'alimentation, le repos, qui sont les grands iintagonistcs des intoxications d'origine bacillaire. C'est encore la bonne liygiène qui aidera à la formation des cicatrices. Grancbcr dit avec juste raison : « La guérison ne peut s'accomplir que si l'organisme tient en réserve des forces supplémentaires, toute cicatrice étant un travail de formation qui suppose une activité cellulaire exagérée et l'emploi des matériaux empruntés au sang ou à la lymplie. Si la nutrition des cellules de la zone embryonnaire est soutenue, ces éléments s'organiseront en tissu conjonctif. Il faut donc que la nutrition normale des cellules organiques soit réalisée et même dépassée, puisque ces cellules ont à pourvoir à une végétation conjonctive réparatrice. » A côté de riiygiène rationnelle, I builc de foie de morue, le tanin, l'arsenic, les pbospbates, la créosote, lé gaïacol viendront aider cet elfort de l'organisme. Peut-être un jour pourra-t-on aussi obtenir la sclérose pulmonaire avec les injections de cblorure de zinc qui, entre les mains du professeur Lannelongue, arrêtent si merveilleusement l'évolution des lésions tuberculeuses osseuses et

articulaires. Si l'on adopte les conclusions récentes de Pawlowski, de Kievv, il importerait, pour arrêter l'évolution de la tuberculose, de permettre aux gloijules blancs de détruire les bacilles, et aux glandes lymphatiques de les absorber et de les digérer. La bonne hygiène est encore seule capable de pourvoir aux frais de cette lutte.

En tous cas, le médecin ne doit pas oublier qu'en s'attardant à donner uniquement des spécifiques aux tuberculeux, il perd un temps précieux, et que dès le début du traitement les agents de l'hygiène doivent occuper la première place.

Depuis les travaux de Laënnec et surtout depuis ceux de Charcot, on sait que les cavernes elles-mêmes se cicatrisent. Quand le tissu pulmonaire caséifié et mortifie est éliminé, ce que l'on constate cliniquement en voyant les crachats purulents augmenter et la fièvre hectique diminuer, il est remplacé par un revêtement de tissu embryonnaire sous lequel fon t saillie de véritables bourgeons charnus. Le tissu pulmonaire subit sur une épaisseur variable un travail d'inflammation chronique. Il se forme, ce que Laënnec appelait une membrane demi-cartilagineuse. C'est encore à ce moment que les révulsifs répétés sont indiqués, afin de combattre les poussées

Page 1